Nintendo et le online : une idylle (dé)passionnée – TRIBUNE

C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur et qui suscite beaucoup d’interrogations. Non, je ne parle pas de la crise du coronavirus et je n’en piperai mot dans cette tribune (on me dit dans l’oreillette que c’est trop tard), ce que je veux aborder ici ce sont les services en ligne que propose Nintendo avec son bébé, la Switch, sortie il y a maintenant plus de 3 ans. Largement abordée par la communauté de joueurs, souvent critiquée, rarement appréciée, la vision de Nintendo en termes de fonctionnalités online est plutôt discutable. Vous l’aurez compris je pense, d’après le titre, je ne vais pas être extrêmement tendre avec les pratiques de Big N : toutefois, je tenterai d’expliquer au mieux les raisons de mon mécontentement tout en pointant les quelques avantages de la situation.

Attention, comme toute tribune, le contenu présent dans cet article relate le point de vue de son auteur. Il est possible que vous voyiez les choses différemment, auquel cas nous vous invitons à vous exprimer dans les commentaires pour apporter vos précisions ou vos avis.

Retour vers le passé

Revenons quelques années en arrière, au 11 janvier 2017 plus précisément. C’est le jour tant attendu chez les fans de Nintendo : la Switch est révélée, ainsi que son line-up. Au début de la conférence, le président de l’époque Tatsumi Kimishima annonce les caractéristiques de la console tels que son prix ou les services online proposés. Et là, c’est la douche froide : pour la première fois, une console Nintendo va imposer à ses joueurs de payer un abonnement s’ils veulent jouer en ligne avec leurs amis. Si l’annonce passe relativement mal, Nintendo déclare que le service payant ne devrait être mis en place qu’en septembre 2017, laissant le temps de jauger la qualité des serveurs et profiter gratuitement des modes en ligne de Mario Kart 8 Deluxe et Splatoon 2 pendant quelques mois. Cependant, hormis l’annonce de la période de sortie, aucune autre information n’a été dévoilée : on ne sait rien de ce que va offrir l’abonnement, on ne connait ni même son prix.

Septembre se rapproche, la sortie de Splatoon 2 aussi. Nintendo se décide enfin à communiquer sur son nouveau service payant, le Nintendo Switch Online. Quatre formules sont dévoilées : mensuelle (3,99€), trimestrielle (7,99€), annuelle (19,99€) et familiale (34,99€) qui permet à 8 joueurs maximum de partager un abonnement. Des prix plus que corrects : 20€ par an, cela reste honnête si on compare aux concurrents Sony et Microsoft, qui proposent le Xbox Live Gold ou le PlayStation Plus à 60€. Autre bonne nouvelle, la période d’essai gratuite est prolongée jusqu’à 2018, soit un an supplémentaire sans payer. Que de bonnes choses alors ? Si on réfléchit, pas vraiment : reporter quelque chose signifie que l’on n’est pas prêt à le sortir et là vous me dites : merci pour cette analyse. Repousser le online payant et par conséquent ses fonctionnalités ne prouve-t-il pas que Nintendo a réellement du mal à proposer des infrastructures online décentes ? Bien que la communauté Switch soit dans l’ensemble satisfaite de ce report, il est légitime que des interrogations émergent quant à la capacité de Nintendo à fournir des services qualitatifs et surtout suffisants pour justifier le passage à l’achat d’un abonnement, après avoir toujours joué en ligne gratuitement…

Mai 2018. Dans l’attente désespérée de l’E3 pour enfin avoir des informations sur le nouveau Super Smash Bros., Nintendo se décide finalement à préciser les modalités de sa souscription payante. Le cloud, les jeux NES, l’application pour smartphones, tout est annoncé pour une sortie en septembre 2018. Puis le jour fatidique arriva, le 19 septembre pour être plus précis. Les joueurs Switch découvrent le service Nintendo Switch Online et se mettent presque immédiatement à le critiquer : le cloud payant, la qualité du jeu en ligne qui n’a pas été améliorée, les jeux NES sympathiques… mais faits et refaits sur d’autres consoles Nintendo. Par la suite, Big N décidera d’améliorer sa formule, en incluant les jeux SNES dans la formule, ainsi que les bons de jeux dans l’eShop ou quelques bonus gratuits (Tetris 99, des contenus in-game dans Super Smash Bros. Ultimate entre autres). Ces ajouts paraissent bien timides aux yeux d’une grande partie de la communauté Switch qui en souhaite davantage. Mais que veut-elle justement ? Si ce que je vais lister ci-dessous ne concerne que mes envies et mes critiques, je ne doute pas qu’elles sont partagées par un certain nombre de joueurs.

Un net recul par rapport à la Wii U et la Nintendo 3DS ?

Alors oui, le passé appartient au passé, les choses évoluent : il me paraît cependant évident et nécessaire de comparer l’approche de Nintendo durant 2 générations, celle de la Wii U et la 3DS et celle de la Switch. Voyons les différences entre les 3 consoles via ces 3 photos :

N’y allons pas par quatre chemins, les menus HOME de la Wii U et de la 3DS sont bien plus chargés que celui de la Switch : mais est-ce vraiment une bonne chose ? Selon moi, les 2 versions valent leur pesant de cacahuètes malgré une nette préférence pour la première. Un menu simple et aéré favorise évidemment la fluidité de l’interface générale, ce qui est un excellent avantage pour l’expérience utilisateur. Quel plaisir de pouvoir démarrer son jeu dès l’allumage de la console, sans temps de chargement ! C’est malheureusement un des seuls points positifs à une interface épurée que je vois. Que pouvons nous faire à part lire les nouvelles, visiter le Nintendo eShop et partager des captures d’écran sur les réseaux sociaux ? Oui, en effet : pas grand-chose. C’est d’une pauvreté regrettable pour une console sortie en 2017, en retard par rapport à ses concurrentes directes et surtout face à la PS3 ou la Xbox 360, cette dernière datant tout de même de presque 15 ans !

Menu Nintendo Switch customisé
Une interface comme celle-ci serait (trop) parfaite

Si Nintendo avait fait des progrès sur cette génération comparé à la précédente, cela m’aurait moins dérangé. Ils ont pourtant bel et bien régressé, en ne proposant pas, par exemple, de journal de jeu, permettant de voir facilement les jeux les plus joués durant le mois ou autres statistiques utiles (j’adore les stats, ne m’en voulez pas).  Autre exemple encore plus marquant : l’absence tant critiquée du navigateur Internet. Certes, la Switch est avant toute chose une console de jeux donc elle est conçue pour… jouer. Logique. Un navigateur Internet ne ferait qu’alourdir « inutilement » l’interface de la console. Je reste malgré tout persuadé qu’il serait très pratique de regarder par exemple des astuces sur les jeux auxquels on joue directement sur la console, à l’instar de ce que proposait la Wii U et la 3DS : les smartphones existent, mais tout faire sur sa console me paraît plus agréable. Une telle fonctionnalité est évidemment optionnelle mais elle rajouterait au confort de l’utilisateur. Et si YouTube a été ajouté, il aura fallu attendre plus d’un an et demi pour le voir débarquer et nous sommes toujours sans nouvelles de Netflix (le format de la console s’y prête pourtant, et le service était disponible sur Wii U et 3DS !).

Quid des thèmes ? Réclamés à grands cris par les joueurs depuis 3 ans, ces derniers sont toujours portés disparus sur Switch. Ils seraient pourtant une excellente occasion pour Nintendo de faire facilement du profit sans grand effort de leur part. Le concept était très rentable sur 3DS, alors pourquoi ne pas refaire la même chose maintenant ? Quel bonheur serait-ce d’avoir des fonds d’écran à l’effigie de Zelda, Xenoblade Chronicles ou encore Animal Crossing ! Pour finir sur l’interface générale, j’aimerais aborder le cas du Nintendo eShop. La boutique en ligne a elle aussi opéré un recul par rapport à la Wii U, en étant désormais bien plus froide et bien moins ergonomique. Pas de musique de fond, pas de possibilité de noter les jeux : des fonctionnalités assez basiques qui ne sont malheureusement pas présentes. Espérons que Nintendo réalise une mise à jour d’envergure de l’eShop pour le rendre plus agréable à parcourir.

Avoir des amis, quel intérêt ?

J’aborde maintenant le point le plus important pour moi : l’aspect communautaire de la console. Autant être clair dès le début, il est presque totalement absent, ou ignoré pourrait-on dire. On peut demander des gens en amis (via code ami ou une partie en ligne), voir à quels jeux ils jouent, encore heureux. On peut même ajouter des abonnés Twitter ou Facebook, sans avoir à leur demander leur satané code. Mais que peut-on faire d’autre avec ces mêmes amis, à part jouer avec eux ? Rien, ou presque. C’est essentiel, mais ce que je trouve dommage, c’est qu’il soit impossible d’engager la conversation avec une personne rencontrée en ligne pour par exemple refaire une autre partie, tout comme l’inviter de temps à autres pour jouer. La fonctionnalité est bel et bien présente, me direz-vous : à quoi sert-elle en l’état ? Cela fait quelques mois que Nintendo l’a introduite via une mise à jour de la console, mais un seul jeu l’utilise. Même les jeux sortis récemment ignorent superbement cette option, ce qui demeure pour moi un grand mystère. Seul l’avenir nous dira si cette fonctionnalité restera dans l’ombre ou si elle sera au moins exploitée par les titres estampillés Nintendo.

Invitations à jouer en ligne sur Nintendo Switch
Quand sera utilisée cette fonctionnalité ? C’est la question à un million de pesos

Je parlais à l’instant de communication entre les joueurs. Elle n’est pas indispensable, mais pouvoir discuter avec n’importe qui reste un atout indéniable dans l’infrastructure online de Nintendo. Et j’en viens donc au principe de Miiverse, le service proposé par Nintendo dès 2012 sur Wii U (puis sur 3DS en 2013) pour permettre aux joueurs de blablater entre eux. Souvent critiqué pour la sévérité de son code de conduite, il finira par fermer ses portes en novembre 2017. Le « réseau social » était loin d’être parfait mais il avait au moins le mérite de permettre aux joueurs de tous âges (pour le meilleur et pour le pire) de partager une passion commune, celle de l’univers Nintendo. Si on ne retient malheureusement que les mauvais aspects de Miiverse (le grand nombre d’enfants, les messages hors-sujets, des administrateurs ayant régulièrement utilisé le bouton « bannir »), on oublie tout ce qui a pu faire son charme pendant presque 5 ans : des discussions parfois intéressantes entre passionnés, des rencontres de joueurs ayant le même centre d’intérêt, des dessins incroyables quand on sait qu’ils ont été réalisés avec le Wii U GamePad.

C’est cette magie particulière qui manque selon moi énormément à la Nintendo Switch pour rendre son aspect communautaire bien plus chaleureux. Le retour de Miiverse (ou d’un service équivalent dans sa philosophie) serait une bonne chose pour s’ouvrir à davantage d’univers, découvrir d’autres horizons. A l’époque Wii U, j’étais un utilisateur actif de ce réseau social et c’est ce dernier qui m’a permis de me rendre compte qu’il existait d’autres jeux que ceux auxquels je jouais déjà, qui pouvaient potentiellement m’intéresser. C’est pourquoi une fonctionnalité telle que Miiverse me réjouirait si elle venait à se concrétiser. Même une simple messagerie me satisferait, l’idée étant de juste pouvoir discuter avec ses amis. D’ailleurs, une offre d’emploi trouvée par @CTGT_BRTMs sur Twitter et datant de janvier mentionne Miiverse, montrant que Nintendo recherche apparemment une personne étant capable de développer des fonctionnalités de communication avec ses amis. Nous verrons ce que cela donnera dans le futur.

Miiverse sur Nintendo Switch
Un service équivalent ne serait pas de refus sur Switch

Un Nintendo Switch Online à améliorer

Comme mentionné au début de cette tribune, le Nintendo Switch Online est l’objet de critiques depuis son lancement en septembre 2018. Les services proposés par Nintendo semblent insuffisants pour les joueurs, notamment du côté de ce qu’on peut appeler le successeur de la console virtuelle. Avec seulement des jeux NES et SNES, on fait vite le tour de la formule, ce qui ne justifie pas pour certains de prendre un abonnement – même si la majorité des joueurs prennent le Switch Online uniquement pour jouer en ligne. La solution serait alors d’augmenter la gamme de jeux disponibles en ajoutant la Nintendo 64, la (le ?) Gameboy ou la tant réclamée Gamecube. Avec cette possibilité, il est cependant certain que Nintendo augmenterait le coût de la souscription, ce qui fera grincer des dents les joueurs. Dans l’idéal, selon moi, Nintendo devrait proposer une offre basique (l’actuelle), comportant le jeu en ligne, l’application, les jeux NES et SNES, le cloud, et une formule « premium », plus chère mais proposant davantage de services : plus de jeux d’antan, plus d’offres exclusives par exemple. A mon avis, une telle formule attirerait un nombre conséquent de joueurs, qui rêvent de (re)découvrir certains classiques inaccessibles – je pense notamment à la Gamecube. Quoi qu’il en soit, je ne doute pas que Nintendo soit actuellement penché sur l’amélioration de son abonnement en ligne, il convient donc de voir dans les prochains mois ce que va nous proposer la firme japonaise.

Nintendo Switch Online
Un rêve éveillé !

Quant aux autres services fournis, ils sont tristement dénués d’intérêt selon moi. L’application Nintendo Switch Online est inutile pour beaucoup de titres : à part quelques fonctionnalités qu’il était largement possible d’incorporer directement au jeu (Animal Crossing : New Horizons, Super Smash Bros. Ultimate, Splatoon 2), l’application ne sert, n’ayons pas peur de le dire, à rien. Faut-il vraiment mentionner le chat vocal ? Passer par une application sur smartphone pour parler avec ses amis sur un jeu vidéo en 2020, c’est tout sauf avancé technologiquement. Pourquoi ne pas avoir inséré un micro directement dans la console, qui aurait tout facilité ? Non, comme pour beaucoup de choses, il a fallu que Nintendo agisse comme si nous étions plusieurs années en arrière. C’est regrettable, mais c’est comme ça. Tout comme le service en ligne en lui-même : payer un abonnement en ligne dont les connexions se font en peer-to-peer (un des participants héberge les autres) et non avec des vrais serveurs, je n’irai pas jusqu’à dire que c’est honteux, mais c’est en tout cas une pratique à rejeter. Etant donné le prix de la souscription, cela peut se justifier mais le simple fait de payer devrait être un gage de qualité : or, ce n’est pas le cas.

J’en ai donc fini avec mon avis sur la structure des services online de Nintendo. Vous l’aurez compris, je ne suis pas en accord avec la politique actuelle de la firme japonaise, qui, je trouve, est une politique de régression par rapport à la génération de consoles précédente. Tout ce que j’espère, c’est que Big N évolue grandement dans son approche des fonctionnalités à proposer et nous propose des améliorations aussi vite que possible.

Leotendo23

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Présentation : Etudiant de 18 ans, joueur Switch passionné de jeux vidéo depuis l'inoubliable Super Mario Galaxy. Toujours à fond en ce qui concerne Mario, Zelda ou encore Splatoon.

8 commentaires pour “Nintendo et le online : une idylle (dé)passionnée – TRIBUNE

  1. Nintendo n’intègrera jamais de chat vocal, et c’est tant mieux.
    Quand on a entendu le niveau d’insultes et de vulgarité de l’ado moyen (wsh ma gueule va baiser tes morts fdp…) on se réjouit qu’il reste au moins UNE console de jeux familiale.

    Pour le reste, beaucoup de bonnes remarques.

    1. Merci ! C’est la question que je me pose depuis plus de 3 ans maintenant, je me demande désormais si Nintendo va les ajouter à un jour à sa Switch ou bien attendre la prochaine génération… En l’état, c’est plutôt incompréhensible qu’il n’y ait même pas possibilité de parler avec ses amis.

  2. Dire que Netflix fonctionnait déjà très bien sur la wii…
    Attendre quelques mois trois ans après la sortie de la Switch pour de nouvelles fonctionnalités, c’est un eu dommage à 300€ la console plus les jeux et l’abonnement.
    Pour ce qui est des interactions avec nos aMiis c’est complètement dingue que ce soit aussi limité à part pour leur faire faire des économies de serveurs ou autres
    Merci de ta tribune, bonne continuation

    1. Bonjour

      J’adhère à ton article, je ne suis donc pas seule à regretter toutes les fonctionnalités de la 3ds qui manquent à la switch comme les modes miiverse et streetpass.

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