Spyro Switch
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Spyro Reignited Trilogy : retour de flammes – TEST

Fin 1998, il y a de ça déjà presque 21 ans, débarquait pour la première fois dans nos contrées un petit dragon violet dénommé Spyro, accompagné de son acolyte Sparx, dans le premier opus d’une trilogie de jeux de plates-formes emblématique de la PlayStation. Cette licence, très appréciée par de nombreux joueurs de l’époque, attendait son grand retour après des années sombres suite à la vente de la franchise d’Insomniac Games. C’est donc fin 2019 que Spyro fait son come-back sur Switch dans une trilogie entièrement remasterisée, déjà sortie un an auparavant sur PS4 et Xbox One, et incluant les 3 opus parus initialement sur PlayStation 1. Plus de 20 ans après, qu’apportent ces jeux de plates-formes à une console qui a déjà vu arriver Super Mario Odyssey ? La Switch est-elle en mesure de proposer une version qui tient la route sur le plan technique ? En route pour un tour d’horizon du Monde des dragons !

” Désolé d’avoir été si long ! “

Avant de rentrer dans le vif du jeu, j’ai d’abord souhaité faire un bref état des lieux de la licence depuis la fin des années 90 jusqu’à notre époque. Car oui, l’histoire de Spyro est segmentée de façon très nette en deux grandes parties : l’avant et l’après Insomniac Games. Si la plupart d’entre nous connaissent Spyro, c’est bel et bien grâce à la trilogie initiale sortie sur PlayStation 1 et à sa gloire passée. Le dragon a marqué au fer rouge la console de Sony, et avec la série Crash Bandicoot, il porte fièrement l’étendard des jeux de plates-formes 3D et de cette époque dorée faisant suite à la sortie de Super Mario 64. Pour ne citer qu’eux, Banjo-Kazooie, Croc, Ape Escape, Donkey Kong ou Rayman ont montré la voie à la quasi-totalité des jeux du genre, et encore aujourd’hui les développeurs s’en inspirent très ouvertement (Yooka-Laylee, A Hat in Time).

Malheureusement, après 3 jeux fastes et terriblement efficaces, Insomniac Games vend sa licence à Digital Eclipse, et c’est le début de la descente aux enfers pour le dragon et Sparx. S’en suivent alors des jeux aux fortunes diverses, des opus sur GameCube, GameBoy Advance, PlayStation 2, sans que jamais la qualité des productions n’atteigne ce qu’elle avait été sur la trilogie initiale de la PlayStation 1. Le jeu perd même son essence et se décline en proposant des séquences d’action pures au détriment de niveaux de plates-formes classiques (notamment dans La Légende de Spyro). Au fil des années, on peut voir l’évolution du design de Spyro prendre une tournure pour le moins douteuse et s’éloigner de l’esprit déjanté de la saga. Le climax étant bien évidemment l’intégration de Spyro dans les jeux Skylanders après son rachat par Activision, où l’on pouvait vraisemblablement se dire que cette fois-ci, il fallait se rendre à l’évidence : Spyro était bel et bien mort.

Et puis, en avril 2018, Toys for Bob met la main à la patte et dévoile un trailer redonnant espoir à la grande communauté de fans du petit dragon. Spyro s’affichait dans un design flambant neuf, respectant au millimètre les codes de la trilogie initiale de la PlayStation 1, le tout dans une compilation entièrement remasterisée des 3 jeux ayant fait la gloire de la licence. Il n’en fallait pas plus pour enflammer le monde du jeu-vidéo, et pour déclarer que cette fois-ci oui, et pour de bon : on aurait droit à un vrai retour du dragon violet et de sa fidèle libellule. Maintenant que le contexte est posé, place au test !

Spyro, un joyau de vie

La caractéristique principale des jeux Spyro est de proposer un univers incroyablement vivant. Car si l’intrigue est très simple et la fin prévisible à 1000 kilomètres (simplement sauver le monde dans lequel Spyro évolue et éliminer un ” grand méchant “), c’est véritablement le parcours que vous effectuerez dans le jeu sur lequel il faut s’attarder.

Dès les premières minutes de jeu, après une brève introduction en cinématique, on peut ressentir toute la vie qui émane de cet univers. Que ça soit dans l’herbe, dans les couleurs des décors, mais surtout et j’insiste bien là dessus, dans les ennemis et les protagonistes que vous rencontrez. Une grosse partie de l’identité du jeu réside dans les animations : tandis que les opus PlayStation 1 essayaient de retranscrire au mieux les idées des développeurs et proposaient déjà pour l’époque des mouvements et des expressions plutôt poussées, cette Reignited Trilogy donne enfin à Spyro toute la vie qu’il aurait du avoir. Absolument tout a été amélioré à travers ce remaster à ce niveau là. Les moutons qui sautillent sont mignons tout plein, les dragons sauvés sont tous uniques et apparaissent plus vrais que nature (comment ça les dragons n’existent pas ?), Sparx passe un temps fou à chasser les papillons et ses trajectoires sont folles. Les ennemis sont apeurés quand vous vous approchez d’eux et leur comportement change du tout au tout, même les joyaux sont brillants et beaux au possible.

Mention spéciale à l’animation de Spyro, qui est juste sublime, et qui rend hommage aux jeux originaux de la plus belle des manières. Les cornes, les pattes, les ailes, la queue, chaque élément du dragon violet semble indépendant et a sa propre vie. Le rendu est incroyable, et si vous prenez la peine de placer la caméra face à Spyro et d’attendre quelques secondes sans rien faire, vous pourrez observer quelques animations inédites qui valent le coup d’oeil (il peut éternuer du feu par exemple, ou se lécher les pattes). Le tout est sublimé par un effet de flou, présent très sûrement pour lisser le jeu et éviter les problèmes techniques, mais qui apporte un vrai petit ” truc ” au jeu lors des séquences où il y a beaucoup de déplacements. Notons aussi l’effort de doublage fait sur chaque protagoniste du jeu, et en français s’il vous plait. Spyro Reignited Trilogy puise sa force dans chaque petit mouvement, chaque petite expression ou animation des ennemis,  des décors et des dragons, pour accentuer le côté loufoque et déjanté du jeu.

La direction artistique et le level design sont aussi sublimés dans cette version Reignited. Chaque niveau est fidèle à l’original, mais tout prend une autre dimension lorsque la technologie a fait un bon de 20 ans dans le futur. En ce sens, vous allez littéralement redécouvrir les jeux originaux, en ayant toujours cette pointe de nostalgie si vous avez joué à la trilogie sur PlayStation 1 car ils sont identiques, mais présentés d’une façon tellement neuve et remplie de vie que l’expérience en devient presque inédite. Vous parcourrez différents mondes (des ” hubs ” centraux), dans lesquels une pléthore de niveaux vous offriront un panorama très riche de décors variés au possible. Neige, désert, lave, montagnes, marécages, prairies. Le tout de jour, ou bien de nuit, et ça sur des dizaines d’heures de jeu. Il arrive parfois que certains décors soient redondants, mais cela reste vraiment rare et n’entachera en rien l’expérience de jeu. C’est bien beau d’en avoir plein les yeux, mais jusqu’à preuve du contraire un jeu n’est pas un film (allez dire ça à Quantic Dream), et le gameplay apporte aussi sa grosse pierre à l’édifice.

Tout feu tout flamme

Les possibilités d’actions dans Spyro sont très simples, et évoluent quelque peu au fil de votre progression et d’un opus à l’autre. Vous débutez avec la possibilité de sauter et de planer d’une plate-forme à l’autre. Ce vol plané est votre mouvement de base, et vous aidera à évoluer au travers des niveaux. Vous avez également la possibilité de le stopper net en appuyant sur X en cours de vol, afin d’éviter de finir dans le décor après un vol mal contrôlé. En ce qui concerne les ennemis, vous pouvez en venir à bout grâce à deux attaques de base. La plupart du temps, cracher du feu vous permettra de libérer le passage et d’ouvrir par la même occasion des coffres. Cependant, certains ennemis et coffres sont plus robustes ou portent du métal. Dans ce cas là, il vous faudra les charger afin de les éliminer.

En se basant sur ces actions très simples, le jeu fait au final très peu évoluer le gameplay au fil des niveaux. Cependant, il vous faudra parfois utiliser des ” outils ” mis à disposition dans les niveaux. On note la présence de pistes d’accélération, qui ont pour effet d’accélérer votre charge et vous permettre soit d’éliminer des ennemis et coffres plus robustes, soit de sauter au moment de la charge pour atteindre des endroits très éloignés. Dans la même idée, vous pourrez aussi booster votre jet de flammes grâce à l’aide de fées disposées dans quelques niveaux, pour venir à bout de grosses araignées par exemple. Dans les opus 2 et 3, il vous sera possible de papillonner, de nager, de charger au sol, ou même d’incarner d’autres personnages. Ces ajouts de gameplay sont la principale différence entre Spyro 1 et les deux derniers opus.

Si la panoplie de mouvements est assez réduite, Spyro essaie de se renouveler en variant plutôt le level design, les ennemis et leurs actions, et en proposant un challenge un peu plus corsé au fil des niveaux. Vers la fin du jeu, vous devrez effectuer des sauts beaucoup plus compliqués, où il vous faudra à la fois charger et planer ensuite en cours de charge afin d’atteindre des plates-formes qui vous paraissent inatteignables. C’est sur ce principe là que vous allez parcourir les niveaux, faire la majorité du travail en récoltant les joyaux et en libérant les dragons que vous croiserez, puis vous vous rendrez compte qu’il vous manque une centaine de joyaux sans que vous ne les ayez même aperçu… En réalité, chaque niveau propose toujours une partie plus difficile à atteindre, et il faudra ruser pour trouver comment le compléter à 100%. Les voleurs à poursuivre, qui portent des oeufs de dragons que vous devrez récolter, complexifient un peu le challenge par moments et vous forcent à manier Spyro de la meilleure des façons. Cependant, ne vous y méprenez pas, les trois jeux restent plutôt très accessibles, et manquent un peu de difficulté de façon globale. La contrepartie positive est qu’étant donné que les commandes répondent au doigt et à l’oeil, les sensations seront plutôt bonnes et très satisfaisantes car vous serez très peu frustré par le jeu. Une autre petite ombre au tableau : la caméra est plutôt capricieuse par moments (comme sur les jeux originaux), et il vous faudra faire avec, mais c’est juste un coup à prendre à mon sens, rien de bien méchant.

Enfin, il est à noter que dans chaque monde, un niveau de course contre la montre vous sera proposé. Vous devez récolter des objets dans un temps imparti, et suivre un trajet précis en volant au travers du niveau. Ces petites parenthèses course/action varient un peu ce que propose le jeu et sont plutôt agréables, d’autant plus qu’elles représentent un certain challenge par moments, car trouver le trajet optimal n’est pas forcément évident. Le dernier point sur lequel il faut s’attarder quand on joue à Spyro, pour moi, est la bande son, qui participe éminemment à l’ambiance loufoque et très vivante du jeu.

Au rythme des percussions

Dans chacun des jeux de la trilogie, les musiques sont omniprésentes. A vrai dire, je n’ai pas souvenir d’un seul passage du jeu sans musique en fond, si ce n’est durant les chargements. Et quand je dis musique, je ne parle pas de bruit d’ambiance, mais de vraies pistes musicales et souvent orchestrales.

La particularité de la bande son de Spyro est que lorsque vous l’écoutez, vous savez que c’est une musique de Spyro, et pas d’un autre jeu. C’est une caractéristiques de certains grands jeux, mais là ou Spyro se démarque encore un peu c’est que ce ne sont pas tellement les mélodies que vous retiendrez. Ce qui restera en mémoire, ce sont les instruments, les rythmes, et l’ambiance générale apportée par une musique. Globalement, on entend le même type de musique sur les 3 opus. Les pistes pourraient même s’enchaîner au sein d’un même morceau que cela ne serait pas du tout choquant.

La première caractéristique de cette bande son est que vous avez presque toujours la présence de percussions très rythmées, qui s’enchaînent vite, avec une panoplie de sons assez variés. Le thème principal de Town Square illustre bien les rythmes typiques, avec une batterie bien forte qui colle parfaitement avec le gameplay nerveux du jeu. Viens ensuite le synthétiseur, qui généralement joue une mélodie plutôt commune par dessus le tout. Par moments, il semble même que certains passages soient improvisés, et ce dans la quasi-totalité des niveaux. On a donc vraiment cette impression que l’ambiance globale est toujours la même, tout le temps, mais que les mélodies jouées et la vitesse de la rythmique s’adaptent en fonction du niveau parcouru. Enfin, une guitare est généralement présente en fond, et fait clairement partie de l’identité de la bande son. Sans cette guitare, le jeu serait juste un jeu onirique mais moins loufoque, moins nerveux et moins “barré “. Tous ces instruments font de la bande son de cette trilogie un savant mélange de rêve et de folie, qui fait qu’à aucun moment Spyro n’est sérieux.