Sans vraiment le savoir, en 2010, le studio japonais FromSoftware allait redéfinir le genre de l'Action-RPG avec Demon's Souls. Suivi par la série des Dark Souls, de Bloodborne, Sekiro et le mastodonte Elden Ring, FromSoft a su séduire de nombreux joueurs avec son style sombre et sa difficulté relevée mettant au défi tout le monde (oubliant à chaque fois d'être accessible). Mais qui dit jeux à succès, dit studios qui veulent s'en inspirer. C'est le cas de Round8, studio coréen qui sort en 2023 un certain Lies Of P, réinterprétation de l’œuvre de Carlo Collodi dans une ambiance bien plus sinistre et sanglante que les adaptations de Pinocchio que l'on connaît. Lies Of P Complete Edition est arrivé en ce mois d'août sur Nintendo Switch 2. L'occasion de voir qu'entre l'inspiration et le plagiat, il n'y a qu'un pas, et que Lies Of P n'a pas peur de le franchir.
I'm a Krat Man
Lies Of P se déroule dans la ville de Krat. Une ville auparavant florissante, pleine de vie… aujourd'hui, il ne reste qu'un lourd silence et des cadavres qui jonchent le sol dans les rues. Dans cette cité en plein essor, les humains cohabitaient avec les marionnettes. Des marionnettes chargées des sales besognes, assistant les humains au quotidien. Mais les pantins ont fini par se retourner contre ces derniers. Pas de chance, en plus, une étrange maladie commence à se répandre chez les habitants de Krats, maladie qui les pétrifie jusqu'à la mort.
Dans cette ambiance pour le moins sordide, une marionnette est réveillée. Une marionnette qui pourrait apporter le salut à l'humanité. Pinocchio. Enfin, c’est moi qui ai décidé de l'appeler ainsi, car si le jeu utilise bon nombre de références à l’œuvre de Collodi, Pinocchio est le seul nom qui n'est jamais employé pour désigner notre personnage. Mais bon, notre père c'est Gepetto, on se balade avec un certain Gemini… Ce sera plus simple de le nommer Pinocchio jusqu'à la fin du test, même si ce n'est pas « lore-accurate ».
Pinocchio sera donc chargé de nombreuses missions pour ramener la paix à Krat, et découvrir les nombreuses manipulations en coulisse sur la folie des marionnettes et l'étrange maladie qui se répand. Cette réécriture audacieuse de Pinocchio est très appréciable. Ici, Round8 ne tente pas de rentrer au chausse-pied des références absolument partout, mais le fait de manière assez classe et distinguée, apportant certes des éléments de l’œuvre originale, mais étalant aussi beaucoup d'idées maison pour offrir une ambiance saisissante.
De plus, Lies Of P offre un récit moins cryptique que le studio FromSoftware dont il s'inspire. Si on reconnaît les ficelles, on ne reste pas sur un étrange sentiment d'incompréhension comme cela peut-être le cas en terminant un Souls. Même si le diable est toujours caché dans les détails et qu'il vous faudra lire les descriptions de chaque objets pour comprendre tout le lore de Lies Of P, suivre simplement la trame principale vous fera comprendre les grandes lignes, et c'est satisfaisant de ne pas avoir à fouiller partout pour espérer saisir une once du lore.
Il faut aussi avouer qu’artistiquement, Lies Of P s'en sort avec les honneurs. Krat est sublime dans son style Belle-Époque ravagé et le Victorien pour les accoutrements des différents personnages. Des vêtements et décors qui font tâche dans des environnements en ruine, et c'est ce qui fait le sel de cette direction artistique. Le jeu n'a pas peur de nous emmener dans divers endroits, des grandes places magnifiques aux égouts sordides. Le seul bémol reste la manière dont Lies Of P met en valeur ses beaux décors. Tout du long, je n'ai pas une seule fois été submergé par un environnement, un lieu, un bâtiment, comme cela m'est arrivé avec les œuvres de FromSoftware. Il reste encore un peu de travail sur la gestion de la caméra pour vraiment nous faire ressentir l'immensité des lieux que l'on traverse.
Pinocchioffensif
On a pu constater que dans la manière d'étaler son lore, Lies Of P puisait beaucoup chez son voisin japonais. Pour le gameplay, il n'est plus question de puiser, mais de recopier. Tout est ici presque copier-coller des systèmes mis en place par les équipes de Hidetaka Miyazaki. Une barre de vie et une d'endurance, un système de fiole pour se soigner, un système de montée de niveau cryptique qui se présente de la même manière, des malus qui s'affichent avec une jauge au milieu de l'écran, un système de progression similaire… ça fait beaucoup là, non ?
Les premières heures de Lies Of P sont presque risibles tant elles s'articulent exactement comme un Souls, et les mécaniques que le jeu ajoute ne permettent pas d'effacer cet arrière-goût. De plus, Lies Of P aurait pu offrir plus d'éléments d'explications de son système de jeu, pour être la rampe de lancement parfaite avant de se lancer dans un Souls. Mais il ne le fait pas, et tant pis pour vous si vous ne comprenez pas comment ça fonctionne.
Mais passons, et parlons de ce que fait Lies Of P. Vous allez vagabonder à travers diverses zones dont le level design est imbriqué, dans lesquels vous ferez face à des ennemis plus ou moins retors jusqu'à atteindre le boss de fin de zone, souvent un défi de taille contre lequel vous allez buter à de nombreuses reprises. Pour faire face, Pinocchio a quelques atouts dans sa manche, entre une série d’armes et un bras gauche articulé que l'on peut personnaliser avec des pouvoirs. Entre la dague, l'épée, les masses et autres grandes épées, la marionnette au grand nez va avoir l'embarras du choix, et chaque arme vient avec son propre moveset. À vous de choisir laquelle vous convient le plus pour venir à bout des adversaires. J'ai personnellement pris plaisir à échanger régulièrement les armes avec lesquelles je jouais, avec une deuxième arme équipable et accessible rapidement d'une pression de touche, pour varier les combos en combat.
Système de combat qui s'inspire d'ailleurs beaucoup de Bloodborne et Sekiro, mettant une forte emphase sur l'offensive et la parade plutôt que l'esquive et la passivité. Les ennemis vous feront des dégâts, mais vous pourrez récupérer une portion de vie si vous attaquez vos ennemis rapidement dans la foulée. La parade de son côté, va vous permettre de briser plus rapidement la posture de vos ennemis pour leur faire de très gros dégâts.
Vous pouvez bien sûr la jouer plus safe et vous reposer sur l'esquive, mais les combats seront plus longs, et les patterns des boss sont souvent pensés pour pratiquer la parade. Dans l'ensemble, ce système fonctionne très bien et est très agréable à jouer, on se fait très rapidement aux mouvements, aux mécaniques, et avoir déjà joué à un FromSoftware vous fera sentir comme à la maison. Les boss, sans être particulièrement mémorables, restent de grands moments forts et délivrent toujours une immense satisfaction à chaque victoire.
Une accessibilité… étrange ?
Le bémol reste sur la difficulté. Je ne suis pas là pour refaire le débat de l'accessibilité, mais Lies Of P propose quelque chose d'assez étrange avec les trois modes de difficultés proposés. Trois modes, qu'on comprend aller de facile à difficile… et ce n'est pas facile ? J'ai personnellement pris la difficulté maximale pour la moitié du jeu, et pour aller plus vite pour le bien du test, j'ai échangé avec les autres modes, et je n'ai pas remarqué de différences particulières. Les dégâts qui m'étaient infligés étaient certes moins élevés, mais je n'ai pas l'impression d'avoir vraiment vu d'autres modificateurs.
Mais le jeu propose aussi de l'aide diégétique avec la possibilité d'invoquer des spectres pour affronter des gros boss. Spectres qui sont d'une aide salvatrice, étant donné qu'ils pourront attirer l'attention des ennemis pour vous permettre quelques coups fourbes dans le dos. Mais cette possibilité n'est pas disponible sur tous les boss, et c'est vraiment sur des boss plus mineurs que j'aurais eu besoin de leur aide.
Un level design très timide
Nombreux sont les joueurs à louer le level design particulièrement brillant des jeux de FromSoftware. Ici, Round8 reste très scolaire. Certes, vous allez débloquer des raccourcis salvateurs entre vos checkpoints, mais jamais le jeu ne prend les devants pour proposer quelque chose d'audacieux dans sa proposition, je n'ai pas eu de moments « wow » sur la structure du jeu qui reste très linéaire.
À quoi bon mentir ?
Si l'on retient une chose de Pinocchio, c'est son nez qui s'allonge à chaque mensonge. Round8 twiste ici la formule en proposant un Pinocchio dont la particularité est de pouvoir mentir. Toutes les marionnettes du jeu sont liées à l'origine par un « Grand Contrat », contrat inspiré des lois de la robotique d'Asimov qui interdit les marionnettes, entre autres, de faire du mal aux humains, et de mentir. Pinocchio n'est pas soumis à ce contrat, et va pouvoir mentir à cœur joie. Une mécanique intéressante sur le papier, qui va se déclencher pendant certaines phases de dialogues, mais qui n'a pas d'impact particulier sur le récit. De plus, les mensonges sont parfois un peu nuls, comme quand une vieille dame malade te demande si elle est encore jolie et que tu dois répondre oui ou non.
Une technique qui a du nez
Sans être une vitrine technique spectaculaire, Lies Of P est un jeu qui s'en sort avec les honneurs sur Nintendo Switch 2. Le jeu propose ici trois modes de fonctionnement : qualité, équilibré et performances. Trois modes qui viennent avec leurs avantages et inconvénients.
Le mode qualité offre de très jolis visuels avec un framerate capé à 30 images par seconde, et l'équilibré des visuels très légèrement moins fins pour atteindre le 40. Le mode performance lui, va venir taper assez sévèrement sur la partie visuelle, réduisant la résolution et accentuant le flou pour atteindre un 60 images par seconde très stable. J'ai joué à 90% de l'aventure en équilibré, un système qui fonctionne bien et qui permet de profiter un peu du meilleur des deux mondes. Cependant, il faut l'avouer, Lies Of P est un jeu qui demande des réflexes qui sont bien plus simples à avoir lorsque le jeu tourne à 60 images par seconde.
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Conclusion - Le nez un peu trop sur la copie du voisin
Lies Of P est un chouette jeu, qui aurait sûrement gagné à un peu moins lorgner chez son voisin. Les similitudes à peine dissimulées sont risibles, et ça se voit surtout quand on fait moins bien. Reste tout de même des systèmes qui fonctionnent, un univers très soigné, et des visuels enchanteurs. Lies Of P peut être une porte d'entrée vers l'univers des Souls, mais à quoi bon quand Elden Ring sort le même mois sur la console ?
- Une très bonne réécriture de Pinocchio
- Un univers charmant et soigné
- Un système de combat qui fonctionne bien
- La bande-son est très chouette
- Différents modes pour le framerate et les visuels
- Un level design très timide
- Ça ressemble trop à un jeu de FromSoftware, et ça n’apporte pas assez pour éviter une lourde comparaison
- Système de mensonge pas très utile
- Assez flou en mode performance
- Des modes de difficulté qui n’aident en rien à l’accessibilité
