Trials of Mana
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Trials of Mana, levons l’ancre vers le passé – TEST

Quelle douce chaleur que celle de cette belle époque d’antan, où le jeu vidéo, dans sa plus grande insouciance nous offrait avec enthousiasme, un moyen inédit de nous évader vers un nouvel univers, en arborant fièrement un minimalisme pixélisé, mais laissant notre imagination prendre le relais. Quelle douce sensation que celle de cette période dorée qui restera ancrée dans nos encyclopédies, tel un souvenir immarcescible, cristallisé dans les roches immortelles de notre mémoire. Quelle douce euphorie que celle de revoir une oeuvre tant aimée, plus prestigieuse que jamais et nous rappelant sans cesse que notre passé regorge de merveilles que nous n’avons pas le droit d’oublier dans les méandres du temps. Et quelle douce victoire que celle d’être l’auteur de cette critique de Trials of Mana, un jeu tiré d’une licence que je chéris au plus profond de mon âme et qui m’a donné la force d’ouvrir mes yeux innocents sur la puissance émotionnelle que peut produire notre média favori.

Oui, je ressens une énergie si forte et entreprenante lorsque l’on mentionne les Seiken Densetsu, la célèbre saga enfantée par Squaresoft et ses merveilleuses équipes de l’époque. Une énergie positive, cultivant le lyrisme et la passion, des mots forts qui composent ma pensée à l’égard de cette fabuleuse épopée. Malheureusement, il y a toujours une part d’ombre pour venir ternir le tableau et cette fable ne fait pas exception à la règle. Ainsi, elle s’est brutalement perdue avec les époques, bâtissant de nouvelles fresques, mais utilisant toujours plus les outils de la médiocrité pour détourer ses fondations. Tout cela nous a rapproché de cette provocante fatalité, celle qui nous force à croire que la série de notre enfance ne jouira plus jamais de la gloire et qu’il serait plus judicieux de l’abandonner à son triste sort. Puis vint, à la grande surprise des joueurs, une lueur d’espoir, une étincelle de vie qui me permet encore de croire que Square Enix possède une brindille de respect envers ses fans et qu’il est maintenant l’heure de faire renaître le phénix de ses cendres.

A l’aventure compagnons !

Difficile ainsi de ne pas succomber aux griffes de l’excitation lorsque l’éditeur japonais a annoncé le retour de Trials of Mana par l’intermédiaire d’un remake, procédé de plus en plus utilisé dans le but d’étudier l’intérêt des joueurs pour une licence. Surtout quand, contrairement à Secret of Mana, les premières images du jeu laissaient transparaître une refonte visuelle et sonore de qualité, bien loin de cette torture affligée au deuxième épisode de la saga. Trials of Mana décrit les tumultes d’un long voyage visant à réunir des esprits élémentaires afin d’ouvrir un passage vers le sanctuaire Mana, là où repose l’épée légendaire qui permettra à son élu de rétablir l’équilibre dans le monde et d’empêcher des personnes malveillantes de libérer les Bénévodons, sortes de dieux destructeurs qui n’apporteraient que le chaos et le mal sur leur passage.

Dès le début de l’expérience, le joueur devra faire face à un sacré dilemme qui va définir son point de départ dans l’aventure. Ainsi, il devra choisir un personnage principal et deux personnages secondaires sur les six proposés en totalité. Chaque protagoniste possède sa propre introduction, ses propres enjeux et ses propres caractéristiques en combat. Ainsi il est plus aisé de débuter dans Trials of Mana avec un guerrier plutôt qu’un mage par exemple. Le scénario principal quant à lui, ne différera pas, peu importe le personnage principal que le joueur incarnera, le but final étant, dans tous les cas, de libérer les pouvoirs de l’épée et ainsi sauver le monde, bref, le quotidien d’un héros dans les jeux japonais.

Proposer aux joueurs une structure narrative qui repose sur un système capable de créer plusieurs embranchements possibles dans le scénario est une idée fantastique qui a le mérite de prôner l’originalité, surtout quand on sait que le titre était sorti initialement en 1995. Ainsi, pour vivre la totalité des scénarios possibles, il sera nécessaire de recommencer le jeu plusieurs fois en optant pour un autre groupe de personnages. Mais cet aspect va rapidement atteindre ses limites, l’équipe de développement préférant s’attarder sur l’originalité de la structure narrative que sur l’écriture de leurs personnages. En effet, le joueur ne se sentira jamais concerné par les enjeux des protagonistes, d’une part, car leur personnalité ne se limitera qu’aux clichés habituels que l’on retrouve systématiquement dans les J-RPG, mais surtout parce qu’il n’y a aucune cohésion sociale entre les membres du groupe. Comment se sentir proche de nos comparses quand ces derniers ne prennent même pas le temps de dialoguer entre eux ?  Cette distance avec les personnages est également accentuée par une qualité d’écriture plus que moyenne ainsi qu’une mise en scène figée qui nous rappelle les premières heures de la 3D dans le jeu vidéo et c’est bien dommage.

Le charme artistique d’une licence à l’identité visuelle et sonore marquée

Il faudra tout de même composer avec cette équipe de joyeux lurons pour espérer survivre dans ce monde hostile.  Et atteindre l’objectif principal ne sera pas une mince affaire, puisque comme tout jeu de rôle à la japonaise qui se respecte, il sera primordial de franchir moult étapes et d’augmenter son expérience pour garantir le succès. Et ces étapes se traduiront surtout par de longues routes semées d’embûches où monstres et brigands se côtoieront dans le seul but d’éradiquer le joueur de la surface de la planète, joli programme n’est-ce pas ? Eh bien oui, c’est un superbe programme qui attend le joueur, car au-delà du scénario qui n’est qu’un simple prétexte pour dégainer son arme, le titre de Square Enix puise toute sa force dans sa dimension old school en construisant une progression confortable et une ambiance au charme indéniable.

Ainsi, déambuler dans les environnements chatoyants de Trials of Mana, où les couleurs vivifiantes percent le paysage avec une fougue ardente, va très vite amener le joueur vers une dépendance surprenante. Que ce soit dans la traversée des plaines luxuriantes, des montagnes hiémales ou des cavernes scintillantes, les équipes artistiques ont parfaitement su retranscrire en 3D le charme visuel unique de la saga. On regrettera juste la présence d’un effet statique qui enveloppe ce tableau et l’empêche de prendre vie totalement, surtout en ce qui concerne les différentes villes du jeu qui souffrent d’un manque de diversité et de vie. Fort heureusement, les superbes compositions de Hiroki Kikuta viennent rythmer le mouvement en s’intégrant naturellement avec l’action, créant ainsi un joli mariage entre l’image et le son. On aime parcourir ce monde, c’est une sensation abstraite, car on en comprend pas toujours la raison, mais on apprécie y retourner et la vision rétro du gameplay ajoute peut-être un argument supplémentaire à cette impression.

Une progression entre le passé et le présent

Avec une prise en main rapide à comprendre et immédiate à dompter, les développeurs ont parfaitement su garder l’essence originelle de la saga. Vous savez, c’est un peu à l’image de ce petit plat cuisiné à l’ancienne et qui donne une saveur particulièrement nostalgique à nos délicates petites papilles. Ainsi, en réutilisant certains éléments old school et en réactualisant la technique globale (visuel et gameplay), le titre peut se vanter d’avoir organisé un mariage improbable entre le traditionalisme et le modernisme.

Alors, certes, cette confrontation entre le passé et le présent amène un contraste fort étonnant, mais il faut tout de même avouer que ça marche relativement  bien avec Trials of Mana. Ainsi l’une des forces du titre réside sans aucun doute dans sa capacité a viser l’essentiel. Ici, nul besoin de casser le rythme de la progression en aspergeant le titre de quêtes annexes lourdes et souvent inutiles, il suffit juste de profiter de la trame principale comme à la vieille époque. C’est bien cette insouciance naïve qui va muscler les qualités du jeu, ce genre de projet qui parvient à garder le joueur en haleine grâce à sa vision modeste et minimaliste. Il n’y a aucune complexité, mais on prend un véritable plaisir à retourner vers le jeu. Maintenant, les codes du passé apportent aussi certains défauts qui paraissent totalement archaïques en 2020 en plus de détenir le pouvoir de briser l’immersion, à l’image du level design qui n’est qu’une simple succession de couloirs ou de ces fichus murs invisibles qui empêchent le joueur de s’exprimer librement.

Fort heureusement, Trials of Mana propose un système de combat réussi et permet d’équilibrer le rythme du jeu. Le titre ne cherchera pas à sortir des conventions en tentant de miser sur des mécaniques atypiques. Il reprend néanmoins les codes inhérents au genre tel que le système de points d’expériences et d’évolution du personnage avec la possibilité de changer de classe pour gagner de nouvelles compétences et lui attribuer des sorts magiques. Les combats sont dynamiques, parfois un peu trop, puisque la caméra peine à suivre l’action correctement engendrant quelques montées de tension. Le joueur peut lancer des attaques rapides, lourdes, mais aussi esquiver et enchaîner quelques combos puissants, histoire de défaire proprement les groupes ennemis. En parlant des adversaires, il est important de saluer l’incroyable diversité du bestiaire, apportant de la variété dans les affrontements et forçant le joueur à changer son approche suivant la créature qui lui fait face. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les développeurs ne se soient pas égarés dans le piège de l’originalité pour construire le système de combat. Ils restent dans la continuité de leur vision en cherchant la simplicité avant tout. Et même si les combats représentent un pourcentage très élevé dans la progression du jeu, il n’y a pas d’effet de lassitude qui se fait ressentir, on aime ça et on en redemande.

Si Trials of Mana ne peut certainement pas défier le remake de Final Fantasy VII sur les ambitions d’amener le projet vers quelque chose de majestueux, il a réussi néanmoins à faire le job et à le faire correctement. On se plaît à arpenter ces routes tonitruantes et riches en couleurs jusqu’à atteindre l’objectif principal après de nombreuses heures de jeu. On peut même féliciter les développeurs d’avoir pris le soin d’implémenter un New Game + à l’expérience pour tous les joueurs qui souhaiteraient prolonger l’aventure en tentant de débloquer tous les scénarios possibles. Et pour les plus âgés qui ont déjà eu l’opportunité de découvrir le jeu original, ce remake propose même de parcourir et de surmonter un donjon totalement inédit. C’est avec ce genre de rajouts qu’on arrive à satisfaire ses fans, that’s a very good point Square Enix.

L'élégance de la sobriété
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L'élégance de la sobriété

C’est avec cette douce brise survenant tout droit d’un souvenir éloigné que l’on peut définitivement valider ce remake de Trials of Mana. En abordant son sujet avec une vision old school, il est vrai que le titre de Square Enix ne peut s’empêcher de tomber dans quelques maladresses sorties d’une époque lointaine. Et ces petites faiblesses nuisent fâcheusement à la qualité globale de l’expérience, empêchant le titre de se hisser en tête du peloton royal. Mais certains éléments du passé apportent aussi un vent de fraîcheur qu’il serait malhonnête de critiquer. Aucun élément superflu pour casser le rythme de la progression, le jeu va à l’essentiel sur tous les points et ça fait du bien. Puisque dans la finalité, on retrouve cette sensation candide, mais sincère, celle qui nous pousse à saisir naturellement notre manette pour jouer et surtout pour déterrer ce plaisir de jouer, une notion que j’avais presque oubliée et que cette douce brise est de nouveau venue me démontrer en déversant ses arguments indiscutables.

Les +

  • Le “vrai” retour de Seiken Densetsu !
  • Une ambiance visuelle et sonore de qualité
  • Un gameplay agréable à prendre en main, un délice à jouer
  • Un bestiaire varié
  • Aucun élément superflu, le jeu va à l’essentiel
  • Une progression rythmée

Les -

  • Un scénario cliché
  • Des personnages effacés et sans lien entre eux
  • Une qualité d’écriture plus que discutable
  • Une caméra aux fraises
  • Temps de chargement trop nombreux
  • Une mise en scène à l’ancienne…
Sending
Note des lecteurs :
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BQuentin

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Présentation : J’ai découvert le jeu vidéo avec la toute première console portable de Nintendo, à savoir le Gameboy et son inoubliable Super Mario Land.

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