TEST – The Legend of Zelda Breath of the Wild

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 C’est avec la fenêtre grande ouverte et cette légère brise qui pose délicatement ses bienfaits sur mon visage que je commence à écrire les premières lignes de cette critique délicieusement difficile à prendre en main. The Legend of Zelda est une saga de prestige qui a su traverser les générations, révolutionner une époque et se réinventer. Malheureusement, à l’image de nombreuses sagas japonaises, la série a également connu une période plus fade, partant à la quête d’une nouvelle vie, peut-être même d’une nouvelle identité. Finalement, The Legend of Zelda, c’est un peu l’analogie de la vie, de la naissance à l’adolescence en passant par l’enfance, la série essaye toujours t’atteindre cette maturité qui lui manque depuis quelques temps. L’ironie de la situation est amusante quand on sait que cette fameuse quête vers l’âge adulte est l’un des thèmes récurrents de la saga. Face au vent, je décide donc d’embarquer dans cette nouvelle aventure, espérant retrouver des sensations nouvelles et des émotions trop souvent oubliées.

J’arbore une haine assez prononcée sur le chemin emprunté par le jeu vidéo ces dernières années. J’ai le sentiment que nombre de développeurs ont ouvertement choisi d’abandonner l’héritage de ce média au profit de choix artistiques respectables, mais à mon sens assez maladroits et ne permettant pas à ce support de pouvoir exposer et explorer toutes ses possibilités. Nous nous sommes donc retrouvés avec de nombreuses œuvres très cinématographiques dans leur construction, que ce soit en terme de narration comme au niveau de la progression, aussi bien pour une structure linéaire comme pour les jeux dit sans frontièresEiji Aonuma a fait part de son point de vue à plusieurs reprises concernant cette tendance. Il a avoué lors de diverses interviews vouloir se détacher de cette structure conventionnelle en voulant offrir aux joueurs la possibilité de vivre l’aventure comme ils le souhaitent, d’en être le maître. Si les mots de l’artiste sont encourageants, il est aussi vrai qu’une grande part de scepticisme s’est fait ressentir durant les mois précédant la sortie du jeu.

L’aventure est dans chaque souffle de vent écrivait l’aviateur Charles Lindberg dans son ouvrage qui relatait sa grande traversée entre New York et Paris à bord du Spirit of Saint Louis. Cette citation est parfaite pour introduire cette critique tant cette dernière va définir judicieusement les formidables sensations que l’oeuvre de Nintendo va apporter aux joueurs, cette force invisible qui va prendre les traits d’un fantasme commun, celui qui nous pousse à vouloir découvrir notre monde dans le cadre d’un enrichissement personnel. Avec The Legend of Zelda Breath of the Wild, Nintendo va nous offrir cette opportunité de réaliser ce fantasme, il ne reste maintenant qu’à savoir si les choix de l’éditeur vont être cohérents dans la construction du jeu par rapport au souhait évoqué ci-dessus.

L’inconnu est le terme qui va définir l’intégralité de cette œuvre, c’est d’ailleurs ainsi que le jeu va débuter, dans le mystère et les questions. En effet, les équipes de Nintendo refusent d’expliquer ouvertement aux joueurs les raisons pour lesquelles le jeune Link se réveille dans un étrange sanctuaire ou seule une voix féminine et une étrange tablette antique seront présentes pour guider le joueur durant les premières minutes de l’aventure. Très vite, ce dernier est propulsé vers le monde extérieur et si les premiers défauts techniques se font rapidement ressentir (aliasing et framerate), le premier élément intéressant à relever, c’est bien cette sensation formidable d’être en face de quelque chose de grand, très grand.

Une progression par le choix

Cette sensation particulière de se sentir ridicule face aux éléments confrontés permet également de souligner un autre aspect fabuleux de l’aventure. Celui qui nous pousse à vouloir impérativement affronter cet environnement, à nous dépasser. Rare sont les jeux aujourd’hui à proposer une aventure qui appuie cette sensation de découverte. Pour aller au bout de leurs idées, les équipes de Nintendo ont fait un choix intelligent dans la structure du jeu. En effet, dans Breath of the Wild, il est hors de question d’accompagner le joueur d’un point à un autre. Ce qui peut paraître anodin à première vue, change considérablement la donne une fois la manette en main. En optant pour cette vision du monde ouvert, le joueur ne vise pas à aller bêtement d’un endroit à un autre comme l’indique le pointeur sur sa carte. Il va inconsciemment s’intéresser à tous les points qu’il jugera d’intérêts pour son aventure. Que ce soit les ruines d’un ancien temple, un lac mystérieux caché par une forêt enchantée ou une simple cabane abandonnée pendant de longues années.

Si les épisodes 3D précédents forçaient le joueur à suivre un chemin tracé par les développeurs, ici le jeu adopte une vision contraire à ce principe. Dès les premières heures du jeu, le joueur aura la possibilité d’explorer l’intégralité de la carte quasiment sans contrainte. Et cette subtilité va encore plus loin puisque dès le tutorial, Nintendo a fait le choix de mettre à disposition la totalité des outils nécessaires pour progresser dans le jeu sans avoir les mains liées devant un obstacle, cela va de l’aimant puissant qui permettra de déplacer des objets métalliques lourds, jusqu’à la possibilité d’arrêter le temps dans une zone choisie, en passant par les traditionnelles bombes. En faisant ce choix, le développeur libère le joueur dans sa progression. De ce fait, on n’a plus ce sentiment d’avoir les mains liées, ni de se retrouver dans un monde ouvert complètement fermé comme la majorité des jeux du genre. Le terme Open Air utilisé par Aonuma prend ainsi tout son sens.

Et pour aller au bout de leurs idées, les développeurs donnent la possibilité aux joueurs de suivre le scénario du jeu à leur manière. En effet, une fois l’introduction terminée, la totalité des quêtes principales se débloquent et le joueur est libre de les faire dans l’ordre qu’il le souhaite. Plus intéressant encore, il est possible de se rendre directement vers le boss final du jeu, dès le début du jeu.

Autre point important et qui reste dans la continuité de la structure proposée par Nintendo, c’est que la curiosité sera toujours récompensée. Chaque environnement cache une multitude de secrets pouvant aller du simple trésor à la découverte surprenant d’une quête annexe cachée.. Le joueur pourra également être amené à découvrir des paysages fabuleux, subtilement construits, qu’il pourra contempler pendant quelques minutes avant de capturer cet instant particulier par l’intermédiaire de l’option partage de la console.

Pas d’assistanat pour les braves

Les mouvements de Link sont ainsi en parfait adéquation avec les choix de Nintendo concernant l’aspect sans limite du jeu. Ainsi, ce dernier est capable de franchir aussi bien la plus petite des murailles comme la plus haute des montagnes, il peut aussi courir, nager ou même dompter un cheval pour se déplacer plus vite sur la carte. Mais pour compliquer la chose, la seule petite contrainte à cette provocante liberté, c’est une jauge d’endurance qu’il faudra dompter pour éviter de se noyer ou de lâcher prise en pleine phase d’escalade. Les créateurs ont ainsi souhaité éviter tout assistanat en obligeant le joueur à analyser et se poser des questions sur l’environnement impitoyable avant de l’affronter. En effet, ai-je assez d’endurance pour gravir cette paroi ? Est-ce qu’il y a une corniche à laquelle m’agripper pour me reposer ? Le courant de ce fleuve risque-t-il de me bloquer dans ma traversée ? Pour faciliter les déplacements du personnage, il est possible de débloquer la carte d’une zone en escaladant les gigantesques tours éparpillées dans le monde et en activant le piédestal au sommet de ces dernières via la tablette. Cependant, le jeu n’indiquera pas tous les points d’intérêt sur la carte, c’est au joueur d’analyser l’environnement et d’y indiquer tous les éléments importants à sa progression.

La gestion est un terme qui va revenir sans cesse dans l’aventure. Pour progresser sans trop de difficultés, le joueur va être confronté à de nombreux éléments qu’il faudra prendre en compte s’il ne veut pas tourner en rond ou mourir bêtement. Ainsi et pour la première fois dans la saga, Link peut revêtir de nombreux équipements différents. Ces objets ne seront pas uniquement décoratifs puisqu’ils vont permettre d’améliorer certaines caractéristiques du personnage, comme la défense, la vitesse, la discrétion et même sa résistance à la chaleur et aux faibles températures.

Il en va de même pour les nombreuses armes que le joueur pourra découvrir tout au long de son aventure et qui lui apporteront certaines particularités supplémentaires. Petit bémol, ces dernières se cassent promptement avec l’usage et il est souvent très frustrant de perdre une arme puissante et assez rare. Si on peut pester contre cette nouvelle vision qui renouvelle complètement l’approche des combats dans la série, on ne peut s’empêcher de saluer cette initiative qui complexifie le gameplay et le rend bien plus passionnant encore.

En ce qui concerne les combats, ils s’avèrent plutôt classiques dans l’ensemble. Néanmoins, c’est dans l’approche et la préparation qu’il y a quelques particularités, car les ennemis peuvent être redoutables si le joueur n’est pas correctement équipé. Il lui faudra donc prendre le temps de bien choisir son armure et son arme avant de se jeter corps et âme dans un affrontement où la moindre erreur pourra lui être fatale. Il est tout de même dommage que pour une série réputée dans la qualité épique de ses combats, que cet épisode ne parvienne pas à rendre ces moments marquants, aussi bien contre les créatures de bases, comme pour les boss. Autre petit bémol, le bestiaire dans son semble manque de richesse et de variété, on rencontrera souvent les mêmes ennemis sur la longueur, ce qui en résulte un certain effet de lassitude après quelques dizaines d’heures passées, dommage.

De nombreux autres éléments viennent enrichir les possibilités offertes par l’aventure. On peut mettre en avant la gestion des ressources qui vont permettre aux joueurs de cuisiner de très nombreux plats qui lui permettront de récupérer de la vie ou d’augmenter certaines statistiques, très pratique dans certaines situations. Il est également possible de renforcer ses équipements défensifs en craftant divers objets et en interagissant avec des fées qui auront le pouvoir d’augmenter les caractéristiques de ces éléments. Pour la première fois dans la saga, Nintendo apporte à cet univers une véritable composante RPG bien plus prononcée qu’auparavant.

Des environnements propices à l’exploration

Les ambiances sonores et visuelles de l’œuvre ne sont pas étrangères quant à la beauté générale des environnements de l’aventure. Le joueur pourra découvrir assez rapidement la puissance de la direction artistique du jeu. En optant pour un monde très coloré à mi-chemin entre l’univers cartoonesque de The Wind Waker et la vision impressionniste très prononcée de Skyward Sword, jamais le monde d’Hyrule n’avait été aussi inspiré et cohérent. Autre point à retenir concernant ces choix artistiques et qui n’est pas négligeable, car il apporte une contribution primordiale à l’aspect contemplatif de l’aventure, c’est la gestion de la lumière. Nintendo ne s’est pas contenté d’attribuer bêtement une lumière suivant l’heure de la journée ou le climat, mais ils offrent à l’univers une palette incroyablement riche de luminosités différentes. Cette approche intéressante permet d’offrir aux environnements de nombreuses personnalités. De ce fait, un seul et même paysage pourra offrir plusieurs visages variés et qui contenteront tous types de joueurs suivant la sensibilité de chacun, c’est un véritable coup de génie.

D’un point de vue visuel, il y a un autre élément à prendre en compte, ce sont les effets spéciaux. Breath of the Wild est un univers où la nature est omniprésente, elle a repris le dessus sur la civilisation. Pour appuyer cette particularité du jeu, les équipes artistiques ont particulièrement travaillé sur les effets spéciaux pour rendre les éléments naturels les plus cohérents et crédibles que possible. Que ce soit dans les mouvements de l’herbe qui virevoltent plus ou moins suivant la vitesse du vent, le feu très lumineux qui peut se propager suivant l’endroit où il se trouve ou encore les éclairs qui s’abattent violemment sur la terre, le soucis du détail est bien présent et apporte énormément à l’ambiance unique de l’aventure. Et c’est sans compter les nombreuses répercussions que le climat va apporter à la progression du joueur. À titre d’exemple,  la pluie rendra les surfaces rocheuses poreuses et glissantes, ce qui aura pour conséquence de bloquer Link durant les phases d’escalade. Ces détails sont relativement nombreux dans le jeu, libre à vous de prendre le temps de découvrir toutes les subtilités de cet aspect durant votre aventure.

Toute la partie sonore de l’œuvre reste bien évidemment dans la continuité des choix du développeur. Pour sublimer tout le tableau, les différents effets sonores attribués aux éléments naturels sont nombreux et détaillés. Jouer avec un casque de bonne qualité permet aux joueurs de s’évader complètement de notre réalité pour se plonger corps et âme dans l’aventure. Concernant les musiques, elles sont bien plus discrètes que pour les épisodes précédents, quelques mélodies au piano viendront tout de même accompagner le joueur lors de son aventure. Cet effacement musical est sans doute présent pour éviter d’envahir maladroitement la progression du joueur. Ces dernières restent tout de même d’excellentes qualités et s’inscrivent parfaitement avec les environnements proposés.

Une larme de regret et un souffle de mélancolie

Il y a quelque chose de triste avec le royaume d’Hyrule de Breath of the Wild. En témoigne les environnements du jeu. Ces nombreuses ruines des gloires jadis et ces champs de batailles figées par le temps Tout le passé de cet univers n’est pas expliqué précisément durant l’aventure, mais c’est bien par l’image que Nintendo essaye de nous conter ces histoires. Nombres de ces décors transpirent une certaine forme de mélancolie et de regret, deux thèmes qui définissent également ce nouvel épisode. L’un des exemples qui démontre ce sentiment prend les traits d’un marécage sombre, lieu où les joueurs pourront découvrir avec tristesse les restes d’une grande bataille du passé. Je me souviens encore me déambuler dans cet endroit et contempler les moindres recoins de ce paysage morbide où les ruines et les gardiens figés par le temps témoignent de la violence et de la haine qui ont envahi ce paysage.

D’autres éléments qui vont représenter le sommeil du royaume vont prendre la forme de sanctuaires. Longtemps endormis, le joueur devra les réactiver pour y passer différentes épreuves censées prouver sa valeur et y gagner au final des objets de cultes lui permettant d’augmenter certaines  statistiques. S’élevant au nombre impressionnant de 120, chaque épreuve est différente et demandera aux joueurs d’utiliser toutes les subtilités du gameplay pour en venir à bout. Bien qu’optionnels, ces minis-dojons se révèlent très intéressants à parcourir tant le level design est construit minutieusement et avec le plus grand des soins, un atout dont seul Nintendo a le secret. Le tout est sublimé par un moteur physique très performant, permettant aux joueurs d’utiliser toutes les possibilités offertes par cet aspect technique pour résoudre les nombreuses énigmes et épreuves dont ils vont faire face durant l’aventure.

Le joueur sera également amené par certaines quêtes principales à explorer une série de donjons plus conventionnels qui prennent la forme de créatures mécaniques géantes qui errent depuis un siècle dans les paysages mélancoliques des différents royaumes qui représentent Hyrule. Si ces passages adoptent une structure assez similaire à ce que l’on pouvait trouver dans les anciens épisodes de la série avec le célèbre système de clés, de carte et de boss, les donjons sont construits intelligemment et ressemblent à des puzzles géants qu’il faudra résoudre pour accéder aux pièces clés nécessaires à la progression du joueur. Si le level design relève du génie (littéralement), il est juste regrettable que les obstacles soient franchissables sans trop de difficulté et que les boss manquent un peu de charismes malgré leur design réussi. En résulte au final des donjons bien moins marquants que ce à quoi la série nous avait habituée par le passé.

Un scénario en retrait mais subtilement construit

Nintendo ne veut pas nous raconter une histoire, mais ils forcent le joueur à découvrir d’eux-mêmes cette histoire, par le visuel. C’est un choix totalement logique par rapport à la structure du jeu qui cherche à ne pas forcer le joueur à progresser comme le développeur le souhaiterait, mais de la façon à laquelle le joueur aimerait vivre son aventure. Malgré tout, pour agrémenter l’aventure, quelques séquences cinématiques prendront tout de même le relai de temps en temps pour apporter quelques réponses aux joueurs. Ces dernières se révèlent très réussies dans la mise en scène et la qualité surprenante du doublage français malgré un côté minimaliste qui pourrait rebuter les joueurs avides de dialogues et de rebondissements.

Dans The Legend of Zelda : Breath of the Wild, il est intéressant de relever que l’éveil  du royaume d’Hyrule se déroule à travers la reconstruction du personnage de Link. Malgré la présence d’une narration en retrait, l’histoire du jeu se dévoilera au fur et à mesure que le  joueur progresse par l’intermédiaire des souvenirs du personnage principal qu’il faudra retrouver en parcourant le monde pour faire la lumière sur ce qu’il s’est passé durant le dernier siècle. La structure narrative du jeu, bien qu’effacée est plutôt subtile puisqu’elle force le joueur à trouver lui-même les réponses en fouillant tous les recoins de la carte pour y trouver les éléments importants à la compréhension de l’histoire. Je ne peux m’empêcher de faire une analogie et un lien avec le joueur et ce fameux fantasme de la découverte qui apporte forcément un enrichissement intellectuel pour toutes les personnes avides de curiosité, de ce fait, le prénom du personnage principal aurait un véritable sens dans cet épisode.

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Résumé

C’est une véritable invitation au voyage que Nintendo nous propose à travers cet univers complètement démesuré. En nous offrant une expérience d’une cohérence effrayante dans le game design, la firme ne nous livre pas une simple suite de sa licence populaire, mais ils ont réussi à redéfinir aussi bien le concept de la saga comme l’aspect exploratif dans les jeux vidéo. Ce n’est peut-être pas dans le système de combat conventionnel ni dans le gameplay en règle général que l’oeuvre se démarque, mais c’est bien dans la structure même du titre qu’elle apporte et qu’elle apportera beaucoup pour le média. Il est clair qu’il y aura un avant et un après The Legend of Zelda Breath of the Wild, ce qui est le signe et la marque d’un très grand jeu. Il ne vous reste plus qu’à préparer votre sac et vos outils et par vous laisser porter par votre esprit d’explorateur, car après tout, l’aventure n’est-elle pas dans chaque souffle de vent ?

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