Hell is Us sur Nintendo Switch 2, un grand jeu qui méritait un meilleur portage – TEST

Par le 19 Oct 2026 à 15:00 - Temps de lecture : 6 minutes

Il fut un temps où les jeux ne vous disaient pas où aller, et où un carnet posé à côté de la console faisait partie de l'équipement de base. Hell is Us a visiblement décidé de ramener cette époque. Plus d'un an après sa sortie sur PC, PS5 et Xbox Series, le jeu d'action-aventure du studio montréalais Rogue Factor, édité par Nacon, débarque sur Switch 2. Mais l'expérience exigeante et viscérale qui avait créé la surprise en 2025 survit-elle au passage sur la console de Nintendo ?

Hell is Us se savoure mieux en en sachant le moins possible. Une seule chose mérite d'être connue avant de se lancer, et elle change tout. Ici, pas de carte, pas de marqueur d'objectif, pas de boussole. Juste vous, vos yeux, vos oreilles et votre capacité à relier les indices entre eux.

Le jeu s'ouvre sur une scène pour le moins inquiétante. Rémi, soldat de la paix des Nations Organisées, se retrouve sanglé sur une chaise, une perfusion au bras, pendant qu'un homme l'interroge en fumant tranquillement sa cigarette. Sans qu'on sache ce qu'il fait là, le récit bascule dans un flashback qui nous montre le protagoniste en train de s'infiltrer dans son pays natal, Hadéa, dans l'espoir de retrouver ses parents disparus. Le jeu nous laisse ensuite rapidement nous débrouiller, et c'est en avançant qu'on découvre l'ampleur de ce qui se trame. Le pays est coupé du reste du monde et déchiré par une guerre civile, des créatures semblent naître de la haine des hommes, d'étranges entités croisent notre route et un mystérieux médaillon vient s'ajouter à la liste des énigmes. À force d'accumuler les questions sans réponse, on finit par n'en garder qu'une seule en tête, celle de savoir ce qui peut bien se passer ici. Un point de départ intrigant, qui nous a happés dès les premières heures.

Ni carte, ni boussole

Si vous cherchez un jeu en ligne droite où l'on débranche le cerveau, où l'on passe les dialogues et les cinématiques pour foncer vers le prochain objectif, Hell is Us n'est pas fait pour vous. Ce n'est même pas une question de goût, il sera tout simplement impossible de vous en sortir. Chaque conversation, chaque document trouvé, chaque détail du décor peut contenir l'information qui vous débloquera trois heures plus tard.

Le carnet et le stylo évoqués plus haut ont d'ailleurs trouvé un remplaçant moderne avec le bouton de capture de la Switch 2, qui fait office de pense-bête idéal. Une porte fermée qui semble cacher un sacré trésor ? Petite capture, on reviendra plus tard. Manque de bol, plus tard, c'est cinq heures après, avec la clé en poche et aucune idée de l'endroit où se trouve cette fameuse porte. Voilà toute l'ambiance de Hell is Us.

Le jeu laisse au joueur le soin de comprendre par lui-même, et chaque découverte procure une satisfaction devenue rare dans les productions modernes. On fouille, on recoupe, on se trompe, on revient sur ses pas, et lorsque la pièce du puzzle tombe enfin en place, le sentiment d'accomplissement est immense. Le genre d'aventure qui a relégué le reste de notre ludothèque au second plan jusqu'au générique de fin.

Une guerre qui ne laisse pas indemne

Si l'exploration est le cœur de Hell is Us, son histoire en est l'âme, et sans doute son plus grand point fort. L'univers est sombre, poisseux, et le jeu ne détourne jamais le regard face aux horreurs de la guerre. Massacres, haine entre communautés, civils pris au piège, le récit aborde des thèmes très matures qui peuvent marquer durablement.

Petit avertissement avant de vous lancer. Hell is Us met mal à l'aise, et c'est voulu. Puisqu'il pousse sans cesse à explorer et à fouiller, il conduit aussi à des découvertes macabres que le joueur ne peut pas toujours éviter. Le jeu est dur dans ses images, dans ses textes et dans son ton en général. Rien n'y est édulcoré, et mieux vaut l'aborder en connaissance de cause, surtout si vous êtes sensibles à ce type de contenu.

L'intrigue aspire très vite, portée par l'envie permanente d'en savoir plus et de comprendre ce qui se cache derrière la calamité qui frappe Hadéa. La narration distille ses révélations avec parcimonie, et cette retenue donne envie de creuser encore et encore, portée par une direction artistique remarquable. Cette dureté fait toute la force du récit, mais elle ne conviendra clairement pas à tout le monde.

Des combats efficaces, mais sans grande surprise

Manette en main, les affrontements se révèlent plaisants, sans pour autant révolutionner le genre. Rémi manie différentes armes blanches au corps-à-corps, épaulé par un drone capable de distraire les ennemis ou de l'assister pendant les combats. Le tout fonctionne bien et participe à l'ambiance oppressante du jeu.

Ces armes ont d'ailleurs une origine bien particulière. Elles sont forgées à partir des créatures elles-mêmes, et ces mêmes créatures ne peuvent être abattues qu'avec ce type d'arme. Alors, qui est apparu en premier, l'arme ou le monstre ? L'œuf ou la poule, version Hadéa (bon courage pour trancher). C'est l'une des nombreuses questions que le jeu pousse à se poser, et qui nourrissent l'envie de creuser son univers.

Que les amateurs de défis se rassurent, ou que les autres soufflent un bon coup, Hell is Us n'a rien d'un souls-like. Il est possible de récupérer de la vie en plein affrontement, ce qui laisse toujours une chance de renverser une situation mal engagée. Les morts arrivent, bien sûr, mais la marche n'est jamais trop haute. Aucun ennemi ne donne l'impression d'un mur infranchissable, et le jeu ne vous renvoie jamais ce sentiment frustrant de skill issue qui pousse à poser la manette. La difficulté est ailleurs, dans la réflexion et l'exploration bien plus que dans les réflexes.

Le bestiaire se montre en revanche un peu léger. Les mêmes types d'ennemis reviennent souvent, et même au sein d'une même famille, les apparences varient peu, avec des skins régulièrement identiques d'un affrontement à l'autre. L'impression de connaître la chanson arrive donc vite, et les combats finissent par devenir un passage obligé plus qu'un véritable moment fort. Rien de rédhibitoire, l'ambiance faisant largement le travail, mais dommage que le jeu ne surprenne pas davantage de ce côté.

Sur Switch 2, une technique qui souffle le chaud et le froid

La technique est le gros point noir de cette version. Hell is Us tourne en 30 images par seconde sur Switch 2, sans option pour privilégier la fluidité. Ce test a été réalisé à 80 % en mode docké et 20 % en portable, et le résultat s'est montré très inégal.

Dans les zones plus fermées, le jeu montre de magnifiques choses. Particules en suspension, végétation dense, jeux de lumière, tout semble plus organique, et la direction artistique profite pleinement de la console. Mais le soufflé retombe dès que l'on s'aventure dans des espaces plus ouverts, où le regard porte loin. Le clipping s'invite alors dans tous les sens, les textures baveuses se multiplient et certaines mettent un temps fou à se charger. Les créatures affichées au loin s'animent à environ 15 images par seconde, quand elles ne restent pas figées en T-pose jusqu'à ce que l'on s'approche suffisamment pour qu'elles se chargent correctement.

Paradoxalement, le jeu s'en sort mieux en portable, où l'écran plus petit masque une partie de ces défauts. En docké, l'expérience reste agréable tant que la zone est bien chargée et que l'écran n'est pas saturé d'effets, mais l'équilibre est fragile. C'est d'autant plus dommage que Hell is Us est un jeu profondément immersif, qui fait vraiment le travail de ce côté. Ce genre de désagréments nous a pourtant sortis du jeu plus d'une fois.

L'Enfer, c'est aussi le clipping

À cela s'ajoutent quelques bugs qui viennent écorner l'immersion. Personnages coincés dans les murs ou à moitié enfoncés dans le sol, éclairages capricieux, rien de permanent, mais suffisamment fréquent pour être remarqué. Autre détail agaçant, chaque mort impose une quinzaine de secondes d'attente avant de reprendre. La sanction n'est donc pas tant dans le gameplay que dans la patience qu'on vous demande.

On pourrait mettre tout ça sur le dos de la machine. Mais quand on voit ce que la Switch 2 est capable de faire avec un portage comme celui de Star Wars : Outlaws, ou encore Onimusha : Way of the Sword, difficile de croire que la console soit seule en cause. Reste à espérer que la grosse mise à jour anniversaire, attendue le jour même de la sortie, viendra corriger une partie de ces errances.

Pas de carte dans le jeu, et pas grand-chose sur la vôtre

Bonne nouvelle pour votre carte microSD Express, Hell is Us se montre plutôt raisonnable avec ses 23,6 Go. À l'heure où certains portages dévorent plus de 70 Go sans sourciller, il trouvera facilement sa place, même sur une console déjà bien remplie. Une aventure exclusivement solo, à emporter partout sans avoir à sacrifier deux ou trois autres jeux pour lui faire de la place.

Côté prix, la version de base est vendue 59,99 €, tandis que l'édition Deluxe grimpe tout de même à 79,99 € sur l'eShop. Un tarif dans la moyenne pour un jeu de cette ampleur, même si les défauts techniques de ce portage risquent de faire hésiter ceux qui peuvent y jouer sur une autre machine.

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Conclusion - Un grand jeu bridé par son portage

75%

Hell is Us est un excellent jeu, de ceux qui marquent et qu'on n'oublie pas de sitôt. Son exploration sans filet, son histoire bouleversante et son univers d'une rare noirceur en font une expérience à part, qui récompense pleinement les joueurs prêts à s'investir. Loin d'un souls-like, il place sa difficulté dans l'exploration plutôt que dans les combats, même si certains affrontements savent se montrer plus corsés et qu'il ne faut pas s'attendre à rouler sur l'aventure.

Exigeant dans sa progression et dur dans ce qu'il montre, il ne plaira donc pas à tout le monde, et mieux vaut savoir dans quoi on s'embarque avant de se lancer. Dommage en revanche que cette version Switch 2 ne soit pas mieux optimisée. Entre clipping, textures baveuses et ennemis figés au loin, la technique vient trop souvent rappeler qu'on joue à un portage perfectible. Mieux finie, cette version aurait facilement mérité 85 %. En l'état, elle reste une aventure à recommander chaudement, à condition d'accepter ses quelques plaies.

Les +
  • Une exploration sans carte ni marqueur, exigeante et gratifiante
  • Une histoire prenante qui ose aborder les horreurs de la guerre
  • Une direction artistique superbe, surtout dans les zones fermées
  • Des combats accessibles, loin du mur d'un souls-like
  • Seulement 23,6 Go sur la console
Les -
  • Du clipping et des textures baveuses dans les zones ouvertes
  • Des ennemis lointains à 15 FPS, voire figés en T-pose
  • Une quinzaine de secondes d'attente à chaque mort
  • Un bestiaire qui manque de variété
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