Mouse : P.I For Hire, fromage industriel ou artisanal ? – TEST

Par le 6 Mai 2026 à 17:13 - Temps de lecture : 5 minutes 30 sec

« Wow, ça en jette ! » – Ce sont les premiers mots à m'être venus en tête quand les premières images de Mouse : P.I For Hire ont défilé devant mes yeux. Et pourtant, les images dévoilées en 2023 ne montraient que quelques images de gameplay, dans des décors faits de placeholders du moteur de jeu. Mais les équipes polonaises de Fumi Games pouvaient se targuer d'une chose : la direction artistique de leur jeu n’allait pas laisser de marbre. Inspiré des dessins animés des années 30, en noir et blanc, mettant en scène des souris et se présentant comme un fast FPS nerveux, il n'a pas fallut attendre longtemps avant de voir les foules s'amasser devant cette jolie curiosité. 

Trois ans plus tard, Mouse : P.I For Hire arrive sur nos machines. Est-ce que la Montagne accouche d'une souris ? Est-ce que, au contraire, les souris dansent ? On vous donne notre avis, sans en faire tout un fromage. 

Un fromage très bien présenté

Parlons de l'éléphant dans la pièce : la direction artistique de Mouse. Vous voyez la première version de la célèbre souris Mickey ? Imaginez ça, modernisez le et appréciez. Le jeu de Fumi Games s'inspire grandement des dessins animés tiré des années 30, aux balbutiements du genre, et souhaite si tenir en adoptant tout au long de l'aventure du noir et blanc, et un bon nombre de nuances de gris. Pour renforcer ce sentiment de visionner un vieux dessin animé, le jeu propose aussi toute une gamme de filtres à moduler selon ses envies pour appuyer ou non le rendu de l'image. Un filtre très accessoire, mais bienvenu. 

Si nous reviendrons plus tard sur ce que nous raconte Mouse, il faut savoir que le jeu met en scène quasi exclusivement des rongeurs, et tous les personnages sont représentés en 2D. Par conséquent, peu importe comment vous vous déplacez dans l'espace de jeu, les modèles des personnages vous feront toujours face. Une sensation légèrement perturbante au début mais avec laquelle on finit par s'amuser. Les décors, eux, sont intégralement en trois dimensions, et ne jurent jamais avec les modèles des personnages. Ce mélange des dimensions s'harmonise particulièrement bien, et il faut avouer que la prouesse visuelle est tenue jusqu'à la fin. Le jeu se permet même quelques surprises qui, on l'avoue, font leur petit effet “wow!”. 

Il y a aussi un certain adage qui dit que “l'important ce n'est pas la destination, mais le voyage”, un adage que prennent à coeur les polonais en nous faisant visiter un bon nombre de niveaux aux allures bien différentes : les coulisses des grands studios de cinéma, des manoirs, l'Opéra, des quais de port… On est régulièrement surpris par la générosité qu'offre le jeu à travers les endroits qu'il nous propose de traverser, et qui pousse toujours à continuer l'aventure pour découvrir de nouveaux espaces. On note aussi une excellente bande originale, jazzy comme il faut et toujours dans le ton. Le thème principal risque d’être gravé dans ma tête et on apprécie une utilisation de la musique classique particulièrement efficace.

Une histoire râpée ? 

Mouse : P.I For Hire est une histoire de flics corrompus, de politique véreux, de mafia, et au milieu de tout ça : Jack Pepper. Jack Pepper est un détective privé qui se retrouve plongé dans une affaire qui le dépasse à Sourisville. À l'origine embauché par une journaliste pour enquêter sur la disparition d'un magicien, l'enquête tourne rapidement au vinaigre quand Jack se retrouve agressé de toute parts par des brigands, c'est ainsi qu'il comprend que cette disparition cache bien plus qu'elle ne laisse paraître. 

Étonnamment, Mouse : P.I For Hire se distingue par une narration plutôt soignée, fortement inspirée des films noirs, et n'hésitant jamais à grossir le trait d'un genre éculé, forçant chaque cliché et usant habilement de l'humour pour nous garder en éveil (à noter d'ailleurs un excellent travail de localisation). On va finir par se prendre au jeu, et suivre cette histoire rocambolesque, qui aborde plus de thèmes qu'on ne peut l'imaginer. À travers son univers de souris, Fumi Games évoque la guerre et ses conséquences, la ségrégation, la déportation, les violences policières… des thèmes importants qui malheureusement ici ne trouvent jamais vraiment leur place. Car oui, c'est dur de faire coexister les atrocités précédentes dans un jeu où on fait des blagues sur le fromage toutes les trois phrases. 

Sans vraiment tomber complètement à plat, tout ce que souhaite raconter sérieusement le jeu est balayé par son enrobage qui ne sied vraiment pas aux thématiques. Je n'ai pas pu m'empêcher pendant l'aventure de penser à l'excellent roman graphique Maus d'Art Spiegelman, qui retransmet l'horreur des camps d'extermination nazis à travers des personnages représentés en souris. Sauf que Mouse : P.I For Hire n'a jamais le courage d'aller au bout de son propos, préférant envoyer son personnage aller boire une fondue au bar plutôt que de s'attarder sur ce qui ne tourne pas rond dans son univers. Mouse reste tout du moins agréable à suivre, porté par un casting très convaincant, Troy Baker en tête, qui semble prendre un malin plaisir à incarner cette souris détective désabusée qui enchaîne les bons mots. 

Un gameplay dé-brie-dé, avec quelques trous dans le gruyère

Il faut savoir que les enquêtes de Jack Pepper ne sont pas de tout repos, à vrai dire, elles sont parsemées de balles qui sifflent dans chaque endroit où il passe. Car oui, quand on fait unfast FPS, il faut bien s'attendre à appuyer régulièrement sur la gâchette. Fumi Games offre ici un jeu riche en possibilités, mais très faiblard en sensation. 

Rapidement mis dans le bain, le premier niveau du jeu se veut in medias res. Jack Pepper est pris dans l'action, mais simplement armé d'un pistolet. S’ensuit une séquence d'action très fade, qui ne met vraiment pas en confiance pour les heures à venir. Une sensation qui mettra du temps à se dissiper, le jeu étant plutôt dense et mettant du temps à vous distribuer de nombreuses armes. J'ai serré les dents, mais au fur et à mesure, le jeu est devenu de plus en plus plaisant à parcourir. Déjà car on maîtrise de plus en plus ses subtilités, comme le coup de pied, qui deviendra l'un de nos meilleur ami, mais aussi parce que les armes finissent par se multiplier, offrant des approches de plus en plus originales et efficaces pour venir à bout des vils souris qui veulent nous trouer comme un gruyère.

Outre le classique pistolet et fusil à pompe, Mouse va vous offrir d'autres armes qui font varier le gameplay, comme une mitraillette (intelligemment nommée le “James Gun”) qui permet de liquider les ennemis en grand nombre, un véritable canon pour faire de gros dégâts et casser des murs, une arme qui tire du poison et inflige des dégâts sur la durée, une tronçonneuse fortement inspiré de Doom… Mouse met beaucoup de parmesan sur les pâtes, au point qu'on finit par utiliser toujours les mêmes armes, oubliant parfois qu'on a d'autres possibilités dans notre inventaire. Vous débloquerez aussi des capacités physiques, comme un double saut, la possibilité de courir brièvement sur certains murs, et de quoi planer temporairement dans les airs… des facultés qui pourront être utilisées en combat pour prendre les adversaires à revers.

Dans l'ensemble, Mouse : P.I For Hire ne manque pas de générosité. Si son gameplay se développe au fil des heures, le jeu manque vraiment de punch manette en main, les différentes armes ne donnent pas une sensation d'impact suffisante pour être pleinement satisfaisante. Chaque séquence d'action est entrecoupée de passage dans le hub, le quartier de Jack Pepper où il pourra améliorer ses armes et aussi accrocher tous les indices trouvés au cours de son enquête sur son tableau. Des séquences qui font respirer entre les niveaux chargés d'adrénaline.

Une technique dans un trou de souris

Qu’en est-il de la technique ? Mouse : P.I For Hire n'en sort malheureusement pas avec les honneurs. Si visuellement il n'y a vraiment rien à redire, c'est le framerate qui pose ici souci. Le jeu propose deux modes de framerate, entre qualité à 30 images par secondes, et un performance qui vise les 60. 

Difficile dans un premier temps de privilégier un mode à 30 fps dans un jeu aussi dynamique que celui-là. Et le mode en 60 est ici souvent entrecoupé de baisse de framerate, descendant parfois assez bas. Ce qui n'est pas dommageable sur certains styles de jeux, l'est ici bien plus car Mouse demande souvent une vitesse d'exécution et de réflexion importante, et plusieurs fois j'ai perdu le fil à cause d'une baisse de framerate impromptue. À noter aussi qu'en mode portable, le jeu s'en sort visuellement encore très bien, mais peine un peu plus en termes de performance. J'ai eu deux crashs en jouant de cette manière. Rien d'alarmant et rien qui ne vous empêchera d'apprécier le jeu, mais il semble important de le préciser.

Conclusion - Un bon fromage qui mérite d'être encore plus affiné

75%

Mouse : P.I For Hire est un bon jeu, qui respire la passion et l'envie de bien faire. Seul un manque de sensation, une histoire qui ne va pas au bout de ce qu'elle veut dire et une technique imparfaite viennent noircir ce tableau tout en nuance de gris. La générosité du contenu et l'originalité folle de cette direction artistique font de Mouse une très chouette aventure qu'on prend plaisir à parcourir, et qui donne quand même envie d’aller manger une fondue. 

Les +
  • C’est très très beau
  • C’est fichtrement bien animé
  • Des niveaux variés
  • Beaucoup d’armes à disposition
  • C’est très drôle et très référencé
  • Superbe BO
  • Un très bon doublage (uniquement en VO)
Les -
  • Une technique balbutiante
  • Manque de sensation dans le shoot
  • Des thématiques masquées par un humour omniprésent
Publié dans Tests, Tests de jeux
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