Catherine Full Body Test 5
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Catherine: Full Body met les grands rêves dans la petite boîte – TEST

Un jeu vidéo adulte, qu’est-ce que c’est ? Chacun aura sa réponse à la question. Des jeux comme Doom, dans lesquels on éviscère des démons à grand renfort d’hémoglobine ? Des FPS réalistes, qui nous font revivre les grands conflits mondiaux et les multiples morts qui en découlent ? Des scénarii de 2000 pages dans lesquels on intègre au forceps quelques scènes de sexe maladroites – oui, c’est à toi que je pense, David, voire des titres résolument érotiques ou pornographiques ? Et si, tout simplement, un « jeu vidéo adulte », c’était un jeu vidéo qui nous fait réfléchir à notre vie d’adulte ? C’est en tout cas ce que vous propose Atlus avec Catherine: Full Body, qui cache sous des atours fripons une œuvre que vous n’êtes pas prêts d’oublier.

Avertissement : comme énoncé dans l’introduction, nous sommes là face à un jeu destiné aux adultes, dont l’histoire tourne autour des relations, notamment sexuelles. Si cette thématique vous dérange, nous vous conseillons donc de tourner cette page virtuelle.

“Il n’y a rien d’aussi agréable que les commencements amoureux.”

– Édouard Herriot

Il ne va pas être aisé de vous parler de Catherine: Full Body, sorti pour la première fois sur Nintendo Switch le 7 juillet. Non pas qu’il n’y ait rien à dire dessus, non. Mais son concept est étrange, son gameplay ne l’est pas moins, et son scénario repose sur des retournements de situation et de multiples fins qu’il serait dommage de vous divulgâcher. Celui-ci vous met dans la peau de Vincent Brooks, un ingénieur système de 32 ans qui fait presque figure d’anti-héros. En effet, celui-ci se perd dans le train-train de sa relation avec Katherine, sa petite amie depuis un certain nombre d’années – combien ? Même lui ne s’en souvient pas – qui aimerait bien passer à l’étape supérieure : mariage, bébé, et tout le toutim. C’est dans ce contexte que ce cher Vincent va rencontrer Catherine, véritable sex symbol qui va devenir folle de lui, au point de finir dans son lit après une soirée de beuverie. Une infidélité presque accidentelle, qui va pousser notre héros à remettre en cause chaque aspect de sa vie : que veut-il vraiment ? Une vie rangée aux côtés de Katherine, ou revivre sa folle jeunesse dans les bras de Catherine ? À moins que Rin, nouvellement arrivée en ville et amnésique, ne vienne aussi s’infiltrer dans son cœur…

Vincent n’est pas non plus aidé par les rêves étranges qu’il fait chaque soir, rêves qui constituent le cœur du gameplay de Catherine: Full Body. Dans ceux-ci, il revêt l’apparence d’un mouton – c’est du moins comme cela que le perçoivent les autres, et inversement – et, très vite, il va se rendre compte que ceux-ci sont plus réels qu’ils n’y paraissent : en effet, un mal mystérieux semble s’abattre sur la ville dans laquelle il réside, et les autres moutons sont autant d’habitants de celle-ci, frappés par une mort mystérieuse quand ils meurent dans ces songes inhabituels. Ces moments sont aussi l’occasion pour le jeu de vous poser des questions très personnelles, telles que « le mariage marque le début ou la fin de la vie ? ». Autant vous dire que vous préférerez que votre partenaire ne vous regarde pas jouer dans ces moments, qui se révéleront importants pour la suite du jeu et sa fin. On retrouve d’ailleurs là une très bonne idée du Studio Zero, avec la composante online qui vous donne pour chaque question le pourcentage de réponses choisies par les autres joueurs, une manière de voir à quel point vous vous situez dans la norme… ou pas. De même, au début de chaque séquence de rêve, vous pourrez voir au-dessus de chaque mouton le pseudonyme d’un autre joueur bien réel : une bonne manière de rendre tangible le côté « collectif » de la malédiction qui frappe Vincent.

“Les murs ça n’effraie que ceux qui restent plantés devant !”

– Jacques Higelin

Mais les rêveries de Vincent sont surtout les moments dans lesquels il sera mis à l’épreuve avec ce que le jeu appelle des « casse-têtes ». Le principe est simple, sur le papier : vous devrez gravir une tour composée de blocs de pierre, chacun avec ses particularités propres (cassant, glissant, monstrueux…), en déplaçant ceux-ci de manière à former un escalier, le tout en évitant de se faire engloutir par les blocs du bas qui chuteront inlassablement – ou par un boss qui menacera de vous dévorer. Ces casse-têtes portent bien leur nom en vous offrant un challenge ardu, dans lequel la plupart des erreurs vous seront fatales, et c’est pourquoi je conseille à chaque joueur découvrant Catherine: Full Body de le parcourir pour la première fois en mode facile, qui vous offre la plupart du temps le temps de réfléchir à vos mouvements, ainsi qu’un « jeu automatique » qui vous permettra de vous décoincer si d’occasion vous deviez lutter trop longtemps sur un obstacle. Néanmoins, si cela peu paraître complexe et insurmontable de prime abord, on comprend rapidement par nous même les astuces et règles nécessaires à notre survietoujours la marque d’un bon game design : si ce n’est pas le cas, vous pourrez entre chaque stage bénéficier de techniques partagées par vos comparses de galère, ce qui renforce l’esprit d’entraide que le jeu veut insuffler. On regrettera cependant quelques petits problèmes de contrôles, surtout quand on joue sur la Manette Pro, qui nous ferons parfois pester contre un Vincent qui persistera à vouloir pousser le bloc du fond quand on lui demandera de tirer le bloc de droite : rien de rédhibitoire ni de trop fréquent, heureusement.

Si vous n’en avez pas assez, vous pouvez refaire les casse-têtes réussis pour augmenter votre score, retrouver un mini-jeu au gameplay similaire sur la borne d’arcade qui se trouve dans le bar dans lequel traînent le héros et ses amis, et même affronter vos connaissances en local ou des inconnus en online sur celles-ci. Ces séquences d’escalade, loin d’être gratuites, s’intègrent parfaitement dans la thématique du jeu, en étant stressantes et nous demandant de faire des choix rapidement, parfait miroir de la vie tourmentée de Vincent. De fait, Catherine: Full Body se vit comme une première descente de montagnes russes qui ne finirait jamais, un moment à la fois excitant et effrayant qui nous plonge dans les affres de la pensée humaine et dont on sort à la fois éreinté et avec la folle envie de remballer pour un tour.

“Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail.”

– Leonardo Da Vinci

J’aurais presque envie de dire, néanmoins, que vous prendrez plaisir à jouer au titre d’Atlus même si vous n’êtes pas intéressé par le gameplay des phases de puzzle : entre celles-ci s’intercale une histoire profonde, intéressante et aussi superbement écrite que mise en scène, qui explorera avec une grande complexité les émotions des différents personnages, le tout en abordant des thématiques résolument modernes avec une sensibilité et un manque de jugement admirables. Ce n’est pas dans tous les jeux que l’on trouvera un personnage transgenre aussi bien écrit, fort et sans archétype, ni une scène dans laquelle notre héros s’interrogera sans fard sur son orientation sexuelle après être tombé amoureux d’un homme. De manière générale, cependant, au vu des thématiques abordées, mieux vaut être bien dans sa tête et dans son couple avant de lancer Catherine: Full Body, car celui-ci vous fera vous poser des questions qui résonneront en vous bien après l’extinction de votre Switch.

La technique se met au service du propos, avec des personnages au design très « Personaesque » (normal, puisqu’on retrouve à la barre le réalisateur de tous les épisodes de la série), joliment animés, avec des petites touches appréciables – on pensera, par exemple, au titubement de Vincent quand il a trop bu – qui montrent le soin apporté aux détails. Graphiquement, nous sommes certes là face à un jeu PS3 légèrement amélioré, mais qui tourne en docké et en portable avec une résolution et une fluidité impeccables, égales à celles de la version PS4. On appréciera aussi la grande beauté de l’interface du jeu, ainsi que les très chouettes compositions de Shōji Meguro (on peut d’ailleurs retrouver des morceaux issus de Persona sur le juke-box du bar). Un écrin formidable, donc, pour un jeu qui ne l’est pas moins, à condition cependant de ne pas craindre les inévitables tunnels de cinématiques, dont certaines sont dans une 2D très jolie, comme dans Tokyo Mirage Sessions #FE Encore. Les gens ayant peu de temps devant eux apprécieront, enfin, la courte durée de vie de Catherine: Full Body (une dizaine d’heures à tout casser), quand les complétistes le recommenceront avec un grand plaisir pour affronter les niveaux de difficulté supérieurs et découvrir chacune de ses 13 fins. Pour ma part, je finis mon test et j’y retourne immédiatement.


Un très grand cru intemporel
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Un très grand cru intemporel

Chef-d’œuvre. Ce n’est pas un mot que j’emploie à la légère, mais je ne peux pas trouver mieux pour décrire Catherine : Full Body, véritable indispensable de la ludothèque de tout joueur en quête d’une expérience adulte qui saura le marquer à tout jamais. La perfection made in Atlus, dans une version Switch qui ne dénature en rien le jeu original : que demander de plus ?

Les +

  • Fait passer des émotions complexes avec brio
  • De vraies thématiques adultes
  • Gameplay simple à comprendre et difficile à maîtriser
  • Ambiance musicale au poil
  • Doublages anglais et japonais impeccables
  • Un jeu qui remue vraiment
  • Une courte durée de vie et une grande rejouabilité : le meilleur des deux mondes
  • UI magnifique
  • Sexy sans être trop putassier
  • Une traduction française de haute volée

Les -

  • Un petit peu trop de fan service
  • Quelques menus problèmes de contrôles par moment
  • Assez difficile
Sending
Note des lecteurs :
75.43% (23 votes)
giomosby

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Présentation : Fan de consoles Nintendo et de jeux japonais depuis que je suis en âge de tenir une manette. Si je ne suis pas dispo, c'est probablement que je visite un parc Disney.

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jazminn

Attention à la faute d’orthographe. Vous n’êtes pas “prêt” d’oublier et non près. Si j’en trouve d’autres je les signalerai.

jazminn

prêts (rectification) si c’est un vous de non vouvoiement.