Cela a tout d'un événement : à compter du 16 octobre, tous les Resident Evil sont disponibles sur Nintendo Switch 2 (y compris via la rétrocompatibilité Switch). En plus de Resident Evil 7, Village et Requiem sortis plus tôt dans l'année, ce sont les remakes de Resident Evil 2, 3 et 4 qui débarquent sur le Nintendo eShop de la Switch 2, avant une sortie au format physique prévue pour le 27 janvier. Intéressons-nous ici à Resident Evil 4, l'un des opus les plus appréciés de la saga, qui propose aux joueurs de retrouver Leon dans une nouvelle escapade horrifique dans un village semé de mystères. Le portage sur Nintendo Switch 2 est-il d'assez bonne qualité pour ne pas ternir sa réputation ?
C'est en 2019 que Capcom a commencé à publier des remakes pour les jeux de la série Resident Evil en commençant par le deuxième épisode. Le 3 et le 4 ont suivi, respectivement en 2020 et 2023, tandis qu'un remake de Code Veronica sortira début 2027 y compris sur Nintendo Switch 2. On comprend la stratégie de Capcom au vu du succès critique et commercial de toutes ces rééditions, qui ne sont pas de simples remakes graphiques mais bien une vraie relecture des expériences originales sans pour autant les dénaturer.
Conditions de test : Resident Evil 4 Gold Edition a été testé sur Nintendo Switch 2 grâce à un code fourni en avance par l’éditeur.
¿Dónde estás?
Dans Resident Evil 4, on retrouve Leon Kennedy quelques années après les sordides événements de Raccoon City. Cette fois-ci, l'ancien agent du RPD est désormais enrôlé dans les services secrets américains et doit se mettre à la recherche d'Ashley Graham, la fille du président des Etats-Unis. Pour ce faire, il se rend dans un village espagnol à la solde d'un groupe de zombies fanatiques, Los Illuminados (un nom parfaitement adapté vu leur comportement). Présidée par Osmund Saddler, un chef aussi fou que terrifiant, cette secte n'hésitera pas à attaquer Leon dès qu'il osera pointer le bout de son nez dans leurs rituels.
L'histoire s'avère plutôt plaisante à suivre, tant les mystères autour de cette région et des maux qui la touchent se multiplient. L'ambiance du jeu est sombre, à l'image de ce territoire où tout est en proie à la désolation et à la soif de sang de ses habitants. La réalisation globale (autant visuelle que sonore) est sublimée dans ce remake, avec un niveau de détail très poussé et des animations efficaces. L'ambiance du titre n'est néanmoins pas comparable avec celle de Resident Evil 2, celle du 7 ou encore de Requiem : là où ces épisodes misaient davantage sur l'horreur pure et une mise en scène angoissante (survival-horror), Resident Evil 4 est plutôt ancré dans l'action et n'oublie pas le gore (les animations de Game Over de Leon sont… brutales). Ce n'est pas pour cela que le monde n'en est pas moins inquiétant ni même lugubre, mais il s'agit d'une autre approche qui est tout aussi efficace.
¡Ahí estan!
A l'instar des autres épisodes de la série, le gameplay de Resident Evil 4 repose sur une gestion intelligente des ressources mises à disposition puisqu'elles sont limitées dans l'environnement. Qu'il s'agisse des munitions, plantes restaurant la santé ou projectiles divers, il est nécessaire de les gérer avec parcimonie pour éviter de se retrouver sans moyen de se défendre face à une bande de fous furieux. A cela se rajoute une gestion de l'inventaire, évidemment limité en termes d'espace même s'il est possible de l'améliorer via un passage chez le marchand itinérant, un homme mystérieux qui vous vendra une multitude d'objets utiles en échange des pesetas, la monnaie que vous trouverez un peu partout dans l'environnement.
Tous ces éléments se mettent au service de Leon, qui pourra découvrir de nouvelles armes et les améliorer tout au long de l'histoire. Les améliorations ne sont pas superflues car le jeu se révèle plutôt difficile dans un premier temps : les ennemis viennent en masse sur Leon et il n'est pas question de rester sur place pour liquider tout le monde, sous peine de se faire tuer en un rien de temps. Vous devez bouger le plus souvent possible ou vous mettre en hauteur lorsque cela est possible pour perturber les ennemis et vous donner du temps pour les exterminer. Cette dimension « stratégique » du gameplay est très intéressante : vous pouvez vous mettre à distance pour tirer une balle dans le point faible d'un zombie et l'étourdir, pour ensuite vous rapprocher et lui mettre un coup de pied circulaire qui peut aussi fragiliser les ennemis aux alentours, de quoi gagner du temps.
Il ne faut pas attendre des ennemis qu'ils restent inoffensifs : dès qu'ils vous voient, ils se précipitent sur vous en gesticulant en espagnol (les « ¡Ahí va eso! » et « ¡Ahí estan! » me hanteront à jamais) et certains d'entre eux sont particulièrement agressifs. Entre les habitants faisant mumuse avec des tronçonneuses ou ceux jetant des explosifs, vous aurez fort à faire pour nettoyer les zones. Sachez toutefois qu'il n'est en rien obligatoire d'affronter tous les ennemis : vous pouvez utiliser votre couteau, bien efficace pour éliminer discrètement quelques adversaires sur votre chemin sans déclencher d'alerte, ou tout simplement prendre la fuite et courir pour échapper à la menace, notamment si vous manquez de munitions pour vous défendre. Cette stratégie peut être particulièrement adaptée lorsque Leon retrouve Ashley.
Ashley fait partie intégrante du gameplay de Resident Evil 4, non pas parce qu'elle est active mais parce qu'il faut la protéger à tout prix des ennemis. Sur simple pression d'un bouton, Leon peut lui dire de rester à distance pour se protéger ou de le suivre de près. Selon les situations, les ennemis peuvent l'embarquer ou la jeter au sol, auquel cas Leon devra intervenir dans un temps limité afin d'éviter le Game Over. La gestion d'Ashley, à l'image des autres éléments évoqués précédemment, fait tout l'intérêt de ce Resident Evil 4 et rend l'expérience plus profonde. On notera tout de même que l'IA d'Ashley peut s'avérer frustrante en ne restant pas à distance lorsqu'elle en a pourtant l'ordre ou en restant bloquée dans des endroits où il n'y a pourtant pas de raisons de l'être, ce qui donne des situations parfois laborieuses.
¡Te atraparemos!
Tous ces aspects permettent à Resident Evil 4 d'avoir un excellent rythme : entre les fusillades tendues et les moments de répit pour sauvegarder, l'expérience varie constamment même si quelques passages moins intéressants sont inévitables. Le village n’est évidemment pas le seul territoire dans lequel vous devrez vous aventurer, et vous pourrez déambuler dans plusieurs autres points d’intérêt, dont un château macabre, qui disposent chacun de leur spécificités. L'exploration ne doit pas être négligée, car elle est bien récompensée et permet de souffler un peu dans l'aventure, bien qu'il soit nécessaire d'être constamment sur ses gardes. Quelques quêtes annexes sont d'ailleurs proposées par le marchand pour pousser à l'exploration : rarement intéressantes, elles permettent néanmoins d'obtenir des spinelles qui sont bien utiles pour échanger des objets précieux. Quant aux énigmes dispersées dans l'environnement, elles sont généralement de bonne facture même si elles sont moins pertinentes et moins difficiles que dans Resident Evil 2.
Si l'histoire principale d'une durée d'environ 20h (ce qui est très correct pour le genre) ne vous suffit pas, sachez que le contenu annexe de Resident Evil 4 est plutôt riche et intéressant. La Gold Edition sur Nintendo Switch 2 propose le mode « Une autre voie » permettant d'incarner Ada Wong, une espionne que l'on voit à quelques reprises dans l'histoire principale. Cela permet d'avoir une autre perspective du scénario et de se rendre compte des interventions d'Ada dans le périple de Leon, tout en proposant un autre style de jeu avec d'autres armes et capacités, dont le grappin qui modifie énormément (et positivement) la manière d'appréhender les situations.
Et si vous avez envie de tuer encore plus de zombies sans vous arrêter, sachez que le mode Mercenaires est fait pour vous. L'objectif est simple : il faut liquider le plus grand nombre d'ennemis possibles, chaque meurtre vous donnant des points et du temps supplémentaire pour zigouiller tout le monde. Plus vous obtenez de points, plus vous obtiendrez un bon rang qui non seulement sera affiché en ligne auprès de vos amis, mais vous permettra aussi de débloquer d'autres lieux de combat et d'autres personnages à incarner en plus de Leon. Sans spoiler, chaque personnage a ses propres armes et techniques et il est donc particulièrement intéressant (et jouissif) de jouer à ce mode.
Mais je dois le confesser, mon petit plaisir coupable est le mini-jeu du stand de tir dans lequel il faut tirer sur les cibles dans un temps imparti, ce qui vous permettra selon votre score de récupérer des jetons. Ces derniers servent à débloquer de manière aléatoire des bonus permanents dans l'histoire tels que l'augmentation de la santé ou de la fréquence d'apparition d'un objet. Ce stand de tir est trouvable à plusieurs endroits dans le jeu, alors n'hésitez pas à y faire un tour de temps en temps pour participer à de nouveaux défis et récupérer des jetons, en plus de permettre de travailler votre visée.
Resident Evil 4 : un portage qui est « bueno » ?
Passons maintenant au volet technique tant attendu : comment s'en sort cette version Nintendo Switch 2 de Resident Evil 4 ? A l'image des précédents portages de Resident Evil 7, Village et Requiem, celui-ci s'en sort très bien avec un 60 fps permanent, bien que l'on puisse émettre un léger bémol pour l'affichage des ennemis au loin qui n'est pas optimal, leurs animations semblant tourner à une fréquence d’images inférieure. Hormis cela et quelques rares ralentissements dans les zones ouvertes, Capcom a une nouvelle fois réalisé un bon travail au niveau de la fluidité de l'expérience sur la machine de Nintendo.
Pour ce qui est de la qualité visuelle, le titre s'en tire là aussi très bien même si quelques artefacts demeurent et qu'il existe du pop-in sur des éléments proches, comme si le jeu adaptait continuellement ses textures selon la distance à laquelle on s'approche d'elles. Rien de bien gênant dans l'ensemble, mais cela fait parfois tâche dans certaines situations. En mode portable, on note un léger flou supplémentaire par rapport à la version dockée mais les performances restent semblables. Enfin, le HDR est bien évidemment disponible tandis que Capcom a fait l'effort de proposer le gyroscope pour la visée. Malheureusement, il n'est pas vraiment intuitif et assez bancal à utiliser, je l'ai donc laissé de côté pendant toute ma partie. Malgré ces quelques défauts mineurs, le portage de Resident Evil 4 est de très bonne facture et confirme une maîtrise de la machine par les développeurs japonais.
Conclusion - Un portage de qualité pour un jeu culte
Le remake de Resident Evil 4 est une excellente relecture du jeu original : sans bouleverser l’expérience initiale, il transpose les standards graphiques d’aujourd’hui à un jeu ayant marqué son époque, ce qui donne une réalisation quasiment parfaite avec une ambiance visuelle et sonore réussie. Le gameplay a également subi une remise au goût du jour et devient un peu moins lourd, même si la gestion d’Ashley n’est pas forcément le point fort du jeu. En plus de cela, Resident Evil 4 a pour lui son univers sombre, le côté tactique dans la gestion des ressources et des ennemis ainsi qu’un rythme bien équilibré.
Quant au portage Nintendo Switch 2, on pourrait rechigner sur quelques détails techniques mineurs mais il reste de très bonne facture et constitue une excellente opportunité de se plonger dans la licence (même s’il est préférable de jouer à Resident Evil 2 avant celui-ci) ou de redécouvrir les aventures de Leon dans ces contrées espagnoles.
- Un univers sombre
- Le charisme et les capacités de Leon
- Un fil conducteur intéressant
- Un gameplay efficace avec pas mal de possibilités
- La nécessité de gérer ses ressources intelligemment
- Un contenu annexe (Une autre voie, Mercenaires) qui s’avère une bonne surprise
- Solide techniquement avec 60 fps sur Nintendo Switch 2
- La gestion d’Ashley, pas toujours optimale
- Quelques énigmes n’allant pas bien loin
- Quelques détails techniques (ennemis au loin, pop-in sur les textures des murs ou roches)
