Road 96: Mile 0 ne prend pas la meilleure des déviations – TEST

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Nous vous en parlions en octobre 2021 dans un test : Road 96, second jeu de l’équipe montpelliéraine de DigixArt était une œuvre réjouissante, qui offrait une autre vision d’aborder l’expérience narrative en y ajoutant une petite dose d’action procédurale. Sans être parfait dans sa manière d’aborder ses thématiques, il mettait en scène des personnages haut en couleur très attachants et une bande originale au-dessus du lot à travers une fuite en avant pour quitter Petria, pays fictif en proie au terrible dictateur Tyrak. Pour prolonger le plaisir et le succès, l’équipe signe un préquel nous replongeant une nouvelle fois au cœur du pays totalitaire. Alors ? Prêts à reprendre la route ? 

Life is a highway

Dès la partie lancée, on retrouve cette direction artistique propre à Road 96. Un cel-shading prononcé tant sur les décors que les personnages, mais aussi tout un HUD coloré très agréable à l’œil et qui, quand on a joué à la précédente itération, donne terriblement envie de se replonger dans l’aventure.

Mais petite particularité : alors que dans Road 96, vous incarniez une série de personnages sans identité, vous êtes désormais quelqu’un, et pas n’importe qui : Zoé, personnage central de la précédente aventure et fille du ministre du pétrole de Petria. Mais pas que ! Vous alternerez aussi avec Kaito, meilleur ami de Zoé, qui, à l’inverse de son amie, n’a pas eu la chance de naître au bon endroit. Il vient de la classe très populaire, exploitée par les élites et le système dictatorial camouflé. 

En 86, un immense attentat a frappé Petria, traumatisant Zoé qui était présente sur les lieux et qui n’arrive pas à s’en remettre, chaque évocation lui provoquant des crises d’angoisse. Et avec Kaito qui ne l’aide pas en essayant parfois, peut-être trop, de la faire s’exprimer à ce sujet. On apprend rapidement que Kaito est en contact avec les brigades noires, groupuscules de révolutionnaires (où d’ultragauche si vous êtes Gérald Darmanin), et c’est ainsi que l’histoire se lance. 

Parlons donc narration, point fort de Road 96 et qui est l’élément central encore une fois du récit de Mile 0. Cette fois, cela fonctionne beaucoup moins bien et surtout si vous avez joué à Road 96. Et la raison centrale de ce problème, c’est Zoé. Si vous avez joué à Road 96, vous connaissez Zoé, une partie de son parcours, mais aussi ses idées politiques. Or, lorsque vous devez faire des choix hésitants sur la situation de Petria, c’est difficile de ne pas omettre tout ce qu’on a vécu dans le jeu précédent et de ne pas s’agacer de voir des choix de dialogues complètement à l’ouest par rapport à ce que l’on peut penser ou même connaître de l’univers du jeu. C’est difficile pour le joueur de ne pas émettre de doute quant à la situation du pays, ou même d’aller dans l’autre sens et de se dire que non, rien ne cloche à Petria. Par exemple, on peut taguer des affiches où on critique fortement le pays au début de l’aventure, mais ça n’a strictement aucun sens avec la personnalité de Zoé à ce moment donné ! Et toute la première partie du jeu est une plaie à s’infliger, tant c’est difficile de contrôler un personnage que l’on connaît, mais qui est terriblement différent de celui qu’on avait rencontré. 

Or, lorsque l’on incarne Kaito, le sentiment s’inverse ! Cette fois, cela prend du sens et on peut alterner entre des prises de décisions révolutionnaires ou plus modérées. Cette fois, de par nos discussions, on peut essayer de convaincre Zoé, qui a immédiatement plus de profondeur que lorsque nous la contrôlons.

Mais si cet aspect de la narration m’a réellement posé un souci, retrouver l’esprit et l’humour du jeu est très confortable. Revoir Sonya, la référence du journalisme à Petria est toujours synonyme de scènes burlesques et hilarantes, et les autres courtes apparitions de personnages emblématiques procurent le sentiment de se sentir chez soi ! Mais le jeu ne s’appuie pas sur ses valeurs sûres et met en avant d’autres personnages, comme Adam, garde du corps de Zoé qui est terriblement gauche, et Colton, fils du président Tyrak, étonnamment loquace pour son âge. 

Et surtout, on découvre des lieux ! Dans le jeu précédent, on était toujours sur la route et on n’a jamais vraiment pris le temps de s’attarder sur les villes : l’occasion de le faire dans Mile 0 avec Colton City, ville partagée entre absurde richesse et pauvreté extrêmeMile 0 ne fait toujours pas dans la finesse comme son grand frère quand il s’agit d’évoquer le bien et le mal, avec le jardin de Tyrak, plus que fortement inspiré du constructivisme soviétique, en ajoutant une dose de culte de la personnalité avec les immenses statues à son effigie qui se construisent çà et là. Mais aussi en proposant ce système de dualité avec nos personnages qu’on ne peut jamais vraiment nuancer. 

Petit carambolage

Mile 0 se regarde, Mile 0 se raconte, mais comment Mile 0 se joue ? Et bien presque comme son prédécesseur, vous vous baladez dans certaines zones pour faire avancer le récit, participerez à une série de mini-jeux parfois très drôles (distribuer les journaux à la façon de Zoé, pour faire rentrer les informations d’une manière… brutale) et ainsi de suite. Pendant les phases importantes de dialogues, vous aurez une jauge en haut à gauche de votre écran indiquant l’état d’esprit de votre personnage. Pour Kaito par exemple, est-il plus révolutionnaire ou modéré ? Ce sont vos choix qui influeront cette jauge. Ceci dit, le jeu vous rabâche sans cesse que vos choix ont des conséquences sans jamais comprendre au final ce qui a influé sur votre aventure. 

Mais Mile 0 décide de mettre en place un nouveau système de gameplay inspiré des runners avec une petite dose de rythme. Ces phases sont très intéressantes, car elles permettent de développer un point du récit, mais surtout d’y apporter une véritable intensité pendant les climax. On est parfois amené à prendre des décisions narratives rapidement et ce mélange de pression mise par le parcours rendent les choix aussi difficiles à prendre que les personnages. Certaines scènes passent également beaucoup mieux en utilisant ce prisme, comme l’infiltration du palais de Tyrak, qui est nettement plus impactant. 

Mais… ce n’est vraiment pas fun à jouer. Et c’est là le gros point noir, chaque session de runner était pour moi une véritable peine, tant le gameplay est d’une lourdeur et d’une longueur, se déplacer de gauche à droite prend un temps monstre et les sauts ne sont pas toujours optimaux, surtout que la visibilité est par moment chaotique. Et ce qui est le plus frustrant, c’est qu’un seul contact avec un obstacle est synonyme d’échec, et on revient un poil plus tôt dans le parcours. Le jeu semble lui-même au courant de cette faiblesse, car au bout de plusieurs ratés, il nous propose de passer à la fin du parcours. Mais le pire dans tout ça, c’est que les musiques sont à chaque fois généralissimes, et que chaque mort nous fait revenir un peu plus tôt dans cette dernière et donne la sensation de saccager constamment la musique. Et c’est vraiment dommage parce que c’est très pertinent d’un point de vue mise en scène et scénario, on prend un réel plaisir à regarder, mais à jouer, c’est tout l’inverse.

L’aventure se conclut rapidement, comptez entre 3 et 4 bonnes heures pour voir le bout de cette petite histoire, et plus si vous souhaitez optimiser vos scores pendant les sessions de runner. Et parce qu’il faut également parler technique, Mile 0 est un poil plus beau que la précédente itération, mais souffre par période et en fonction des lieux, d’assez lourdes chutes de framerate, cependant, les phases de gameplay les plus exigeantes comme le runner sont impeccablement stables ! 

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Road 96 Mile 0 ne prend pas la meilleure des déviations
  • Un retour en demi-teinte - 60%
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Un retour en demi-teinte

Difficile de détester Mile 0, et difficile de l’apprécier pleinement. Le jeu frustre par sa narration dans sa première moitié, mais est heureusement sauvé par une seconde partie bien plus agréable à parcourir. Ses phases de runner sont très dures à s’infliger, mais à côté de ça, les personnages sont tous drôles et attachants, et il est difficile de ne pas succomber face à une bande originale qui encore une fois terminera très aisément dans les meilleures de cette année vidéoludique. 

Les +

  • Le plaisir de retrouver Petria
  • Des personnages toujours aussi haut en couleur
  • Une bande originale divine
  • Les phases de runner extrêmement pertinentes…

Les -

  • …mais qui sont peu agréables à jouer.
  • Une narration qui peine à convaincre dans sa première moitié
  • Des soucis de cohérence avec Zoé
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Jilax
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Plongé depuis ma plus tendre enfance dans le jeu-vidéo sans aucune envie de remonter à la surface. Une manette, une guitare et un match de foot du Stade Rennais suffisent à mon bonheur.