En janvier 2019, Capcom amorçait le début d'une longue série de remakes de la saga Resident Evil avec celui du deuxième épisode. Un jeu marquant, très apprécié par les joueurs et la presse (91 sur Metacritic) et qui a grandement participé au renouveau de la licence avec le septième épisode.
L'année suivante, porté par l'immense succès du deuxième épisode, Capcom sort Resident Evil 3, remake de Resident Evil 3 : Némésis sorti en 1999 sur PlayStation 1. Un jeu qui n'aura lui, pas marqué les foules, et on va essayer de voir pourquoi.
Conditions de test : Resident Evil 3 a été testé sur Nintendo Switch 2 grâce à un code fourni par l'éditeur. L'aventure a été traversée en mode normal et essentiellement en mode docké. Il m'a fallu un peu moins de cinq heures pour voir le générique de fin défiler.
Un scénario en parallèle du deuxième épisode
Les derniers mois ont été durs pour Jill Valentine, héroïne du premier épisode de la saga. Après avoir survécu à la catastrophe du Manoir Spencer, Jill a été écartée de l'unité d'élite de la police de Raccoon City, les S.T.A.R.S. Pourtant, la jeune policière n'a pas grand-chose à se reprocher et compte fermement mettre à jour les malversations d'Umbrella Corporation. Malheureusement, le virus de la société se libère dans la ville, et tout part en vrille. Encore pire, Umbrella a volontairement relâché une arme biologique impitoyable appelée Némésis pour traquer les survivants du S.T.A.R.S., Jill en priorité. Plus le choix, elle va devoir tenter de s'échapper, tout en évitant cette monstrueuse créature qui ne lui lâche pas les basques.
Pas de surprise, Capcom brille encore ici par son scénario tiré par les cheveux à l'ambiance nanardesque totalement assumée. Entre le méchant Russe, un compagnon un peu lourd mais sympathique et les improbables retournements de situations, Resident Evil 3 est particulièrement bien rythmé et c'est très difficile de s'y ennuyer durant les quelques petites heures de jeu qu'il propose. Jill profite d'un excellent redesign (loin des errances réalisées à l'époque pour Chris Redfield dans Resident Evil 7) et d'une tenue plus appropriée pour la situation qu'elle traverse (et oui c'est plus les années 90 et Capcom a compris que c'était mieux d'arrêter de déshabiller les femmes pour rien)
Tous ces évènements se déroulent en parallèle des aventures de Leon et Claire dans Resident Evil 2, et si vous y avez joué, vous apprécierez autant les références que vous tiquerez sur les incohérences qui y figurent… mais Resident Evil 3 réussit quand même majoritairement son numéro d'équilibriste ici, et les illogismes sont souvent le fruit d'une contrainte de gameplay dont il aurait été difficile de se passer.
Une VF en retrait
J'ai toujours une tendresse particulière pour le doublage français dans les jeux vidéo, et c'est pour cette raison que je joue souvent en VF. Mais, le doublage de Resident Evil 3 n'est franchement pas au niveau, avec en tête de liste Jill Valentine. J'ai été assez perturbé par sa version française que j'ai trouvé en décalage avec les autres performances, me sortant de l'immersion. Je suis passé à la version originale, anglaise, sur laquelle j'ai pris plus de plaisir.
Un peu moins d'horreur, un peu plus d'action et de linéarité ?
Si l'épisode deux proposait majoritairement de traverser le commissariat de Raccoon City, en plus d'égouts et de laboratoires, le troisième épisode propose de visiter bien plus la ville mythique en y parcourant les rues et autres bâtiments. Une idée sur le papier qui fait plaisir, mais on réalise assez rapidement être dans de grands couloirs déguisés et dans la formule classique de Resident Evil. Pas un soucis en soi car la formule Resident Evil est aussi efficace qu'elle est établie et aboutie, mais Resident Evil 3 propose des séries de zones bien plus petites et moins labyrinthiques, qui donnent la sensation d'être dans un jeu bien plus linéaire qu'à l'accoutumée. Les zones se traversent assez rapidement, ne donnent pas l'impression d'être dans un grand dédale que l'on va devoir s'approprier, et c'est un peu dommage !
Resident Evil oblige, les rues sont remplies de zombies qui voient en vous un excellent tender qu'ils aimeraient croquer. Des zombies classiques, qui bénéficient de l'excellent moteur physique du jeu et que chaque balle marque profondément. Peu de variété dans les genres cependant, à l'exception d'une évolution du zombie avec un parasite à la place du visage, quelques lickers qui font une apparition rapide, et des Hunters qui donnent quelques frayeurs.
Némésis, acte manqué ?
Ce qui a fait le sel de Resident Evil 3, c'est bien évidemment le Némésis. À l'époque, le Némésis était une petite fouine (petite fouine de 2 mètres 20), prête à vous surprendre au détour d'un couloir et souvent de manière aléatoire. Dans le remake du troisième opus, on perd ce caractère hasardeux pour des séquences régulières mais très scriptées. Une frustration, car l'année précédente avec Mister X dans Resident Evil 2, Capcom réalisait un véritable coup d'éclat avec cet indestructible Tyran qui vagabondait librement dans les couloirs et qui pouvait vous cueillir violemment si vous n'étiez pas assez attentifs à ses lourds bruits de pas. Dans un souci de ne peut-être pas répéter la même mécanique, Capcom privilégie des séquences de course-poursuite où le Némésis veut faire de vous son quatre-heure, et il va falloir tout faire pour ne pas le rassasier.
Et figurez-vous que ça fonctionne plutôt bien. Parce que chaque apparition de la créature bénéficie d'une mise en scène spectaculaire, parce que les séquences sont régulières et parce que Némésis est un fourbe lourdement armé dont chaque poing fait extrêmement mal. À l'inverse d'un Mister X, Némésis va parfois faire un sprint pour vous asséner un coup et peut vous attaquer à distance. Il va falloir être extrêmement attentif pour vous protéger. Jill Valentine bénéficie pour se faire d'un système d'esquive qui pourra être salvateur si le mouvement est réalisé au bon moment. Un ajout bienvenu dans une licence à qui ça manque, et un ajout obligatoire parce qu'il serait presque mission impossible de faire face à Némésis sans ça.
Dans l'ensemble, Némésis est un bon argument pour lancer cet épisode. Dans ce remake, Capcom décide de retirer les séquences plus aléatoires pour mettre en avant une mise en scène spectaculaire et appuyer le caractère dangereux et puissant d'un monstre d'Umbrella. Des séquences qui font monter en tension notre haine du monstre avant un final aussi impressionnant que satisfaisant.
Deux personnages pour un jeu bien trop court
Jill Valentine n'est d'ailleurs pas le seul personnage jouable de cet opus. Par séquence, on incarnera aussi Carlos Oliveira, agent d'élite de la section militaire d'Umbrella Corporation, envoyé à Raccoon City pour faire le ménage. Rapidement, le soldat réalise les malversations de son employeur et va aider Jill à dégoter un vaccin. Il bénéficie d'un arsenal différent, plus lourdement armé que l'agente du S.T.A.R.S., et les passages avec lui permettent de bonnes pauses après les séquences avec Jill, plus difficiles et stressantes.
Mais Resident Evil 3 est un jeu bien trop court pour vraiment prendre le même plaisir que sur les autres jeux de la licence. J'ai fini ce troisième opus en moins de cinq heures, et à l'inverse du deuxième épisode, il ne propose pas plusieurs routes. Surtout que ce troisième épisode du remake ne contient pas certaines séquences du jeu original, comme la séquence de la Tour de l'Horloge qui disparaît ici. D'autres séquences sont pensées différemment, raccourcies. Un choix difficile à saisir quand on constate le travail d'exception réalisé sur Resident Evil 2.
Capcom toujours solide sur Switch 2
Et terminons avec l'évidence maintenant quand il s'agit d'un jeu Capcom et RE Engine sur Switch 2. C'est propre et ça tourne bien. J'ai de plus en plus l'impression que le studio maîtrise les cheveux, de moins en moins repoussants au fil des jeux développés. Si on constate un léger (très léger) flou en jeu, les décors n'en restent pas moins saisissants dans ce Raccoon City en perdition, rongé par les flammes et les zombies. À noter un framerate très fluide et très stable qui n'est pas pris à défaut même lorsque les monstres sont nombreux à l'écran, cependant une concession est notable, le framerate des ennemis au loin est diminué pour améliorer la fluidité globale, rien qui abîmera votre expérience de jeu, mais de quoi sortir par moments un peu de l'immersion.
Conclusion - Un remake bien moins convaincant
Resident Evil 3 est indéniablement un bon jeu, et ce encore plus si vous appréciez la formule maîtrisée par Capcom. Malgré une excellente mise en scène, un gameplay toujours solide et une ambiance irréprochable, RE3 est tout même bien moins ambitieux que les remake du deuxième et du quatrième épisode de la saga. Le peu de rejouabilité et une durée de vie extrêmement faible font de cet opus le plus faible de la saga depuis très longtemps, surtout si vous le découvrez comme moi six ans après sa sortie.
- Jill Valentine is back
- Raccoon City, belle ville en proie aux flammes
- Les séquences avec Némésis
- Une mise en scène explosive
- Une formule toujours aussi chouette
- Les références au deuxième opus
- Un portage techniquement très solide
- Un doublage français plutôt moyen (Jill en tête)
- Vraiment trop court
- Des environnements moins propices à la formule RE
- Les zombies saccadés au loin
- Pas de traque constante avec Némésis comme avec Mister X
