Neuf éditeurs, dont Ubisoft et Mojang, dans le viseur de l’Union Européenne à cause de leurs monnaies virtuelles

Par le 13 Oct 2026 à 10:34 - Temps de lecture : 2 minutes 30 sec
drapeau union europeenne

Crédits photo : Olivier Matthys

Une trentaine d’années après la généralisation des microtransactions et la fameuse armure de cheval d’Oblivion, les monnaies virtuelles des jeux vidéo font l’objet d’une action européenne coordonnée. Le réseau de coopération en matière de protection des consommateurs (CPC), piloté par la Commission européenne, a annoncé le 30 septembre 2026 l’ouverture de procédures contre neuf éditeurs : Ubisoft, Crytek, InnoGames, King, Mojang, Plarium, Playrix, Riot Games et Supercell. Une procédure parallèle, au périmètre plus large, vise également Activision Blizzard.

Les jeux concernés disent long sur l’ampleur du phénomène : For Honor, Hunt : Showdown 1896, Candy Crush Saga, Minecraft, Gardenscapes, Valorant, Clash of Clans, ou encore Diablo Immortal et Call of Duty Mobile. Autrement dit, des titres joués par des dizaines de millions d’Européens, mineurs compris ; tout en sachant que la CPC s’est « limitée » à ces jeux, mais que d’autres pourraient être concernés.

Des exigences de transparence

Ces actions font suite à la publication, en mars 2025, de sept principes européens encadrant l’usage des monnaies virtuelles. Après plusieurs échanges avec Video Games Europe et la Fédération européenne des développeurs de jeux vidéo (EGDF), les autorités estiment que de nombreuses entreprises n’ont pas apporté de modifications substantielles à leurs pratiques.

Concrètement, les autorités exigent que les objets vendus contre des monnaies virtuelles affichent leur coût réel en euros ou dans la monnaie nationale du consommateur, et contestent les systèmes multipliant les monnaies intermédiaires qui brouillent l’évaluation du prix. La vente par lots est également visée : le joueur ne devrait pas être contraint d’acheter un pack supérieur à ses besoins, laissant un solde inutilisé. Sont aussi rappelés l’information précontractuelle, le droit de rétractation de 14 jours (y compris sur les monnaies non utilisées) et l’interdiction de modifier arbitrairement la valeur des monnaies ou de supprimer des contenus achetés via des clauses abusives.

La protection des mineurs fait l’objet d’une attention particulière : loot boxes, dark patterns (interface et de pensée pour manipuler le comportement des joueurs) et sollicitations commerciales visant les enfants sont examinés, avec une recommandation claire : la désactivation par défaut des achats dans les jeux accessibles aux mineurs.

Les actions coordonnées lancées aujourd’hui visent à garantir l’application des principes suivants :

  • adopter une tarification claire et transparente: indiquer le prix réel des objets dans le jeu et des monnaies de jeu que les consommateurs doivent acheter pour jouer;
  • ne pas dissimuler les coûts: évitez les monnaies multiples ou les échanges de monnaies qui rendent le prix réel difficile à déterminer; 
  • ne pas forcer les achats de monnaies non désirés: les joueurs ne doivent pas se sentir obligés d’acheter une quantité excessive de monnaies virtuelles pour progresser dans le jeu ou en profiter; 
  • fournir des informations claires avant l’achat: les joueurs doivent avoir accès à des informations faciles à comprendre avant d’acheter des monnaies virtuelles ou des objets dans le jeu; 
  • respecter le droit de rétractation: les joueurs doivent être informés de leur droit de se rétracterde contrats dans un délai de 14 jours, y compris pour les monnaies virtuelles non utilisées; 
  • utiliser des conditions générales équitables et compréhensibles: les conditions générales des jeux doivent être équitables et claires pour les joueurs;
  • protéger les consommateurs vulnérables: les éditeurs doivent veiller à ce que les jeux offrent des garanties appropriées à tous les consommateurs, notamment aux utilisateurs vulnérables tels que les enfants. 

Des procédures, mais pas encore de sanctions

C’est une précision importante : ces procédures ne constituent pas, à ce stade, des sanctions, mais visent la mise en conformité des pratiques, appréciées au cas par cas. Le message reste toutefois sans ambiguïté. Pour Michael McGrath, commissaire européen à la justice et à la protection des consommateurs, « le jeu doit être équitable et les règles doivent être respectées » :

Environ la moitié des Européens jouent à des jeux vidéo, ce qui fait de cette activité un élément majeur de notre économie numérique et de notre vie quotidienne. Cette popularité entraîne des responsabilités. L’industrie doit veiller à ce que ses jeux n’exposent pas les joueurs, en particulier les enfants, à des pratiques dangereuses ou déloyales. Le jeu doit être équitable et les règles doivent être respectées. Les autorités nationales, avec le soutien de la Commission, veilleront à ce que celles-ci soient appliquées. »

Michael McGrath, commissaire à la démocratie, à la justice, à l’état de droit et à la protection des consommateurs

Le réseau CPC prévient qu’il poursuivra ses actions coordonnées contre les entreprises qui ne s’aligneraient pas.

Sources : afjv.com | ec.europa.eu
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