Les sorties s’enchaînent en ce début d’année sur Nintendo Switch 2. Après le surprenant Pokémon Pokopia et avant le retour de Star Fox, c’est Yoshi qui revient sur le devant de la scène avec Yoshi and the Mysterious Book, sorti le 21 mai dernier. Le jeu est développé par Good Feel, studio aussi derrière les jeux Yoshi précédents et le récent Princess Peach: Showtime!, sous la houlette bien sûr de Nintendo. Le constructeur nippon compte bien surfer sur la sortie en salles en avril de Super Mario Galaxy Le Film, mais rassurez-vous : ce Yoshi and the Mysterious Book n’est pas un simple produit marketing, même si sa proposition singulière peut ne pas plaire à tous.
Le jeu commence bien tranquillement par l’arrivée d’un livre mystérieux doté de la parole sur l’île des Yoshi. Il répond au nom de Mysterius (oui, c’est très original) vous explique que le contenu de ses pages a disparu et qu’il a besoin d’aide pour restaurer le texte et les images. Avec un enthousiasme digne de notre rédacteur en chef Desben devant l’annonce de Call of Duty sur Switch 2, les Yoshi se lancent à l’aventure et se plongent dans l’exploration de ce livre tombé du ciel.
Kirby ? Butitine ? Un Maskass ? C’est comme vous voulez dans Yoshi and the Mysterious Book !
Le suspense narratif s’arrête à peu près là, mais ce n’est évidemment pas sur son histoire que l’on attend Yoshi and the Mysterious Book. Comme tout jeu de la licence, la plateforme fait partie de l’expérience mais elle est ici utilisée de manière presque secondaire. En réalité, le livre est composé de chapitres qui contiennent chacun plusieurs pages, ou plusieurs niveaux. Le style visuel est particulièrement agréable à l’oeil avec un aspect crayonné qui donne à l’univers de Yoshi une toute nouvelle saveur et le rend encore plus mignon. C’est donc dans ce décor que se déroule l’aventure, avec à chaque fois l’exploration de l’environnement d’un des habitants du livre (que je ne qualifierai pas d’ennemi, j’y reviendrai) ainsi que l’utilisation des actions et possibilités permises par ces drôles de bestioles. Vous pouvez d’ailleurs leur donner le nom que vous souhaitez après avoir exploré leur habitat.
Explorer un niveau avec une grenouille qui crache des bulles pour monter plus haut ? Rebondir sur des spécimens ressemblant à Kirby, ce qui les fait exploser et vous fait atteindre de nouveaux sommets ? Ou bien être gobé par un énorme monstre (ce que j’appellerai « se faire yoshiser ») pour ensuite être redirigé dans la direction souhaitée ? Ce ne sont que des exemples des drôles d’idées que contient le jeu, mais elles sont pour la plupart particulièrement agréables et amusantes à utiliser. On regrettera simplement que certaines mécaniques ne soient pas aussi bien huilées que les autres, à l’image de l’oiseau se laissant planer dans le vent qui souffre d’une maniabilité plutôt rigide. Surtout, peu d’explications sont fournies quant au fonctionnement concret des capacités des créatures parsemant le livre, ce qui vous laisse parfois tâtonner au hasard en espérant trouver quelque chose d’intéressant.
Une exploration au service d’une tonne d’idées
À la manière d’un Super Mario Bros. Wonder, chaque niveau propose une toute nouvelle idée avec un spécimen issu de l’environnement auquel il appartient. Là où les précédents Yoshi offraient au joueur un départ et une arrivée classiques pour un jeu de plateformes, Yoshi and the Mysterious Book a une approche différente en proposant au joueur d’explorer chaque recoin des différents niveaux pour faire une nouvelle découverte susceptible de garnir les pages de votre livre. Il est donc recommandé de tester avec chaque habitant de ce monde étrange, toute interaction avec le décor qui vous passe par la tête. Que se passera-t-il si Yoshi lance son compagnon dans l’eau, qu’il lui donne un aliment ou bien s’il entre en contact avec un autre spécimen ? A vous de découvrir tout cela.
Ces découvertes sont le seul moyen d’atteindre 100% (en plus des traditionnelles fleurs sourire) de l’exploration d’un niveau et certaines d’entre elles sont extrêmement bien cachées, voire tordues à trouver. J’ai parfois dû recourir à l’achat d’un indice pour enfin dénicher que je peinais à débusquer. Il faut savoir que la difficulté ne réside pas dans le danger provoqué par les habitants du livre : ils ne font pas de dégâts (d’où ma réticence à les appeler des ennemis) et heureusement. Si tel était le cas, l’expérimentation de toutes les capacités des différents spécimens serait particulièrement fastidieuse, il n’y a donc rien à regretter sur cet aspect. En réalité, le challenge vient surtout de l’exploration et de la variété de secrets que renferme le livre, ce qui donne une expérience vraiment intéressante et permissive.
Yoshi and the Mysterious Book s’apprécie de plusieurs manières
Quant à la durée de vie, elle dépend entièrement de la manière dont vous appréhendez le jeu. Il est tout à fait possible de voir les crédits de Yoshi and the Mysterious Book en quelques heures seulement puisque chaque chapitre est rapidement accessible si vous récupérez assez de découvertes. Toutefois, si vous jouez le jeu à fond et souhaitez voir tout ce que le jeu a à vous offrir, il vous faudra bien une vingtaine d’heures pour apprécier la totalité de l’expérience, ce qui en fait une durée totalement satisfaisante tout en limitant le risque de lassitude. Libre à vous de choisir l’expérience qui vous convient, mais il existe dans tous les cas une formule qui conviendra à tout le monde, peu importe l’âge.
La rejouabilité est largement favorisée puisque même si vous pensez avoir terminé un niveau, de nouvelles surprises peuvent y apparaître telles qu’un nouvel habitant qui rejoint la page pour donner une autre possibilité d’explorer l’environnement. Il existe également un post-game, qui se révèle tout aussi intéressant que le reste du jeu avec de nouvelles pages à explorer. On regrettera toutefois l’absence d’un quelconque mode coopération en local alors que Yoshi and the Mysterious Book s’y serait plutôt bien prêté. Toutefois, vous pouvez toujours découvrir le jeu à plusieurs dans la même pièce, chacun pouvant réfléchir à toutes les interactions qu’il est possible de faire. Cela donne un aspect plus convivial au jeu, surtout si vous jouez avec des enfants.
Pour tout le monde… Mais tout le monde ne sera pas forcément conquis
Le rythme général de Yoshi and the Mysterious Book encourage le joueur à prendre son temps pour découvrir tout ce que le jeu a à cacher. Tout est fait pour que vous ne vous sentiez pas brusqué : en réalité, on pourrait le qualifier de jeu cozy tant il se laisse déguster sans pression d’objectifs ou de temps. Il est donc préférable de ne pas se précipiter pour finir les niveaux à toute vitesse, mais ce rythme parfois mou est susceptible de démobiliser si l’on ne sait pas à quoi s’attendre. Il n’y a pas non plus de combats de boss ou de défis spécifiques, ce qui risque de déplaire à un certain nombre de joueurs qui cherchent un peu de challenge. En même temps, joue-t-on à un Yoshi avec les mêmes attentes que lorsque l’on joue à Celeste ? Inutile de donner la réponse, elle va de soi.
Concernant le style visuel, il est susceptible de diviser. Si j’ai personnellement été enchanté de cet univers crayonné avec des animations détaillées de Yoshi et ses compères, certains détails sont parfois moins agréables à l’oeil surtout en mode portable avec un effet de flou sur les contours des personnages. Rien de fortement préjudiciable – les 60 FPS sont parfaitement tenus en toute circonstance –mais le jeu brille tout de même bien plus en mode TV. Du côté de la bande sonore, elle correspond tout à fait à l’ambiance visuelle du titre : douce et calme. Les différents bruitages des habitants du livre et les sons de l’environnement sont totalement réussis, mais on remarque que certains morceaux sont plus marquants que d’autres (surtout, il ne s’agit pas du même thème remixé à toutes les sauces comme dans Crafted World). Sans être flamboyante et sans arriver au niveau de Woolly World, l’OST reste vraiment bonne.
Conclusion - Yoshi repart sur de bonnes bases et se met à la page
Yoshi and the Mysterious Book porte bien son nom : il propose une expérience différente des jeux précédents de la licence, avec un gameplay axé davantage sur l’exploration que sur les plateformes. Les idées sont nombreuses et pour la plupart bien exploitées, même si on aurait apprécié qu’elles aient toutes la même qualité et qu’elles aient davantage de liens entre elles. En définitive, Yoshi and the Mysterious Book est un jeu très agréable à parcourir dont il faut tout de même connaître la nature de la proposition avant de se lancer. Avec son charme visuel, son ambiance cozy et son absence totale d’objectifs ou d’une quelconque pression, il plaira aux petits comme aux grands.
- Le retour de Yoshi et son univers tout mignon
- Un style visuel agréable à l’oeil
- Un gameplay souvent astucieux
- Une idée par niveau
- Une exploration très riche
- Une valorisation de la réflexion et la curiosité
- Très accessible avec une durée de vie pour tous les goûts
- Une OST solide
- Une prise de risque pour la licence avec le passage au second plan de la plateforme
- Certaines (rares) idées ne sont pas forcément bien exploitées avec des contrôles peu précis
- Une impression de tatônner au hasard à certains moments pour finir à 100% un niveau
- Pas de mode deux joueurs
