Castlevania: Belmont’s Curse sur Nintendo Switch, une valse à mille sangs – TEST

Par le à 18:00 - Temps de lecture : 8 minutes 30 sec
Castlevania: Belmont's Curse

Il s’est écoulé pas moins de douze longues années depuis la sortie du dernier Castlevania précédant Belmont’s Curse, j’ai nommé l’épisode Lords of Shadow 2, publié en l’an de grâce 2014 sur PS3, Xbox 360 et PC. Tout cela ne nous rajeunit pas. Depuis, la légendaire saga de Konami est restée dans une sorte d’hibernation probablement motivée par les résultats de plus en plus décevants, aussi bien sur le plan critique que commercial, des trois opus développés par le studio espagnol MercurySteam. Si ce dernier s’est depuis taillé une réputation plus favorable grâce aux deux derniers Metroid 2D qu’il a si brillamment développés, Konami ne lui a pas pour autant confié de nouvel épisode et a plutôt laissé la saga faire de la figuration en permettant à Simon et Richter Belmont de rejoindre le casting XXL de Super Smash Bros. Ultimate en 2018.

Depuis, le paysage du metroidvania contemporain a été chamboulé par l’arrivée de tout un tas de titres plus ambitieux et créatifs les uns que les autres, de l’indétrônable Hollow Knight et sa suite Silksong au plus que réussi Prince of Persia: The Lost Crown, en passant par des titres plus confidentiels comme la saga Ender Lilies. Au milieu d’un paysage aussi compétitif, que peut donc bien proposer le pilier du genre qu’est Castlevania pour se démarquer ? C’est aux studios français Evil Empire et Motion Twin, derrière le fameux Dead Cells, que Konami a confié cette périlleuse mission.

Quand Dracula nous mène à la baguette

Castlevania: Belmont’s Curse plante très vite son décor, et pas des moindres puisque le jeu prend place à Paris en 1499. On y incarne Rose Belmont, fille de Trevor, le protagoniste de Castlevania III ainsi que de quelques autres opus. Accompagnée de son père, elle se rend dans notre belle capitale pour y enquêter sur la multiplication de monstres qui se trouve être causée par les serviteurs de Dracula œuvrant dans l’ombre à la résurrection de leur maître. Notre héroïne est assez vite séparée de son père, puisque ce dernier la charge d’investiguer dans les rues de Paris pendant que Trevor lui-même part à la recherche de l’évêque de Notre-Dame qui a requis sa présence en personne, ce qui a tout d’un piège grossier. Avant que le duo ne se sépare, il prend tout de même le temps de confier à Rose un jeu de cartes de tarot enchanté conçu par sa défunte mère, Sypha Belnades, consumée par une malédiction lancée par Dracula. Comme elle, Rose souffre d’un mal similaire qui lui ronge le bras à petit feu. Au cours de son aventure, elle espère alors se libérer de ce maléfice tout en découvrant ce que trament les serviteurs de Dracula dans les bas-fonds de Paris.

La boucle de gameplay de Belmont’s Curse prend forme assez rapidement, puisque l’on découvre très vite que les cartes de Sypha permettent en fait à Rose d’enfermer les différents boss qu’elle affronte. Chaque carte peut donc accueillir un des serviteurs de Dracula tout en octroyant à Rose son pouvoir, sous la forme d’un sort qualifié d’arcane. Un seul arcane peut être équipé à la fois, et leurs effets sont extrêmement variés, allant du simple projectile à un sort de drain de vie, en passant par une armure magique pouvant absorber quelques coups avant de se briser. Ils peuvent être améliorés en remplissant certaines conditions. En plus des arcanes, Rose dispose d’une arme de mêlée à choisir parmi différentes catégories, de l’épée de base au célèbre fouet, en passant par les poings, la lance ou encore l’espadon qui est mon petit chouchou. Enfin, le jeu propose un système d’accessoires assez basique, puisque trois emplacements sont prévus à cet effet, du début à la fin de l’aventure. Pas question ici, donc, de débloquer des emplacements supplémentaires.

Chaque type d’arme dispose également de quatre versions de plus en plus puissantes à dénicher sur la carte du jeu. Là encore, en dehors d’un gain de puissance parfois accompagné d’un effet bonus sympathique, rien de transcendant non plus : pas d’amélioration, de nouveaux coups à débloquer ou autres joyeusetés. Vous l’aurez compris, si une personnalisation reste possible, surtout si vous explorez beaucoup la carte pour trouver armes et accessoires à associer à votre convenance, le système de combat de Belmont’s Curse se veut d’une simplicité très marquée.

La prise en main est pour ainsi dire quasi immédiate et vous ne perdrez pas des heures dans des menus à pratiquer du theorycraft. Même au niveau des différents pouvoirs à obtenir, le jeu se montre très avare puisqu’il n’y en a que cinq en tout et pour tout. Cela n’empêche pas le titre d’avoir un level design intéressant et d’avoir un bon équilibre entre sections linéaires ou plus ouvertes, mais il faut bien garder en tête que l’on n’est pas ici face à un mastodonte à la durée de vie gargantuesque. Il m’aura fallu 25 heures pour réaliser un quasi 100%, à savoir obtenir chaque arcane, toutes les armes de chaque type et la quasi-totalité des améliorations de vie et de mana ainsi que des accessoires, à quelques exceptions près.

Attrapez-les tous !

Là où Castlevania: Belmont’s Curse se distingue de la concurrence, c’est par l’implémentation d’un système d’enquête associé aux différents boss des arcanes. Aussi, lorsque vous explorez une zone, vous tomberez sur différents indices (une note manuscrite, un spectre à la langue bien pendue, une statue ensorcelée etc.) associés à un boss ou à un autre. Il vous faut alors les décrypter pour réussir à découvrir le chemin à emprunter pour trouver votre prochain adversaire. En pratique, cela s’avère très amusant si vous avez la patience nécessaire.

Toutes proportions gardées, ce système peut donc rappeler un Outer Wilds où la connaissance de votre environnement, en particulier l’existence de chemins dissimulés obéissant à certaines conditions spécifiques, est cruciale pour vous permettre d’avancer et d’emprunter la bonne voie. L’un des systèmes de voyage rapide est par exemple caché sous notre nez dès le début du jeu, mais l’on n’apprend à l’utiliser qu’à la moitié de l’aventure environ. Ce choix de design permet donc d’apporter une complexité qui, autrement, aurait fait défaut à un titre où l’exploration reste le cœur de la formule. Le nombre limité de pouvoirs est alors à relativiser au regard de leur utilité certes importante, mais qui ne vous suffira pas à maîtriser complètement votre environnement comme dans la plupart des metroidvania.

En pratique, le résultat est néanmoins inégal. Belmont’s Curse, à l’instar d’autres titres du genre, souffre parfois d’un excès de cryptisme qui joue en sa défaveur. Bien entendu, les énigmes des arcanes à proprement parler sont par nature très difficiles à juger en tant que telles, car ce qui peut être vite évident pour une personne donnée va donner du fil à retordre à une autre, et vice-versa. Leur appréciation est donc très subjective. Néanmoins, certains secrets sont particulièrement retors. Pour avoir ainsi consulté d’autres perspectives pour les besoins de ce test, je me retrouve dans certaines d’entre elles en ce qui concerne les chemins dissimulés.

Certains sont assez évidents grâce à des indices clairs et systématiques. Les faux murs par exemple, sont toujours signalés par des indices visuels bien précis. En revanche, les faux plafonds et planchers sont très inégaux et, en fonction de l’éclairage de la zone et du contraste visuel plus ou moins marqué avec le reste de la paroi, il peut devenir très difficile de repérer ces voies verticales, alors même qu’elles sont parfois le seul chemin pour avancer dans la quête principale.

Une version Switch un peu à la peine

Le tout n’est pas aidé par une version Switch de Belmont’s Curse qui semble parfois souffrir de son support. L’aliasing est par exemple assez marqué. Si cela ne gêne pas 95% du temps, reste que certaines énigmes nécessitent parfois de compter ou d’observer des éléments assez petits dans les décors en arrière-plan, ce qui peut s’avérer très difficile dans certains cas bien précis. Concernant les performances du jeu en tant que tel, la fluidité reste au rendez-vous dans l’immense majorité des situations et je n’ai pas noté de baisses de framerate impactant lourdement l’action.

Malheureusement, la lisibilité des combats peut parfois pâtir du fait que le fouet arcanique est le premier pouvoir de déplacement obtenu très tôt dans l’aventure. Le jeu multiplie ainsi les prises auxquelles il peut s’agripper, alors même qu’il est aussi requis pour s’attaquer aux ennemis volants hors de portée autrement. Résultat, la visée en souffre assez souvent, particulièrement en mode portable où la précision est rendue moins facile par la petite taille de l’écran et des sticks des Joy-Cons, même sur Switch 2.

Pour en revenir à la technique proprement dite, j’ai eu à subir assez régulièrement des crashs lors de mes sessions de jeu. Je dirais au moins une demi-douzaine, ce qui n’est pas négligeable pour une durée de vie de 20 à 30 heures. Heureusement, le jeu sauvegarde automatiquement dès que vous battez un boss, alors pas de crainte à avoir si vous réussissez enfin à surpasser un boss sur lequel vous vous êtes cassé les dents pendant des heures puis que vous avez le malheur de rencontrer un crash avant d’avoir atteint le prochain point de sauvegarde. Une autre mésaventure à laquelle j’ai dû faire face est un bug où, lorsque je passais d’une pièce à une autre, Rose restait bloquée sur l’écran précédent tandis que la caméra du jeu passait bel et bien à la pièce suivante, elle, sans possibilité de revenir en arrière. J’ai dû compter deux occurrences en 25 heures de jeu, donc moins fréquent que les crashs, mais tout aussi gênant.

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Conclusion - À quelques pas de l'excellence

80%

La saga Castlevania revient de loin, c’est peu de le dire. À l’instar de Nintendo qui leur a piqué le studio espagnol MercurySteam pour s’occuper des Metroid 2D, Konami se tourne une nouvelle fois vers l’Europe, mais cette fois du côté des Français de Evil Empire et Motion Twin, pour ressusciter sa mythique saga qui a elle aussi donné une moitié de son nom au genre des metroidvania. Le résultat est une franche réussite, avec un jeu qui parvient à mêler différentes inspirations des héritiers indépendants qui ont redonné au genre ses lettres de noblesse durant la dernière décennie. La démarche accouche d’un titre très simple à prendre en main, et dont le scope relativement réduit permet à tout un chacun de découvrir le genre du metroidvania sans se sentir submergé par des mécaniques obscures ou des cartes gigantesques. On regrettera seulement ce fameux grappin qui crée parfois plus de confusion qu’autre chose, ainsi qu’une technique légèrement à la peine sur Switch, ce qui ne fait pas honneur à un jeu qui n’a pas à rougir face à la nouvelle génération du genre en affirmant sa propre identité.

Les +
  • Des inspirations variées pour un metroidvania accessible
  • Un système de combat simple mais efficace
  • Le système d’enquête pour dénicher les boss
  • Un boss design varié pour des affrontements qui savent se renouveler
Les -
  • Le grappin trop précoce qui rend l’action trop souvent brouillon contre les ennemis volants, surtout en mode portable
  • Une version Switch qui souffre d’un aliasing prononcé et de crashs trop fréquents
  • Les faux plafonds pas assez mis en évidence
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