Fire Emblem: Fortune’s Weave, l’ambition au service de la perfection – TEST

Par le à 15:00 - Temps de lecture : 9 minutes
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Un gros morceau. C'est comme ça que l'on m'a décrit Fire Emblem: Fortune's Weave avant sa sortie. Une description intimidante, qui m'a rappelé pourquoi je n'aimais pas tant que ça écrire des tests de longs RPGs : comment un titre peut-il réussir à garder sa fraîcheur quand on doit engloutir en quelques semaines des dizaines et des dizaines d'heures de jeu ? Souvent, la lassitude ou le burn-out ludique viennent pointer le bout de leur nez et entacher ma vision, et ma note par la même occasion. Et pourtant. Même au bout de quatre-vingts heures de jeu, je me retrouvais à être soufflée par ce nouvel épisode de la saga de tactical-RPGs, au bout d'une longue nuit à ne pas pouvoir lâcher ma manette. Pas besoin de faire durer inutilement le suspense : est-ce que Fortune's Weave est bon ? Non. Fortune's Weave est brillant.

Le début ? De la fin

Commençons par le commencement, ou plutôt par la fin. La fin du monde, pour être plus précise. Le début du jeu, faisant office de tutoriel, vous fait apercevoir la catastrophe qui vous attend. Pourquoi ? Ça, on ne le sait pas encore. Mais c'est à votre héros, créé au travers d'un éditeur sommaire, de venir sauver la mise. Ou tout du moins d'essayer. Il semblerait que tout cela soit sans issue, et l'humanité condamnée à l'annihilation. À moins que… En effet, il y a une solution : remonter dans le temps pour rejoindre l'an 1449 et explorer la période des Jeux Héroïques de la ville de Dagsion afin de mieux cerner comment le monde en est arrivé à sa perte et, peut-être, essayer de le sauver. Pour les besoins de ce test et par volonté de ne pas sombrer dans le spoil malvenu, je resterai vague. Mais je peux vous dire que l'histoire de ce nouveau jeu n'a rien à envier à celle de Three Houses, souvent vue comme le mètre-étalon de la série à ce niveau. 

Très anime, avec de bonnes couches de drama, je me suis toujours sentie investie dans ce Fire Emblem: Fortune's Weave, malgré le côté parfois touffu du lore et la narration en mille-feuilles. Car oui, ce nouveau titre n'est pas exactement linéaire et vous propose de découvrir l'histoire de quatre héros différents : Cai, Dietrich, Leda et Theodora. Quatre points de vue différents sur la même histoire, qui se complètent parfaitement et permettent en se combinant de découvrir l'entièreté de l'histoire. Contrairement à un Three Houses, vous ne choisissez pas un seul camp et pouvez passer de l'histoire d'un personnage à l'histoire d'un autre avec facilité. Le fait de n'avoir qu'une seule sauvegarde est d'ailleurs une invitation à cela, bien que vous puissiez aussi ne choisir de ne faire la route que d'un personnage afin d'atteindre la partie épilogue le plus rapidement possible. À vos risques et périls, néanmoins. 

Récit fleuve et delta à quatre branches

Je me dois de saluer non seulement l'écriture de l'histoire, mais aussi l'intelligence de sa structure : malgré le fait que les quatre arcs de personnages se déroulent sur une même unité de temps et (plus ou moins) de lieu, et que ceux-ci se croisent souvent, les quatre arcs sont parfaitement distincts et même les combats en commun avec l'un des autres personnages semblent différents. Une très jolie réussite, qui permet de compenser l'un des défauts de Three Houses, où on sentait un peu la redite lors d'un deuxième run avec un autre personnage. 

Personnages qui sont d'ailleurs l'une des grandes réussites de Fire Emblem: Fortune's Weave. La character designer Chinatsu Kurahana est de retour et nous livre, comme elle l'avait fait sur Three Houses, une galerie de personnages, principaux comme secondaires, tous plus mémorables les uns que les autres, dont le design complète toujours parfaitement l'écriture. Je me dois aussi de souligner un point : j'étais de prime abord un peu inquiète en apprenant que le titre se passait sur un continent évoquant la partie nord de l’Afrique, les J-RPGs étant assez coutumiers du fait de designer les personnes racisées comme de simples color swap de personnages blancs. 

Mais que nenni : Chinatsu Kurahana a pris le soin de designer des personnages noirs et arabes qui ont des caractéristiques faciales et capillaires différentes de celles des personnages blancs et, bon sang, que cela fait du bien d'avoir de la bonne représentation dans un jeu japonais. Le tout est appuyé par un doublage de grande qualité, aussi bien en japonais qu'en anglais, ainsi qu'une localisation française très travaillée. Tous ces personnages sont si vivants que l’on en vient presque à regretter les dates autour du thé du monastère de Garreg Mach.

Comme dans la vie, le plus grand ennemi est le temps

Après un (sous-coté) Engage qui faisait la part belle aux affrontements au détriment de l'histoire, Fire Emblem: Fortune's Weave marque le retour de la formule plus sociale de Three Houses et sa structure en calendrier. Si les bases restent les mêmes, avec notamment l'importance d'entretenir et créer du lien social avec ses camarades et potentielles recrues ou bien d'effectuer des entraînements, l'ensemble est tout de même bien plus varié, avec beaucoup plus d'activités destinées à créer du lien, de collecter des ressources ou de min-maxer ses troupes.

Vous pouvez explorer une très grande carte du monde, remplie de lieux à visiter, de cavernes à explorer, et d'ennemis à tuer, tout en gardant bien en tête le calendrier et sa structure en tours (un jour comptant quatre tours). Je ne sais pas si cela réconciliera les plus grand(e)s détracteurs et détractrices de Three Houses avec la formule, mais j'ai personnellement trouvé le tout extrêmement bien rythmé, avec plutôt une impression de manquer de temps que de trop en avoir, ce qui est bon signe.

Mais qu’en est-il du cœur d'un tactical-RPG, à savoir les combats ? Si je pouvais résumer ça de manière simple, voire simpliste, je dirais qu'après un Engage qui était déjà l'apogée de la série à ce niveau, Fortune's Weave pousse le cran encore plus loin, avec un système qui s'affranchit largement des bases de la série (le système de pierre/feuille/ciseaux) pour quelque chose de beaucoup plus complexe, avec des armes et des capacités spécifiques qui permettent de compenser les défauts d'une classe, ou au contraire d'appuyer ses qualités, de manière à pouvoir créer une équipe complète pouvant s'adapter à toutes les situations qui se trouveront sur votre route. 

Des situations qui sont de surcroît vraiment variées, avec des objectifs qui vous demanderont fréquemment de changer votre façon de réfléchir et la composition de l'équipe, ce qui évite d'avoir une team de numéros 10 qui roule sur le jeu. Le système de recrutement vous permet aussi d'avoir un banc de personnages remplaçants assez large pour faire face à toutes les situations, bien que je préfère personnellement avoir une petite équipe un peu plus versatile, ce qui permet de créer plus facilement du lien entre les personnages mais aussi de se creuser un peu plus la tête. 

Stupéfiant de maîtrise

J'ai d'ailleurs beaucoup lu et entendu que Fire Emblem: Fortune's Weave était l'un des épisodes les plus faciles de la série et je ne suis pas sûre d'être complètement d'accord avec ça. Bien entendu, on est loin de l’âpreté (dans le bon sens du terme) d'Engage, mais j'ai globalement plus souvent été mise en difficulté par ce nouvel épisode que par Three Houses, a fortiori dans les parties deux et trois qui proposent des affrontements retors impliquant beaucoup de personnages. S'il y a effectivement quelques manières de rendre la progression et les combats plus faciles (notamment en utilisant les récompenses du système de « trophées » in-game) et que j'aurais aimé que les retours dans le temps en combat soient aussi limités dans la difficulté normale, je n'ai jamais eu l'impression de rouler sur le jeu, même si cela pourra sans doute être ponctuellement le cas si vous grindez beaucoup, principalement en explorant les cavernes et autres forêts présentes sur la carte du monde. 

Généreux en expérience gagnée, ces petits donjons offrent de surcroît une toute nouvelle manière de combattre, avec des affrontements ressemblant beaucoup plus à ceux des RPG au tour par tour classiques : ils ne constituent pas la meilleure partie du jeu mais ne sont néanmoins pas désagréables, surtout lorsqu'on affronte des adversaires de bon niveau qui demanderont de jongler soigneusement entre les personnages. J'ai personnellement bien aimé les utiliser pour augmenter le niveau et la synergie de nouvelles recrues. 

Quelque part, et bien qu'ils ne constituent qu'une petite partie du jeu, proposer non seulement des donjons à explorer mais aussi un deuxième système de combat peut être vu comme une forme de bravade de la part d'Intelligent Systems. Comme si le studio regardait les joueuses et joueurs et leur disait : « vous avez bien aimé Three Houses, mais vous aviez aussi beaucoup de critiques sur le jeu. Qu'à cela ne tienne, on va toutes les prendre en compte pour cette suite spirituelle qu'on va de surcroît développer nous-mêmes ». 

Et force est de constater qu'ils ont réussi leur pari : non seulement Fire Emblem: Fortune's Weave corrige les défauts du jeu de 2019, y compris d'ailleurs du point de vue technique en proposant des graphismes faisant honneur à la Switch 2, mais il réussit à évoquer les meilleurs épisodes de la série sur de nombreux aspects et devient ainsi, quelque part, un jeu somme, un des sommets de la série et, tout simplement, la meilleure exclusivité de la console à ce jour. 

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Conclusion - Sans aucun doute le jeu de l'année

100%

Aussi brillant que captivant, Fortune's Weave est une incroyable réussite, un véritable tour de force autant dans son histoire passionnante à la structure non conventionnelle que dans son système de combat à la fois complet et versatile qui fait honneur au genre. Un très long jeu bien fourni, et pourtant si maîtrisé que l'on ne s'en lasse pas. Il justifie à lui seul l'achat d'une Nintendo Switch 2.

Les +
  • Très joli, autant au niveau de la fidélité visuelle que de la direction artistique
  • Une galerie de personnages super attachants aux designs très réussis
  • Une histoire intéressante et qui réussit l’exploit de ne jamais se répéter malgré la structure
  • Une bande-son très mémorable
  • Un système de combat tactique plus stratégique que jamais
  • Des affrontements variés dans les objectifs et les maps
  • Des donjons avec un système de combat complètement différent, c’était pas obligé mais ils avaient envie de nous faire kiffer
  • Beaucoup de choses à faire dans la ville et sur la carte du monde

 

Les -
  • Il manque quelques trucs que j’aurais bien aimé voir revenir de Three Houses : le mini-jeu de pêche et l’aspect dating sim. Mais bon c’est vraiment pour chipoter quoi.
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