New Super Lucky's Tale nintendo switch
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New Super Lucky’s Tale, retour vers le passé – TEST

Le chat et le renard, comme beaux petits saints, S’en allaient en pèlerinage. Ne vous méprenez pas, il ne s’agit guère aujourd’hui d’entreprendre une analyse approfondie de cet énième fable de Jean de La Fontaine, roi de la satire et du persiflage. Je conçois votre inéluctable déception et j’en suis premier navré, premier contrarié. Non, nous allons plutôt nous attarder sur le dernier-né de Playful Studios, vous savez, ce jeu de plateforme en trois dimensions où renards et chats se confrontent dans un périple teinté de goguenardises et d’humour. Sorti en premier lieu sur l’éclatante boîte de Microsoft, le studio américain, ambition en maître mot, convoitait, secret bien gardé, un autre système à la popularité bien installée. C’est ainsi qu’en début de mois, nos petites pattes-pelus prirent d’assaut la brillante console de Nintendo, telle une vague qui déferle sur la rive avec une violence tonitruante. Baptisé pour l’occasion New Super Lucky’s Tale, énumérons avec entrain, ce qui fait de ce jeu, une aventure au charme certain.

La vie n’est pas facile tous les jours pour le petit Lucky, un renard espiègle au pelage soyeux et chatoyant. En effet, notre protagoniste principal a du pain sur la planche s’il veut aider sa sœur à protéger le livre des âges, une relique antique qui renferme une multitude de mondes et de civilisations. Pour cela, il devra faire face à Jinx, un vilain sorcier matou qui cherche à s’accaparer le pouvoir de ce grimoire magique dans l’espoir de s’en servir à des fins malveillantes. Pour vaincre son ennemi de toujours et ses différents sbires sournois aux personnalités atypiques, Lucky devra surmonter moult tableaux et pourra compter sur de nombreux alliés farfelus, mais fidèles, qui lui viendront volontiers en aide pour progresser dans sa quête aux mille dangers et remporter la victoire face à ces chats malicieux.

Routinier, c’est un terme que nous utilisons régulièrement pour décrire une situation habituelle qui nous rassure, marcher en terrain connu, c’est ce qu’on appelle également les rouages du quotidien. Ainsi, on s’attache promptement à ce sentiment bienveillant, celui d’être emmitouflé dans une couverture de sécurité et de se sentir invincible en toutes situations. Mais à contrario, ne jamais faire face aux risques, c’est aussi le meilleur moyen de se lasser rapidement d’une expérience, de céder à l’indifférence et d’accroître de la frustration. New Super Lucky’s Tale retranscrit parfaitement ce ressenti, c’est une expérience qui cherche uniquement à puiser son inspiration dans le traditionnel et la nostalgie en évitant de prendre des risques. Alors, attention, il ne s’agit pas d’affirmer que le jeu est mauvais, car il regorge de bonnes idées aussi bien dans le level design que dans la progression, mais sachez que l’expérience ne cherchera jamais à être audacieuse, ni mémorable, car ce n’est pas la priorité des développeurs. Ainsi, la plus grande qualité du jeu va orienter l’expérience avec une ironie provocante vers son plus grand défaut. Faire face à une telle contradiction va nous amener vers une certaine ambiguïté dans la perception que l’on peut avoir de cette curieuse aventure, l’heure est aux explications.

La diversité au cœur de l’expérience

Lucky est un personnage fort attachant, bien que son design tranche avec cette idée puisqu’il manque cruellement de personnalité à ce niveau. Il me rappelle brièvement ces nombreux héros de jeux de plate-formes qui faisaient les beaux jours de la Playstation première du nom, mais qui sont malheureusement tombés dans l’oubli par ce manque de rigueur à ce sujet, à l’image de Gex, Tombi ou encore le renard Kingsley.  Toujours souriant et de bonne humeur, c’est un véritable plaisir de prendre en main le personnage tant ses contrôles se révèlent précis et intuitifs. Ainsi, il ne faudra point attendre des lustres avant de maîtriser l’ensemble des mouvements du jeune renard et ainsi profiter de toutes les facettes du gameplay offertes par le jeu et son incroyable diversité.

Car oui, parlons de la diversité, c’est avec cet élément concret en tête que l’équipe de développement a certainement cherché à bâtir New Super Lucky’s Tale en priorité, en prenant le plus grand soin de varier les situations histoire de donner aux joueurs le sentiment de franchir constamment de nouvelles épreuves. Que ce soit dans l’élaboration des environnements, comme dans la construction des niveaux, on a rarement l’impression de vivre deux fois la même chose. L’histoire du jeu se découpe en plusieurs mondes aux visages bien différents et à la population locale bien définie et dont le design se révélera très inégal par moment pour ne pas dire de mauvais goût. On y retrouve ainsi les incontournables tels que le monde à la végétation luxuriante, le monde désertique où le sable règne en maître ou celui habité par des fantômes et autres joyeusetés du même genre. Une fois encore, malgré la variété dans les paysages, difficile de nier que l’originalité ne prime pas ici, le studio reste cloué dans les conventions.

Néanmoins, chaque environnement bénéficie d’un soin tout particulier d’un point de vue esthétique rendant leur exploration agréable à parcourir. On y trouve véritablement un esprit cartoonesque avec New Super Lucky’s Tale et sa dose d’humour se permettant même d’abuser de satire parfois en se moquant ouvertement de certaines classes sociales, mais sans jamais chuter dans l’arrogance. Que ce soit dans l’ambiance festive qui anime l’aventure, ses musiques enjouées (mais trop effacées) qui accompagnent subtilement l’action ou dans sa direction artistique colorée et naïve, on y trouve une belle cohésion entre ces divers éléments qui donne une saveur délicate à tout ce petit monde. Ce que l’on regrettera néanmoins, c’est que la qualité du portage vers la Switch amène son lot de déceptions techniques et peine ainsi à rendre justice aux différents artistes qui ont donné vie à ce jeu. Entre les baisses de framerate, les textures baveuses et les effets visuelles un peu cheap, il aurait été appréciable que les développeurs puissent prendre un peu plus de temps pour optimiser cet aspect.

Un level design joyeux à défaut d’être audacieux

New Super Lucky’s Tale se présente avant tout comme un jeu de plate-formes à succession de niveaux et comme tous les titres qui arborent ce concept, celui-ci se doit d’être impeccable sur le plan du level design. Et s’il y a un élément à retenir et que les petits gars de Playful ont su mener avec intérêt, c’est bel et bien cet aspect là. Sans être un bijou de conception, les aventures de Lucky présentent quelques niveaux bien solides, élaborés avec précision pour rendre la traversée amusante et confortable pour le joueur. Le studio a même pensé à construire ses niveaux en prenant en compte la palette de mouvements de l’animal, notamment sur sa capacité de creuser et déambuler sous la terre. Cela peut paraître tout à fait anodin pour vous, mais sachez que le travail autour du level design demande une once de minutie et de patience, deux qualités que Playful semble avoir pris au sérieux et nous pouvons naturellement les applaudir pour ça.

En plus d’avoir pris le plus grand soin à bâtir des niveaux réussis, il est également important de relever la grande diversité de ces derniers. Entre les séquences en 3D, ceux en 2D, les énigmes, les mini-jeux et j’en passe, le voyage à ce mérite de ne jamais nous ennuyer et de renouveler constamment son sujet. Le seul bémol réside peut-être dans le contraste que cela apporte entre chaque tableau. C’est bien trop souvent hétérogène pour permettre d’y trouver une continuité harmonieuse entre eux. On pourrait trouver ça négligeable au premier abord, mais il est important d’élever une cohérence dans la structure de sa progression. Ici, on a parfois le sentiment que les éléments sont placés aléatoirement, il n’y a pas de choix logique qui peut nous amener à comprendre le pourquoi du comment. C’est d’autant plus dommage quand on sait que cette nouvelle licence peut prétendre à plus d’ambition de ce côté-là.

Impossible cependant de nier la présence de la patte Nintendo dans les mécanismes et les règles établies, notamment si on se tourne vers Mario et Donkey Kong Country Tropical Freeze qui sont tous deux une source d’inspiration évidente pour le studio texan. Sans jamais égaler ces deux références, le titre de Playful s’évertue tout de même à vouloir s’imposer face aux productions du constructeur japonais. Mais là où Nintendo et Retro Studios savent qu’il est important d’être entreprenant pour surprendre le joueur et lui offrir des séquences mémorables, New Super Lucky’s Tale ne prendra malheureusement jamais cette peine d’aller de l’avant et préférera rester concentrer sur le conventionnel pour rassurer le joueur et le conforter dans ce qu’il connaît. Alors, certes, la question n’est pas de savoir si le jeu doit franchir la frontière du risque-tout, mais plutôt celle de se demander si le manque d’audace ne va pas créer une indifférence dans l’esprit du joueur. La réponse est malheureusement dans l’affirmative, puisque la seule réaction possible avec ce choix, c’est de terminer ce joli périple avec ce goût amer d’inachevé, de rester tristement sur notre faim alors qu’on a envie de l’aimer ce jeu, c’est diaboliquement frustrant.

Un voyage sans crainte et un final qui pointe rapidement le bout de son nez

Vaincre les forces du mal, c’est un travail dangereux qui demande un minima de temps, de vigilance et de patience… généralement. C’est regrettable qu’avec New Super Lucky’s Tale cette règle ne s’applique pas, rendant notre expédition bien trop calme, à la limite de la simple croisière. Ainsi, le danger ne semblera jamais menaçant et les tableaux se traverseront avec une facilité presque déconcertante. Certes, les développeurs ont pris soin de placer quelques objectifs secondaires pour nous offrir un peu de challenge et c’est bien joli tout ça, mais cela ne suffira jamais à couper notre soif de challenge. Ainsi, pour goûter au danger véritable, il faudra terminer la campagne principale dont la durée de vie est bien trop courte (entre cinq et dix heures pour en voir le bout) et profiter des quelques niveaux supplémentaires qui relèvent la difficulté du jeu. Seulement, est-ce suffisant pour satisfaire les amateurs du genre ?

Cette fois-ci, la réponse est dans la négative. Il aurait été fort appréciable que New Super Lucky’s Tale nous oppose une forme de résistance, car c’est avec cette idée que la fierté s’élève une fois que l’on surmonte une rude épreuve, on a l’impression d’avoir accompli une lourde tâche. C’est une donnée importante à prendre en compte, aussi bien pour le joueur que pour le genre. Traverser un sentier sans subir de contrainte, c’est comme pratiquer un sport de combat sans tenter de nouvelles approches, c’est bien sympa tout ça, mais ce n’est ni réellement jouissif, ni enrichissant.

Une oeuvre enchaînée dans le passé
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Une oeuvre enchaînée dans le passé

Le petit renard est bien chanceux, car malgré les nombreux défauts qui parsèment son aventure, le titre dégage un charme indéniable qu’il serait malvenu de ne pas mettre en avant. C’est avec un plaisir non dissimulé que l’on déambule avec grâce et agilité dans les différents niveaux qui cimentent cet univers festif. Mais là où le bât blesse, c’est quand le studio s’engage sur une formule déjà existante et essorée jusqu’à la moelle sans jamais prendre le temps de la moderniser. New Super Lucky’s Tale se contente uniquement d’user de mécanismes conventionnels, mais ne prendra jamais de risque. En résulte une expérience satisfaisante, mais globalement insuffisante pour prétendre à devenir une référence et siéger aux côtés des plus grands.

Les +

  • C’est mignon et coloré
  • Lucky est agréable à contrôler
  • Un Level Design de qualité
  • De la diversité dans les environnements et dans les situations
  • Quelques bonnes idées
  • Du contenu post-game
  • Des musiques de qualité…

Les -

  • Une progression trop conventionnelle
  • Un manque d’harmonie globale
  • Le design des personnages secondaires
  • Bien trop facile
  • Bien trop court
  • Ne va jamais au bout de ses idées
  • … mais effacées
  • Vite oublié une fois l’aventure terminée
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A propos de l'auteur :

BQuentin

J’ai découvert le jeu vidéo avec la toute première console portable de Nintendo, à savoir le Gameboy et son inoubliable Super Mario Land.

a écrit 122 articles sur Switch-Actu.

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