Quand Shift Up a annoncé celui qui était à l'époque connu sous le nom de Project Eve en 2021, beaucoup furent assez sceptiques, à la fois sur la capacité du jeune studio à faire de son premier AAA un succès, mais aussi face à une esthétique sexy complètement assumée. Un peu moins de trois ans plus tard, une démo très convaincante a su rassurer les joueuses et joueurs, et Stellar Blade est paru le mois suivant couvert de très bonnes critiques. Deux ans plus tard, le meilleur titre publié par PlayStation Studios sur la génération (source : moi) débarque sur Nintendo Switch 2. Et la question se pose : est-il toujours aussi bon ?
Note de la rédaction : ce test a été effectué grâce à un code fourni par Shift Up
Eve, lève-toi et bute tous les ennemis
L'histoire de Stellar Blade ne dépaysera pas quiconque a déjà joué à NieR Automata, influence complètement assumée par le studio coréen : à la suite d'une invasion de la planète par des extraterrestres nommés Naytibas, la majorité des humains ont fui vers une colonie spatiale. De l'espace, ils créent des androïdes qu'ils envoient sur Terre afin de combattre les créatures à leur place. Notre héroïne, Eve, est l'une d'entre eux. Alors qu'elle est en route vers la planète afin de mener une attaque d'envergure destinée à la sauver, celle-ci échoue lamentablement, et Eve va devoir mener sa mission seule, aidée par une poignée de survivants.
Contrairement au titre de Taro Yoko, ne vous attendez pas ici à une profonde réflexion sur la nature humaine. De bout en bout, l'histoire reste un moteur plus que l'ancrage, mais il faut reconnaître à Shift Up le talent d'avoir su poser une ambiance très mélancolique, à la fois dans ces grands paysages vides, ces humains qui semblent tous résolus à leur sort, et une bande-son majoritairement composée en interne mais qui a bénéficié d'un soutien conséquent d'Oliver Good et Keita Inoue, ceux-là mêmes qui ont signé les musiques de NieR et de Voice of Cards. En résulte un sentiment de faire face à une menace impossible à abattre, saupoudrée d'un peu de « à quoi bon ? » face à cette planète que les humains ont délaissée. Une ambiance tellement réussie que, plus de deux ans après avoir fait le jeu sur PS5, j'ai ressenti une vraie émotion, presque une nostalgie, en la retrouvant. Un gage de qualité à mes yeux.
Le parry, c’est sportif
En termes de gameplay, Stellar Blade se présente comme un jeu d'action à la troisième personne empruntant beaucoup au genre des Soulslike, avec son focus sur une difficulté un peu pimentée, son nombre de potions limitées qui se rechargent aux « feux de camp » (ici, des camps tout court), qui permettent de recouvrer de la vie au prix d'un respawn des ennemis de la zone. Je le trouve néanmoins beaucoup plus agréable à parcourir que n'importe quel titre de FromSoftware (désolée aux puristes), et ce pour deux raisons : la première étant que la difficulté est, à mon sens, bien mieux dosée, avec des boss sur lesquels on se casse les dents mais qui semblent toujours abordables grâce à des patterns clairs.
La deuxième est que Shift Up a fait le bon choix d'opter pour un jeu d’action input based (c'est-à-dire qu'appuyer sur un bouton permet d'annuler une action), contrairement aux Souls et compagnie qui sont animation based (une fois l'animation lancée, il est impossible de l'annuler). Cela permet de donner une forme de légèreté aux combats, ce qui correspond parfaitement au personnage d'Eve, tout en les rendant un peu plus simples, ou en tout cas moins frustrants. En cela, Stellar Blade fait beaucoup plus penser à l'école PlatinumGames, avec un bon équilibre entre fun instantané et exigence, et Team Ninja, en faisant le choix de proposer un pur jeu de parryslop.
Attention, je dis ça de manière très positive : j'adore personnellement les jeux basés sur le parry et le contre, ce que ce titre fait de manière extrêmement convaincante avec moults effets visuels et des attaques spéciales qui se chargent en bloquant celles des ennemis. Mais ce n'est pas tout, car le studio coréen a aussi choisi d'incorporer un système d'esquive parfaite à la Bayonetta, ainsi que des armes à feu.
Si le parry reste au cœur des affrontements de par son efficacité, tout cela offre un bon éventail de possibilités qui permettent de varier les plaisirs et de chorégraphier les combats de manière très satisfaisante : rien de plus plaisant que de devoir recommencer encore et encore face à un boss difficile avant d'atteindre un état de flow où l'on n'en fait qu'une bouchée, et de manière très élégante de surcroît. Que ce soit face à des ennemis lambdas sur la carte ou des boss, on ne se lasse vraiment jamais de se battre tout du long de la trentaine d'heures de jeu, et c'est peut-être là le plus important dans un jeu d'action.
Au bal, au bal masqué, olé-olé
Si le cœur du jeu est la bagarre, Shift Up a pris soin d'éparpiller dans ses niveaux ou zones, plus ou moins ouvertes, de nombreuses quêtes annexes et objets à récupérer. On sent parfois le manque de budget sur les missions secondaires, celles-ci débouchant souvent sur un combat suivi de la découverte d'un cadavre, mais j'ai eu envie de toutes les faire, sans doute par affection pour cet univers et son ambiance. Et si le level design est relativement scolaire la plupart du temps, on sent tout de même une maîtrise dans sa volonté de toujours récompenser l'exploration, ce qui est très agréable.
Explorer les niveaux permet aussi de trouver les nombreux, très nombreux, costumes d'Eve, auxquels s'ajoutent dans cette version Switch 2 de nouveaux ensembles inspirés de Bayonetta, ainsi que ceux des DLC Nikke et NieR. Des costumes qui sont, dans leur immense majorité, conçus pour mettre en valeur les courbes d'Eve. Dur de ne pas parler de cet aspect sexy du jeu tant celui-ci saute à l'œil : je dois avouer qu'en tant que femme (qui aime les femmes, certes, ça aide), je ne suis pas vraiment choquée par celui-ci, d’autant plus qu’en tant que fan de mode j’ai apprécié découvrir les différents designs des tenues.
Certes, j'aurais préféré qu'Eve ait une carrure un peu plus musclée à la Tifa ou le caractère bossgirl d'une Bayonetta, mais je ne vois pas fondamentalement de différence dans le traitement du fan service en comparaison des NieR, dans lesquels les costumes des personnages féminins étaient aussi sexy de manière assez gratuite. Pour moi, le plus important est qu’Eve soit un personnage capable, certes relativement naïve de par son statut d'androïde, mais elle ne semble jamais fragile et sait se battre très bien et toute seule, ce qui donne une belle sensation de puissance.
Et techniquement, ça donne quoi ?
Il me faut enfin finir en parlant de cette version Switch 2 : sur PlayStation 5, Stellar Blade était un jeu très joli et, bien que la console de Nintendo soit tout à fait capable de beaux résultats, j'avais quelques doutes sur sa capacité à afficher quelque chose de convenable pour un jeu d'action. Force est de constater que j'avais tort : tout au long de l'aventure, que ce soit en portable et surtout en docké, le titre est vraiment jouable et relativement agréable à l'œil.
Certaines zones sont plus floues, surtout pour ce qui est des décors au loin, et il y a des concessions, notamment sur les animations des ennemis lointains, mais quand je compare avec des vidéos de gameplay sur Steam Deck, cela ne fait aucun doute que la version Switch 2 est plus jolie, avec une meilleure résolution (1080p en docké à vue de nez) et qualité de textures. Pour obtenir ce résultat, Shift Up a utilisé le DLSS, aidé par une technologie de génération de frames pour obtenir un 60fps quasi constant, ce qui est effectivement le cas en jeu.
Cela donne des captures d'écran qui sont moins jolies que le jeu n'apparaîtra sur votre écran (et j'en suis désolée), mais produit aussi un léger input lag qui pourra en déranger certain(e)s. Je trouve qu'il est assez minime pour ne pas impacter le gameplay, d'autant plus que les fenêtres de parry et d'esquive sont assez larges, mais s'il vous dérange, vous pouvez désactiver dans les options la génération de frames, au prix d'un framerate qui sera la plupart du temps correct (autour des 40-45fps) mais qui pourra chuter autour des 30, voire un peu moins, lors de certains combats de boss.
Globalement, ayant déjà fait le jeu sur la console de Sony, j'ai évidemment remarqué la différence visuellement, mais j'ai pris un grand plaisir à me refaire tout le jeu sur Switch 2, ce qui démontre à mon sens la réussite du portage, a fortiori pour celles et ceux qui n'auront accès qu'à cette version pour découvrir cette belle petite pépite du jeu d'action.
Conclusion - Les concessions ne l'empêchent pas de briller
Stellar Blade n'a pas pris une ride depuis sa sortie sur PlayStation 5 et demeure toujours un excellent jeu d'action, avec un système de jeu très jouissif et une difficulté parfaitement dosée. Si l'histoire sert ici plus de prétexte que de moteur, Shift Up a vraiment su poser une ambiance mélancolique toute particulière qui, combinée à son très bon level design, vous donnera envie de l'explorer de fond en comble. Une vraie réussite, transposée sur Switch 2 dans un très bon portage complet, qui inclut ses DLC ainsi que des costumes Bayonetta exclusifs. Une très bonne occasion pour le découvrir ou le redécouvrir.
- Portage qui rend justice au jeu d’origine malgré les contraintes de la Switch 2
- Système de combat jouissif basé sur le parry et varié dans ses options
- Des zones qui récompensent l’exploration
- Boucle de gameplay addictive
- Beaucoup de costumes à collectionner pour Eve
- 60 images par seconde, un vrai plaisir
- Un univers mélancolique réussi, appuyé par une excellente bande-son
- Un petit mur de difficulté sur la toute fin
- Histoire un peu prétexte
- Parfois scolaire, on sent que c’est un premier AAA
- Un léger input lag quand la génération de frames est activée
- Certaines zones sont moins jolies que d’autres
