Dans une interview accordée à IGN, Ken Levine, créateur de la série BioShock, a livré un regard critique sur l’évolution de l’industrie du jeu vidéo. Pour lui, le secteur s’est longtemps obsédé avec le réalisme graphique, au point d’atteindre aujourd’hui un seuil de rendements décroissants.
Si l’on en parle ici, c’est sans nul doute parce que Ken Levine prend la Nintendo Switch 2 comme exemple parlant. La console de Nintendo, tout comme la future Steam Machine de Valve, ne mise pas sur des performances techniques révolutionnaires malgré le gap avec la Switch première du nom. Et c’est précisément ce choix que le développeur salue : selon lui, l’industrie commence à comprendre que les sauts graphiques successifs n’apportent plus grand-chose ni aux joueuses et joueurs, ni aux créatrices et créateurs.
Ce constat s’appuie aussi sur sa propre expérience : BioShock, sorti il y a près de vingt ans, reste visuellement convaincant aujourd’hui. Non pas parce qu’il cherchait à reproduire la réalité, mais parce qu’il s’appuyait sur une direction artistique forte et cohérente. À l’inverse, les jeux qui ont misé sur le photoréalisme ont souvent moins bien vieilli. Ken ne cite aucun jeu, mais l’on pourrait facilement parler de L.A. Noire, Crysis ou encore les premiers jeux Call of Duty.
Pour Ken, ce qui permet à un jeu de traverser le temps, c’est avant tout la vision créative. Son prochain projet, Judas, en est l’illustration : le développement se concentre sur la narration et les systèmes de jeu, des aspects qui sollicitent peu la puissance de calcul mais demandent un travail considérable en amont. Il n’a en revanche pas confirmé si Judas verra le jour sur Nintendo Switch 2, malgré les références élogieuses qu’il lui a consacrées.
Difficile de dire s’il a raison ou non. Ce qui est clair néanmoins, c’est que la flambée des prix des composants pour les ordinateurs et les consoles pourraient mettre un coup de frein à la course à la puissance ; Sony et Microsoft vont sans doute devoir faire un choix entre puissance élitiste ou consoles humbles mais achetables par le plus grand nombre. Et cela permettrait peut-être à certains studios de commencer à faire des jeux intéressants plutôt que simplement agréables à l’oeil.
