Depuis des années, la Nintendo Switch première du nom voyait défiler les éditions FIFA « Legacy Edition », des portages au contenu souvent figé, jamais vraiment à la hauteur. Mais une franchise était totalement absente des terrains : PES, devenu eFootball. La Switch 2 rattrape ce retard avec l’arrivée d’eFootball Kick-Off!, une exclusivité pensée spécifiquement pour la machine. À 19,99 €, le jeu se présente comme une expérience football accessible, rapide, fun. Un positionnement assumé, qui a le mérite d’être honnête, mais qui soulève une vraie question : jusqu’où cette accessibilité est-elle une force, et à partir de quand devient-elle une frustration ?
Un jeu qui porte bien son nom
Soyons clairs d’entrée de jeu : eFootball Kick-Off! ne cherche pas à dissimuler ses ambitions : c’est du kick-off, du foot rapide, pensé avant tout pour se faire plaisir vite sur des sessions courtes, adaptées au format portable de la console. Pas un grand jeu de football dans la tradition des PES d’antan, mais une belle porte d’entrée vers quelque chose de potentiellement plus grand. Pour peu qu’on l’aborde avec les bonnes attentes, l’expérience se révèle agréable, au moins le temps de quelques heures.
Les matchs sont courts, sans possibilité de régler la durée par mi-temps, les courses sont très rapides et il n’est pas rare de faire du ping-pong d’une surface à l’autre, voire même selon les matchs de voir chaque équipe marquer à presque chaque occasion. Mais c’est comme ça qu’il faut aborder le jeu : ça va vite, c’est le but.
Des modes de jeu courts, suffisants pour quelques heures
Le menu principal s’articule autour de quelques piliers bien identifiés. Le mode Circuit Mondial constitue le cœur solo du jeu : on y compose son propre club et on enchaîne des simili-ligues à travers le monde, cinq matchs à la fois. On ne joue pas de vraie ligue à proprement parler et la progression reste assez linéaire, mais le système de récompenses maintient un rythme plaisant qui donne envie d’y revenir pendant une bonne quinzaine d’heures, voire plus. À chaque victoire, on remporte un joueur issu de l’équipe adverse et, en plus de cela, des points gagnés en attaque, au milieu, en défense ou dans les buts servent à en acheter d’autres.
Parmi eux, on trouve notamment des joueurs stars ou légendes, aux statistiques bien supérieures à la moyenne. On avance vite au début, avant de stagner un peu lorsque le vivier de joueurs disponibles commence à s’épuiser ; chose importante, les joueurs ne vieillissent jamais et vous vous retrouvez en une dizaine heure avec une équipe de plus de 90 de GEN. Une fois un tournoi remporté, il est d’ailleurs possible de le refaire en choisissant soi-même les clubs adverses, ce qui permet de cibler des équipes dont on convoite les joueurs.
Le mode Match rapide permet de lancer des parties rapides avec des clubs ou des équipes nationales ; une bonne option pour jouer entre amis. Le jeu à 6 contre 6, pensé pour les débutants, propose des matchs encore plus nerveux et ouverts, avec beaucoup d’occasions de marquer. C’est fun, et ça tient son rôle. Quant à la Coupe Internationale, compétition internationale prestige calquée sur la Coupe du Monde, elle permet comme on peut l’imaginer d’affronter des équipes nationales dans un format très proche de la Coupe qui arrive dans quelques jours. A noter que les groupes prédéfinis sont justement ceux de la Coupe du Monde 2026, mais les sélections ne sont pas à jour (Chevalier est toujours dans la liste par exemple, alors que Risser n’y est pas).
Malgré tout, une fois le meilleur tournoi remporté et l’équipe de rêve constituée, on se retrouve un peu bête face au vide. Le jeu n’offre alors plus vraiment d’objectif, et ce sentiment de « et maintenant ? » est difficile à ignorer. Le Circuit Mondial est le meilleur mode du jeu, mais il montre vite ses limites. Le titre propose également un mode Mini-jeux, avec au menu une course d’obstacles et un « footwall » qui s’apparente à un air hockey avec des joueurs de football. L’idée aurait pu être sympa, mais les deux propositions sont bâclées et décevantes, à peine de quoi occuper quelques minutes.
Le mode en ligne : ça marche, mais c’est léger
Le mode en ligne était indisponible lors de notre phase de test, ce qui nous empêche d’en dresser un bilan complet. Ce qu’on peut dire, c’est que techniquement ça fonctionne correctement, sans latence notable. En revanche, le contenu est faiblard : pas de carrière en ligne, pas de ligue, juste des matchs enchaînés les uns après les autres sans vraie structure ni progression motivante à part un système de classement global. Et comme souvent dans les jeux de foot en ligne, on croise inévitablement les comportements toxiques habituels : rage quit, joueurs qui font exprès d’attendre jusqu’au bout des minuteurs de pause pour pousser l’adversaire à abandonner… Rien de surprenant, mais rien de particulièrement encourageant non plus.
Une accessibilité bien pensée… mais qui a ses limites
L’un des points forts d’eFootball Kick-Off! est son système de contrôles rapides, qui réduit drastiquement les possibilités de commandes mais permet à n’importe qui, même quelqu’un n’ayant jamais touché un jeu de football, de prendre du plaisir immédiatement. Et pour celles et ceux qui veulent aller plus loin, on peut passer aux commandes classiques complètes, qui permettent même d’ajuster la composition d’équipe ou de placer précisément ses joueurs sur le terrain. C’est loin d’un eFootball classique ou d’un EA FC, mais c’est le genre d’approche qui permet à un large public de profiter du jeu.
Sur le plan défensif, le jeu opte pour des mécaniques volontairement simplifiées. Pour défendre, il suffit d’appuyer sur le bouton de pressing pour que son joueur suive l’adversaire et tente un tacle debout. On peut aussi « contenir » : suivre le mouvement de l’adversaire sur la ligne de passe pour limiter son espace. Le tacle glissé existe, mais il est difficile à placer et peu efficace ; plutôt à réserver pour couper une action dangereuse en dernier recours. C’est une approche accessible et fluide, même si elle manque de profondeur pour les joueurs plus expérimentés.
Un jeu malheureusement trop simple et à la fois frustrant
Malgré tout, cette accessibilité a un revers. Même sans les contrôles rapides activés, les passes sont parfois quasi automatisées et ne vont pas dans le sens désiré et les corners et coups francs sont très basiques sans aucune indication visuelle de la direction du tir. Les gestes techniques et les types de frappes disponibles sont limités : devant le but, par exemple, il m’a été impossible de tenter une retournée sur un centre, le jeu part systématiquement vers une tête. On sent qu’on ne contrôle pas complètement son équipe. Le jeu dispose cependant d’une fonction permettant d’orienter son jeu en mode attaque ou défense, ce qui ajoute un minimum de profondeur tactique.
L’IA (pas la générative évidemment, mais celle que l’on connait depuis des décennies dans le jeu-vidéo) de ses propres joueurs est d’ailleurs parfois déconcertante. Un coéquipier que vous ne contrôlez pas n’ira pas forcément se jeter sur un ballon qu’il aurait pu récupérer facilement, engendrant des situations absurdes où une occasion en or se perd dans l’inaction. Il arrive aussi que votre joueur s’arrête net si un adversaire touche le ballon alors que vous étiez en course, sans possibilité de relancer l’action. Côté difficulté, le jeu est globalement très accessible : en jouant au niveau « Très difficile », je m’en sors sans trop de peine, là où sur EA FC les modes moyens demandent déjà une vraie concentration. En règle générale, il suffit de jouer sur les ailes puis de centrer pour avoir plus d’une chance sur deux pour marquer de la tête.
Le gardien, lui, est franchement décevant et ce même avec les meilleurs portiers du jeu. Il ne sait pas utiliser ses pieds pour bloquer les ballons, se retrouve souvent mal placé, et laisse passer des tirs qui auraient dû être arrêtés sans problème. Sur des frappes pourtant prévisibles, on le voit plonger à contretemps ou rester statique. C’est l’un des points les plus frustrants du jeu, d’autant qu’il touche directement le résultat des matchs.
Des licences nombreuses, mais la créativité en retrait
Le jeu dispose d’une belle collection de licences : toute la Ligue 1 et toute la Ligue 2 sont présentes avec les vrais noms des joueurs, comme beaucoup d’autres championnats à travers le monde ; mais le football féminin n’est malheureusement pas du tout représenté dans le jeu. Il est par ailleurs impossible au départ de jouer avec un club existant dans le mode Circuit Mondial, mode qui permet d’enchaîner des compétitions à travers le monde contre 5 équipes à chaque fois, on est obligé de créer sa propre équipe, ce qui coupe un peu le lien avec les licences officielles que le jeu met pourtant en avant.
Pire encore, cette dite équipe ne permet presque aucune personnalisation au début : à part le nom et le diminutif de l’équipe, le blason est imposé entre quelques pauvres choix, et aucun changement de couleurs n’est disponible : on est condamnés à jouer en jaune et bleu. Si vous supportez Sochaux c’est super, sinon c’est compliqué. Par la suite, vous pourrez arborer les couleurs de clubs que vous avez battu … en espérant que votre préféré s’y trouve.
La modélisation des joueurs est quant à elle correcte dans l’ensemble, mais nombre de joueurs peu connus ne sont pas vraiment modélisés. Et même certains noms plus familiers ne sont pas au niveau : Thauvin, par exemple, est visuellement bloqué à son passage à l’OM d’il y a quelques années. Les célébrations sont elles aussi limitées, à une animation plus ou moins aléatoire et une autre fixée par le jeu.
Techniquement propre, sans être impressionnant
Visuellement, eFootball Kick-Off! fait le travail sans frapper les esprits. C’est clairement moins beau qu’EA FC, mais le jeu tourne en 60 FPS constants, aussi bien en mode TV qu’en mode portable, et je préfère largement cette stabilité à une réalisation plus ambitieuse mais instable. On notera tout de même un effet « DLSS forcé mode performances » perceptible en mode TV, qui lisse un peu trop certaines images.

Conclusion - Une promesse tenue, mais un résultat à ne pas mettre entre toutes les mains
eFootball Kick-Off! est exactement ce qu’il annonce être : un jeu de foot rapide, accessible, pensé pour la Nintendo Switch 2 et pour un large public. Il réussit à être fun le temps de quelques heures, et son système de progression en Circuit Mondial maintient l’envie de continuer, du moins jusqu’à ce qu’on ait tout vu et qu’on se retrouve sans véritable objectif.
Mais le manque de profondeur se fait sentir dès qu’on cherche à aller un peu plus loin, entre une IA capricieuse, des gardiens décevants même avec les meilleurs portiers du jeu, des contrôles limités et des modes qui ne vont jamais très loin. Le mode en ligne fonctionne techniquement, mais se résume à enchaîner des matchs sans structure ni progression, et n’échappe pas aux comportements toxiques habituels du foot en ligne.
Pour 19,99 €, c’est une proposition honnête, surtout pour qui recherche du gameplay rapide sans prise de tête. Je n’ai pas hésité à y retourner chaque soir durant des jours, pour compléter le mode Circuit Mondial, malgré tous les défauts que j’ai pu citer. Si vous y allez en toute connaissance de cause, vous saurez passer outre la plupart d’entre eux.
- 60 FPS constants en TV comme en portable
- Visuellement honnête, surtout en mode portable
- Une modélisation réussie sur les joueurs connus
- Accessible à tous grâce aux contrôles rapides, sans pour autant sacrifier les options avancées
- Belles licences (Ligue 1 et Ligue 2 complètes avec vrais noms)
- Système de progression en Circuit Mondial plaisant, surtout au début, avec de nombreuses heures de jeu devant vous
- Prix contenu à 19,99 €
- Parfait pour quelqu’un qui recherche du gameplay rapide sans prise de tête
- Manque cruellement d’un mode carrière
- Mode Circuit Mondial sans vrai championnat
- Difficulté globalement trop basse
- IA des coéquipiers souvent aux fraises, avec des gardiens vraiment mauvais
- Peu de personnalisation (maillots, emblèmes)
- Modélisation inégale des joueurs
- Aucune équipe féminine
- Trop peu de stades différents
- Effet « DLSS forcé mode performances » parfois visible en mode TV
