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Fuser, la boiler room de la Switch – TEST

Harmonix n’a plus rien à prouver à personne en termes de jeux musicaux : après avoir créé Frequency, ils se sont affranchis de la manette avec Guitar Hero et Rock Band, deux licences qui ont permis à Activision et EA de vendre des guitares en plastique par palette. Alors, quand j’ai vu la première bande-annonce pour Fuser, j’ai été intrigué : comment transposer le concept objectif d’un jeu de rythme (généralement “appuyer sur les boutons au bon moment”) à celui d’un DJ set, forcément subjectif ? Harmonix n’a pas vraiment choisi de répondre à cette question, puisque leur dernier titre est, vous allez le comprendre très vite, plus un outil qu’un jeu. Dès lors, le juger devient difficile : c’est presque comme si je devais tester Word. Mais laissez-moi tout de même vous présenter cet étonnant concept.

Une campagne qui n’en est pas vraiment une

L’adage veut que la première impression soit la plus importante, et Fuser se rate un peu sur ce point là, avec un temps de chargement assez long et des menus qui rament. On regrettera aussi le choix d’un pointeur pour naviguer dans ceux-ci : il va cependant falloir vous y habituer, puisque celui-ci – néanmoins clair et visible en toutes circonstances – vous suivra tout au long du jeu. Après l’avoir utilisé pour sélectionner le mode Campagne, on se retrouve face à un créateur de personnage basique mais qui vous permettra une grande extravagance stylistique qui sied particulièrement bien au monde de la nuit auquel Harmonix rend hommage. Une fois notre avatar créé, la première “mission” nous attend : ce n’est qu’un tutoriel. Pareil pour la deuxième. Et la troisième. Et ainsi de suite. En fait, ce mode Campagne n’est qu’un long tuto de huit heures, qui introduit au fur et à mesure des mécaniques de jeu pour vous familiariser avec l’interface de cet outil complet. Peut-être un peu trop sur consoles, où il se révèle plus être un outil complexe : le nombre de manipulations possibles est énorme et les effectuer avec un pointeur contrôlé par le joystick, le tout avec une limite de temps (certes désactivable) demande une flexibilité mentale que je ne possède pas.

Cette campagne n’est cependant pas dénuée d’intérêt, puisqu’à chaque set correspond une note, qui sera calculée en fonction de votre performance : capacité à lancer les disques sur la bonne mesure, à offrir une bonne variété au public et à répondre à ses demandes… On a souvent envie de recommencer les sets pour s’améliorer : dommage, dès lors, que les textes de tutoriel se ré-affichent à chaque fois que l’on relance une mission déjà réussie, ce qui casse le flow du mix avec des informations que l’on connaît déjà. D’autant plus regrettable que Fuser est, malgré sa profondeur et sa complexité, plutôt simple à prendre en main, avec une interface claire, qui affiche les bonnes informations là où on en a besoin. On prend un réel plaisir à mixer et à découvrir des associations sonores inattendues, pour le plus grand bonheur de nos oreilles : vos plus belles trouvailles sont d’ailleurs enregistrables via une simple pression de la croix directionnelle.

Une valse à trente-deux temps

Mais, d’ailleurs, comment marche Fuser ? En fait, chaque morceau se découpe en quatre pistes musicales : percussions, basse, instrument et voix. Cela sera alors à vous de chercher la combinaison parfaite sur vos quatre platines, tout en sachant que vous pouvez très bien utiliser quatre percussions, si le cœur vous en dit. Des effets sont aussi applicables sur chaque platine, tandis que le tempo et le volume sont modifiables. La seule règle est évidemment de tout faire en rythme pour que votre set ne vire pas à la cacophonie. Pour cela, une ligne de temps est affichée au dessus des platines, avec 128 mesures découpées en 32 temps : on se prend rapidement à trouver le rythme et à compter dans sa tête (“un, deux, trois, quatre, un, deux, trois, quatre”), comme le ferait un vrai DJ. D’autant plus facile que votre système audio est bon et marque les basses : autant vous dire de prévoir un bon casque en mode portable.

Contrairement aux quelques rares autres jeux de mixage, Fuser a le mérite de vous proposer de vrais morceaux et non des pistes musicales préenregistrées, même s’il met aussi à votre disposition des instruments sur lesquels vous pourrez composer des pistes, une fonction trop compliquée d’utilisation sur console. La sélection est variée et qualitative, abordant plusieurs genres (Dance, Rap, Pop, Country…) et époques : il vous faudra un certain temps pour vous en lasser, étant donné que le jeu inclut une tracklist de 100 morceaux, avec 25 supplémentaires à acquérir pour 1,99€ l’unité (ou en pack pour 41,49€), tandis qu’un season pass à 49,99€ vous rajoutera 3 chansons par semaine jusqu’à la fin de l’année. Si l’on peut bondir au vu de ces prix élevés, on se rappellera néanmoins qu’acquérir les droits pour des chansons est très onéreux, et que c’est un investissement qu’Harmonix doit rentabiliser.

Ce confinement va être une pure soirée

Quand vous en aurez marre du mode Campagne et de ses personnages caricaturaux, inintéressants et mal doublés (définitivement pas le point fort du studio), vous arriverez à ce qui fait la substantifique moelle de Fuser : le mode Freestyle. Dans celui-ci, vous pouvez mixer en solo, devant un public d’inconnus ou des amis : ceux-ci pourront, à l’aide du chat vocal, vous faire des suggestions quant aux prochains morceaux à passer. De quoi animer des soirées dans une période où l’on ne peut se retrouver physiquement, voire créer des vocations de DJ, qui sait ! Le titre propose de plus des challenges hebdomadaires, où vous devrez mixer sur un thème précis (R&B, années 1990…) et soumettre votre création à la communauté : des récompenses vous attendent si celle-ci plébiscite votre mix ! Et si vous ne vous sentez pas à l’aise quant à votre talent, vous pouvez toujours assister à des sets d’inconnus : pour être honnête, j’ai été plus que surpris par la qualité de ceux-ci, et le format fait que vous pouvez très bien utiliser le jeu pour vous ambiancer à la maison.

Celles et ceux plutôt en quête de challenge que de créativité se rabattront sur le mode Battle, qui vous opposera à un adversaire en ligne : le but sera d’être le plus fort techniquement afin que vos disques valent plus de points. À la manière d’un jeu de combat, chacun a une barre de “vie” et avoir des CD moins forts que ceux de votre adversaire résultera en la perte de ceux-ci, ainsi que la baisse de votre jauge vitale : il faudra donc être plus malin et rapide, une opération difficile quand on sait que le jeu est cross-play et que vous pouvez donc affronter quelqu’un jouant sur PC et bénéficiant donc d’un avantage technique considérable. Non pas que Fuser tourne mal sur Switch (si les menus rament, le reste est fluide), mais la complexité de celui-ci fait qu’il est beaucoup plus agréable et simple à jouer à la souris : si vous êtes vraiment intéressés par ce titre inattendu, je vous conseillerais plutôt de vous rabattre sur votre ordinateur. À défaut, vous devriez tout de même pouvoir bien vous amuser sur notre console hybride.


La boiler room de la Switch
  • Un outil formidable limité par son écrin - 70%
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Un outil formidable limité par son écrin

Fuser est un outil génial, apte à transformer n’importe quel manchot en DJ : en cela, son pari fou est réussi. Cependant, cela se fait au prix d’un ludisme limité (un jeu ne pouvant différencier la bonne musique de la mauvaise) ainsi que d’une version console qui bride la créativité des joueurs avec un maniement à la manette qui n’arrive jamais vraiment à s’adapter à la formule. Reste que cette version Switch est parfaitement fonctionnelle pour quiconque saura s’en accommoder.

Les +

  • Large sélection musicale
  • Beaucoup de possibilités
  • Très clair et bien conçu
  • Permet de concevoir de “vrais” sets
  • Jouissif avec un bon système audio
  • Tourne bien sur Switch

Les -

  • Campagne limitée
  • Plus créatif que ludique
  • Pas très adapté à la manette
  • Personnages insupportables
Sending
Note des lecteurs :
88% (3 votes)
giomosby

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Présentation : Fan de consoles Nintendo et de jeux japonais depuis que je suis en âge de tenir une manette. Si je ne suis pas dispo, c'est probablement que je visite un parc Disney.

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