L’annonce faite par Sony le 1er juillet, actant la fin de la production de disques pour tous les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028, a provoqué une onde de choc dans toute l’industrie. En quelques heures, éditeurs spécialisés, studios indépendants et enseignes ont multiplié les communiqués pour défendre le format physique, entre indignation, promesses concrètes et appels à la mobilisation des joueuses et joueurs.
Pour rappel, c’est par un billet publié sur le PlayStation Blog que Sony Interactive Entertainment a officialisé sa décision : passé janvier 2028, les nouveaux titres ne seront plus proposés qu’au format numérique, sur le PlayStation Store ou auprès des revendeurs partenaires. Le constructeur justifie ce virage par une « direction naturelle » visant à s’adapter aux préférences des consommateurs. Un argument qui n’a visiblement pas convaincu les acteurs dont le format physique constitue le cœur de métier.
En France, Just For Games et Red Art Games montent au créneau
Maximum Entertainment et sa filiale Just For Games ont été parmi les premiers à réagir. L’éditeur-distributeur, actif depuis quinze ans, se dit « surpris, choqué, révolté » et juge la décision de Sony abrupte, en ce qu’elle retire le choix aux joueuses et joueurs comme aux acteurs du marché, alors que la demande reste selon eux bien réelle. Le communiqué se veut toutefois combatif : « tant qu’il y aura des jeux, nous proposerons des manières physiques d’en profiter ». L’entreprise invite d’ailleurs sa communauté à partager sa vision des futures éditions physiques, signe qu’elle réfléchit déjà à de nouvelles formes pour ses produits.
Même son de cloche chez Red Art Games : l’éditeur, symboliquement fondé en 2018 par des collectionneurs, explique que l’annonce les touchent en plein cœur, son identité étant indissociable du disque PlayStation. Il s’engage à proposer des éditions physiques sur les consoles de Sony « aussi longtemps que possible », tout en réaffirmant sa mission autour de la préservation et de la possession des jeux.
Les studios et enseignes espagnols ne sont pas en reste
En Espagne, la riposte s’organise également. Aeternum Game Studios, studio indépendant à qui l’on doit la série Aeterna, prend le contre-pied le plus concret : il fait désormais de l’édition physique une « priorité absolue » et promet de sortir en boîte, avant l’échéance de 2028, l’ensemble de ses titres, dont Aeterna Noctis Ultimate, Aeterna Lucis, Summum Aeterna et Eden Genesis.
L’éditeur Tesura Games quant à lui adopte un ton plus frontal et condamne fermement la décision, qu’il juge inacceptable pour les développeurs, éditeurs, boutiques et joueuses et joueurs (qui souhaitent réellement posséder ce qu’ils achètent, selon ses mots). Il annonce vouloir unir ses forces avec ses homologues du monde entier pour tenter de faire reculer Sony.
Enfin, la branche espagnole l’enseigne GAME, qui défend le format physique depuis quarante ans, appelle sa communauté à se mobiliser sous la bannière « #GamersUnidos ». Sa position se veut nuancée : le numérique a sa place, mais l’avenir ne devrait pas se construire en supprimant des options, digital et physique pouvant parfaitement coexister.
Les spécialistes anglo-saxons également au front
Du côté du Royaume-Uni, Super Rare Games rappelle que le format physique a toujours été au cœur de son activité et promet de continuer à publier des jeux PlayStation 5 en boîte aussi longtemps qu’il le pourra, « parce que les jeux méritent mieux qu’un simple téléchargement ».
Silver Lining Interactive se montre, comme certains, plus mesuré et indique travailler directement avec PlayStation pour comprendre les modalités de la transition et ses conséquences pour les éditeurs indépendants. Il rappelle au passage une précision utile : la date butoir de janvier 2028 ne concernera pas les catalogues existants et l’éditeur s’engage à continuer de produire et de réimprimer ses titres déjà sortis.
Retroware, enfin, joue la carte de l’humour en promettant des jeux physiques « aussi longtemps qu’on nous y autorisera (et probablement plus longtemps) », ainsi que davantage de sorties sur cartouches rétro. Derrière la blague, le studio défend un droit fondamental à ses yeux : posséder réellement une copie de son jeu, plutôt qu’une licence numérique révocable à tout moment.
Une liste évidemment loin d’être exhaustive et qui va s’allonger
Ces quelques prises de position, recensées au moment d’écrire ces lignes, ne représentent sans doute que la première vague : nous n’avons pas pu faire le tour de tout Internet et d’autres entreprises devraient communiquer dans les prochains jours. Selon les informations qui nous sont parvenues, un très gros éditeur hésiterait d’ailleurs encore à prendre publiquement la parole sur le sujet, tant elle pourrait faire du bruit voire même fragiliser ses relations avec le constructeur. Reste que ces communiqués, aussi sincères soient-ils, ne changent rien pour l’instant au calendrier fixé par Sony.
La balle est dans le camp de l’entreprise qui a créé les Blu-ray, mais aussi dans celui des joueuses et joueurs : c’est leur comportement d’achat d’ici 2028 qui dira si cette résistance dépasse le stade de la déclaration d’intention. En attendant, Nintendo fait figure de dernier grand défenseur du support physique sur console, un positionnement qui pourrait peser dans les mois à venir.
