Dans BioEden, construire n’est pas synonyme de bonne nouvelle. L’objectif est simple : redonner vie à une planète complètement ravagée en y installant des infrastructures, produisant de l’énergie, récupérant des ressources ou en alimentant des recherches. Cependant, chacune de ces constructions participe à l’impact environnemental que l’on cherche à réduire. Une boucle de gameplay basée sur une contradiction bien trouvée, qui donne une particularité au jeu de gestion de Broken Arms Games. Comment réussir à allier le sauvetage de la planète, en dosant correctement la construction des infrastructures qui vont contribuer aux catastrophes qui vont la détruire de nouveau ? Nous avons pu tester le jeu sur Nintendo Switch 2, voici notre avis.
Le jeu au thème solarpunk est édité par Focus Entertainment et disponible depuis le 3 septembre sur Nintendo Switch 2, PC, PlayStation 5 et XBOX. Il avait été annoncé sur console lors du Future Game Show en juin 2026. Une sortie console qui n’était pas datée à l’époque et qui était donc prévue initialement pour plus tard. Le bilan est assez nuancé, entre bonnes idées, éléments à revoir, performances compliquées, notre séjour écologique n’a pas été aussi agréable que prévu.
Sous le dôme, la vie reprend doucement
BioEden prend le temps de poser son univers. Nous nous voyons confier le rôle de Géogarde, envoyé par la Collectivité cosmique, dans le but de restaurer progressivement la planète en y réintroduisant progressivement sa faune, sa flore en recréant des écosystèmes viables permettant à toutes les espèces disparues de reprendre leur place dans la nature. Le jeu nous propose une cinématique avant de nous laisser choisir notre orientation au sein de la Collectivité. Les différentes guildes proposent chacune une philosophie et des avantages, qui sont censés influer sur la manière d’aborder la restauration de la planète. Cinq d’entre elles sont les « campagnes » principales du jeu, en plus de la Guilde d’entraînement, qui fait office de tutoriel.
Très rapidement, l’essentiel se passe dans un premier dôme. C’est ici que le jeu commence à présenter les espèces qu’il faudra progressivement réintroduire à travers un bestiaire. Chacune de ces espèces dispose de ses propres exigences : un biome favorable, certaines conditions environnementales, des prérequis pour la reproduction ou encore différentes étapes de déblocage. Et sur ce point, le jeu fait plutôt bien les choses, il évite de nous jeter devant une dizaine d’arbres de possibilités et de statistiques diverses, les espèces apparaissent progressivement et on nous laisse le temps de comprendre leur utilité. Les mécaniques sont introduites par leur usage, et non par des quêtes non expliquées.
Cette approche fonctionne d’autant mieux que les ressources nécessaires sont généralement faciles à identifier. Lorsque certaines actions demandent simplement d’attendre, on peut facilement accélérer le temps. De la même manière, on peut mettre pause pour prendre le temps de regarder les menus, les prérequis de notre prochaine amélioration ou espèce à débloquer. Après quelques actions, on est envoyé en dehors du dôme principal, pour voir ce qui se passe dehors, ou plutôt, car on a besoin d’une ressource introuvable à l’intérieur dudit dôme.
Construire… mais pas trop
Après avoir compris le fonctionnement de notre écosystème sous cloche, BioEden nous pousse donc à intervenir directement sur la planète, notamment autour des infrastructures hydrauliques ou électriques. C’est ici que se trouve l’idée la plus intéressante du jeu : pour soigner la planète, il faut l’exploiter. Les ressources récupérées servent à construire les bâtiments nécessaires à l’extraction d’énergie, à l’eau, à la recherche ou à la dépollution. Cependant, chaque nouvelle construction a un impact sur l’environnement. Si on construit sans réfléchir, la planète subit plus de pression et le risque de crise devient plus important. Il faut régulièrement recycler les installations devenues inutiles, en récupérant quelques matériaux au passage. On est donc contraint de résister au réflexe commun dans un jeu de gestion, c’est-à-dire de construire toujours plus.
Le concept fonctionne assez bien avec le sujet du jeu, on ne peut pas simplement remplir la jauge ou récolter une ressource sans conséquence. On se voit vite victime d’une tempête de sable qui coupe nos alimentations en électricité ou en eau et nous bloque pour continuer de progresser et d’accéder à l’espèce suivante. Une infrastructure peut donc être temporaire et disparaître une fois son but accompli.
La progression passe également par différents arbres de connaissances. Les recherches effectuées dans les biomes permettent progressivement de comprendre plus en détail leur fonctionnement et donc d’accéder à plus de fonctionnalités ou espèces. C’est cependant à ce moment que les premières frustrations liées au gameplay commencent à apparaitre.
On apprend vite, puis on se perd
Le paradoxe frappe à cet instant. BioEden explique bien ses mécaniques de gameplay car elles sont amenées naturellement dans l’évolution. Mais son interface et le port Nintendo Switch 2 n’ont pas du tout la même efficacité.
Certes, la pédagogie générale reste une réussite tant la compréhension de la boucle est assimilée très vite. On sait globalement toujours ce que le jeu attend de nous, ou quel objectif se donner pour progresser vers le rang suivant. On ne se retrouve pas submergé par des systèmes, arbres de compétences, statistiques diverses. C’est à noter pour un jeu qui mêle ressources, bâtiments, recherche, espèces, besoin de reproduction et restauration environnementale.
Mais là où ça coince, c’est sur l’ergonomie. Lors de la campagne tutoriel, pas de problème. Mais dès qu’on est dans le grand bain, j’ai assez tôt rencontré des situations où le jeu semblait me demander d’aller chercher quelque chose qui paraissait déjà accessible, avant de comprendre qu’une recherche dans l’arbre de compétence était nécessaire, ou qu’une ressource était manquante. Rien de dramatique, mais certains écrans manquent d’interactions, d’explications : par exemple lorsque je pose ma console pendant 3 jours et relance le jeu ensuite au milieu de ma partie, je suis complètement perdu, je suis presque tenté de refaire la campagne tutoriel en accéléré.
Un éden qui perd de sa superbe sur Switch 2
Côté ergonomie, c’est compliqué, selon la vue, le niveau d’interface dans lequel on se trouve, les commandes changent (tantôt X, tantôt Y pour changer d’onglet par exemple), ce qui provoque une gymnastique mentale désagréable, dans un jeu qui semble avoir oublié de s’adapter pleinement à la console portable de Nintendo. Le mode souris est presque impossible à prendre en main et ne donne pas accès à un curseur. Il permet simplement de bouger la caméra, sans pouvoir réaliser d’action. Le contrôle de la caméra est inversé par rapport aux autres jeux de gestion, sans possibilité de changer le sens de l’horizontalité. Enfin, même si certains écrans fonctionnent très bien, les éléments de GUI donnent le sentiment de ne pas avoir été recalibrés pour la taille de l’écran de la console et son mode portable, sans possibilité de les agrandir, rendant le jeu fatigant à jouer sur de longues sessions.
Sur la partie technique, le jeu est fluide, mais on se rend vite compte que des compromis ont été faits pour en arriver là. L’image manque de netteté et l’aliasing est particulièrement visible. La distance d’affichage peine à convaincre et à garder l’immersion. Beaucoup de frictions prises séparément, mais qui accumulées, dans un jeu de gestion où l’on navigue constamment entre les couches d’informations, se font sentir assez vite.
Conclusion - Une restauration laissée en chantier
Pour conclure, BioEden part d’une bonne idée et parvient concrètement à intégrer son propos écologique proprement dans ses mécaniques de jeu. Construire pour réparer, puis recycler, sachant que chaque bâtiment pèse lui-même sur la planète créé une boucle intéressante, un peu répétitive et manquant à terme de profondeur, sur l’introduction des espèces, de leurs besoins et des différents systèmes d’extraction ou de gestion d’écosystème.
Malheureusement, l’expérience sur Nintendo Switch 2 n’est pas assez convaincante. L’ergonomie manque de clarté et le mode portable souffre surtout d’un rendu visuel compliqué, le jeu donne l’impression de ne pas du tout avoir été travaillé pour la console, entre lisibilité moyenne, interface pas adaptée et mode souris inutile. En outre, une distance d’affichage et un aliasing qui gâchent l’expérience.
Le jeu de Broken Arms Games est un jeu accessible, simple, doté de bonnes idées et d’une intention positive, mais il semble avoir connu une sortie console anticipée qui lui fait clairement défaut.
- Un concept écologique réellement bien intégré au gameplay
- Une progression pédagogique et accessible
- La gestion du rythme
- Le système de recyclage en cas d’erreur
- Un rendu décevant sur Nintendo Switch 2
- Aliasing et lisibilité parfois vraiment gênants
- UX prévue pour PC et commandes qui manquent de naturel et de cohérence
- Aucune configuration possible dans les commandes
- Des fautes de traduction en français
- Un mode souris complètement anecdotique
- Manque de profondeur sur le late game

Dmg pour le mode souris