Et si Hades et Outer Wilds avaient un bébé ? Le résultat se rapprocherait probablement de ce qu’est Blue Prince, arrivé récemment sur Nintendo Switch 2. Ce mélange des genres accouche d’un titre qui combine une partie du meilleur de ces deux mastodontes et qui, une fois immergé en son sein, devient très difficile à oublier tant chaque mystère nous obsède même en lâchant la manette. Édité par Raw Fury et développé par le studio californien Dogubomb, Blue Prince a ainsi été très justement acclamé par la critique lors de sa sortie initiale en 2025. Alors, que vaut ce gros morceau dans sa mouture Switch 2 ? Réponse dans ce test !
Un héritage, ça se mérite
Le concept de Blue Prince repose sur un pitch de départ en apparence très simple. Nous y incarnons le neveu et héritier d’un certain Herbert S. Sinclair qui nous lègue dans son testament son immense manoir de 45 pièces. Mais notre illustre oncle pose une condition : celle de réussir à dénicher la quarante-sixième pièce cachée. Pour cela, nous devons parcourir la demeure de fond en comble pour y collecter des indices et objets clés qui mènent au précieux sésame. Mais il y a un twist. Le testament interdit à notre personnage de dormir dans le manoir, ce qui nous oblige à camper à l’extérieur pour y retourner chaque jour.
C’est là que l’aspect roguelite du titre intervient : à chaque journée, seule une poignée de pièces, dont le hall d’entrée, restent identiques là où toutes les autres deviennent indéterminées. Ainsi, à chaque porte franchie, nous avons le choix entre trois types de pièces aux effets et au contenu variés. Bien sûr, chaque pièce a aussi ses entrées et sorties prédéterminées, ce qui influe grandement sur les pièces suivantes que l’on pourra dessiner à la prochaine porte. Cette part d’aléatoire et de choix dans Blue Prince reprend ainsi tout ce qui fait la force des roguelites, à savoir le fait d’exploiter des synergies, non plus entre des compétences ou des équipements mais entre les pièces du manoir.



Au-delà de certains bonus fort utiles, ces synergies peuvent affecter très lourdement la structure même du bâtiment et ses potentialités. Les pièces bleues techniques, signalées par un petit rouage, permettent par exemple d’utiliser des mécanismes qui en affectent beaucoup d’autres. Qu’il s’agisse d’allumer une chaudière à vapeur pour alimenter certaines machines en énergie, de drainer de l’eau dans une pièce pour la déverser dans une autre ou de couper ou allumer l’électricité dans plusieurs d’entre elles, les choix sont vastes et leur utilité est de plus en plus claire à mesure que l’on se familiarise avec ces différents systèmes.
Dans la langue de Shakespeare
Malgré tout son potentiel, un bon agencement de votre manoir ne suffira pas à vous ouvrir les portes de la quarante-sixième pièce aussi facilement. C’est dans cette optique que Blue Prince dissimule dans tout son terrain de jeu une quantité faramineuse d’énigmes, de passages secrets et autres portes dérobées et compartiments dissimulés un peu partout dans le manoir. Et disons le d’office, si vous avez séché vos cours d’anglais, vous risquez de passer un sale quart d’heure. Le jeu ne dispose en effet pas d’une version française à l’heure où paraît ce test. Et ça restera très probablement le cas pour une durée indéterminée.



Le réalisateur de Blue Prince, Tonda Ros, l’a expliqué à nos confrères de GamesIndustry.biz en qualifiant le jeu de « presque impossible » à traduire dans d’autres langues. Après l’avoir longuement parcouru, je ne peux que lui donner raison tant il y a d’énigmes qui reposent sur la langue anglaise et certaines de ses subtilités les plus retorses. Outre des jeux de mots parfois déterminants pour comprendre certains indices, le jeu exige en plus une bonne dose de vocabulaire qui fera sans doute défaut à la plupart des personnes n’ayant jamais vécu au moins quelques mois dans un pays anglophone.
Même avec un très bon niveau d’anglais, il m’a fallu rechercher certaines traductions régulièrement et m’aider des wikis de fans pour comprendre certaines insinuations ou double sens implicites cachés dans des textes à l’apparence anodine présents dans certaines pièces du manoir. Ce manque d’accessibilité est le prix à payer pour certaines des énigmes les plus ingénieuses qui, sans s’appuyer sur la langue, n’auraient pas le même impact ni le même intérêt. C’est dans cette dimension que Blue Prince se rapproche le plus d’Outer Wilds, bien que ce dernier ne mettait pas un tel focus sur la profondeur linguistique.



On retrouve néanmoins dans le titre de Dogubomb le même souci de la cohérence globale associée à une liberté d’action très importante laissée à la personne qui joue. Nombre d’indices sont ainsi trouvables dans un ordre complètement différent sans pour autant nous handicaper trop longtemps. Surtout, le mystère « principal » est loin d’être le seul secret que recèle cette immense demeure, de quoi titiller notre curiosité sans arrêt. Le degré de liberté est toutefois limité par l’aspect roguelite, car un manque de chance dans les pièces tirées au sort peut compromettre une run et nous forcer à attendre le jour suivant. Mais cela est contrebalancé par des améliorations permanentes que l’on peut acquérir au fur et à mesure, et qui rendent les runs de plus en plus ouvertes au fil des parties.
Un fort bel écrin
Terminons ce test par le volet technique. Blue Prince adopte un modeste 30 images par seconde et une résolution de 1920×1080 pixels. Pas de quoi épater la galerie, surtout sur Switch 2, mais ne soyons pas ingrat·es, ce n’est pas dans ce domaine que l’on attend et juge un jeu d’énigmes avant tout basé sur la réflexion. Je n’ai en tout cas pas eu à souffrir du moindre ralentissement au cours de mes parties et ai pu profiter pleinement de la direction artistique sobre mais très soignée, façon bande dessinée, le tout dans un univers rappelant le début de la seconde moitié du vingtième siècle. Avec une équipe de moins de 10 personnes, le résultat produit par Dogubomb est tout à fait honorable.
Côté bande-son, on reste sur un minimalisme seulement mis en retrait pour souligner un lieu cryptique ou mystérieux via quelques notes toujours appropriées au contexte. Enfin, les contrôles sont un point saillant de la Switch 2, avec son fameux mode souris qui est aussi relativement adapté. Certaines interactions nécessitent de déplacer la caméra dans des angles parfois extrêmes pour interagir avec un objet ou un élément du décor. Mais, comme dans beaucoup de jeux avant lui, Blue Prince souffre d’une ergonomie en demi-teinte en mode souris, surtout si vous jouez sur un écran TV et non un bureau avec un tapis adapté. La faute non pas du titre en lui-même, mais d’un Joy-Con droit qui peut devenir assez inconfortable pour les longues sessions de jeu.



Conclusion - D'héritier à architecte
Blue Prince réussit, comme tant d’autres jeux aux concepts aussi créatifs, à démontrer que fusionner n’importe quels genres de jeux vidéo peut déboucher sur une véritable pépite, à condition de savoir quels ingrédients ajuster. En mêlant toutes les forces des meilleurs roguelites et jeux de réflexion de la dernière décennie, il parvient à créer une formule diablement addictive. On a ainsi qu’une envie après avoir déniché la pièce n°46, c’est de replonger dans le jeu pour en découvrir les autres secrets encore mieux dissimulés. Le tout nous est servi dans une mouture Switch 2 qui fait le job et rend parfaitement honneur au titre de Dogubomb. On regrettera seulement une absence de traduction malheureusement très complexe et un mode souris qui souffre de son propre support.
- Une formule roguelite hyper addictive
- Plein d’objectifs pour s’adapter à tous les niveaux de joueur·euses
- Des énigmes aux petits oignons
- Un ton toujours adapté, entre mystère, cryptique et lugubre parfois
- Une esthétique tout aussi efficace et attrayante
- Exige un très bon niveau d’anglais, faute de traduction
- Un mode souris oubliable, la faute aux Joy-Con

