Un peu plus d’un an après leur déploiement, les cartes de jeu virtuelles divisent. Nous avons sondé notre communauté sur cette fonctionnalité qui permet d’éjecter et de charger ses jeux dématérialisés d’une console à l’autre, ainsi que de les prêter aux membres de son groupe familial : les retours dessinent un constat plus nuancé qu’un simple rejet ou une simple adhésion. Selon la configuration de chacune et chacun, le même système est vécu comme une libération ou comme une contrainte supplémentaire.
Avec deux consoles, la promesse est tenue
Chez les joueuses et les joueurs qui disposent de deux consoles Nintendo Switch (que ce soit la première ou la deuxième), le bilan est positif. Le point le plus cité n’est même pas le prêt, mais la disparition de la hiérarchie entre console principale et console secondaire. Montessori Gaming résume bien l’idée : les jeux se chargent indépendamment sur l’une ou l’autre des deux consoles rattachées au compte et cette absence de console principale constitue selon lui « un vrai plus ».
Même son de cloche du côté de FireChat, qui garde une console avec lui et laisse l’autre à disposition de la famille, ou de Turtle, qui partage ses jeux avec son colocataire sans avoir à passer par un groupe familial. Plusieurs témoignages insistent sur le prêt des extensions, jugé particulièrement rentable en couple. Certaines réponses soulignent un détail que les cartouches physiques ne permettent pas : le jeu prêté revient tout seul au bout de quatorze jours, sans avoir à le réclamer, évitant tout risque de vol.
Le partage de compte, grand perdant de l’opération ?
C’est là que le discours bascule. Avant les cartes de jeu virtuelles, le système console principale et console secondaire ouvrait une marge de manoeuvre que beaucoup exploitaient : jouer à deux, en même temps, sur un seul achat. TitDjeck le dit sans détour, il était possible de « gruger » et ce n’est plus le cas. Il faut nommer les choses. Ce que Nintendo présente comme un gain de simplicité est aussi, mécaniquement, une reprise en main de la diffusion des jeux dématérialisés.
Néanmoins, il semblerait que cette « fonctionnalité » ne soit pas totalement morte. Selon FireChat sur Twitter, ainsi que Eurons et SaoriYuki sur notre serveur Discord, il reste possible actuellement de « gruger » pour jouer ensemble à un seul et même jeu partagé en désactivant la fonction de licence en ligne, dans les paramètres de la console. Finalement, encore un détail pas si facile à comprendre.
Le recours obligatoire au sans-fil local, le point de crispation unanime
S’il y a un consensus, c’est celui-là. Prêter un jeu à un membre de son groupe familial impose d’être physiquement dans la même pièce. Brise Moule (nos excuses, c’est lui qui a choisi son pseudo) estime que la fonctionnalité aurait été la meilleure de la console sans cette obligation. Endymi0n pointe du doigt le fait qu’il ne peut pas prêter un jeu à ses nièces à distance, alors qu’ils sont littéralement de la même famille.
Le paradoxe est net : la fonctionnalité est vendue comme une réponse au côté pratique du dématérialisé, mais elle réintroduit une « contrainte » physique que le dématérialisé avait précisément supprimée.
Une fonctionnalité que beaucoup n’ont jamais comprise
Dernier enseignement, moins spectaculaire mais révélateur : une part non négligeable des réponses tient en quelques mots. Jamais utilisé, jamais compris, oublié. Certaines personnes n’ont simplement pas saisi à quoi ça servait. CladFox raconte quant à lui avoir imaginé, à l’annonce, une carte physique vierge dans laquelle glisser un jeu dématérialisé ainsi que sa déception une fois la réalité comprise.
Ne pas confondre avec les cartes clés de jeu
Cette confusion est d’autant plus tenace qu’une autre nouveauté brouille les pistes. Les cartes clés de jeu (game key cards) sont des cartouches physiques qui ne contiennent pas le jeu, seulement une autorisation de téléchargement et de lancement : la cartouche doit rester insérée pour jouer, et le jeu se télécharge sur la console. Les cartes de jeu virtuelles n’ont rien à voir. Elles concernent les jeux achetés en dématérialisé et n’existent que dans le menu HOME. Deux dispositifs, deux logiques, et un vocabulaire proche qui n’aide pas forcément.
Au final, une fonctionnalité mi-figue, mi-raisin ?
Le division n’oppose pas les satisfaits aux mécontents par tempérament : elle oppose deux usages, tout simplement. Celles et ceux qui n’exploitaient pas les souplesses de l’ancien système y gagnent une gestion plus claire et un prêt familial inédit, tandisque les personnes qui les exploitaient, avec plusieurs consoles ou un compte partagé, ont vu une porte se refermer et n’ont reçu en échange qu’un confort dont ils n’avaient pas nécessairement besoin.
Damien Karras apporte sans doute la précision la plus utile en rappelant qu’il reste possible de revenir à l’ancien et que c’est la liberté de choix qui compte. Elle existe encore. Reste à savoir combien de temps.
