Si vous avez suivi l’actualité de ces derniers mois, vous n’êtes pas sans savoir que Microsoft a brisé un certain statu quo en annonçant que plusieurs jeux estampillés Xbox Game Studios allaient franchir les vertes frontières de la Xbox pour débarquer sur PS5 et Switch (à une époque où la Switch 2 n’était même pas officielle). Dans la continuité de cette politique, la Switch 2 accueille aujourd’hui South of Midnight, un jeu développé par Compulsion Games et sorti à l’origine sur Xbox en 2025. Valait-il la peine de faire ce voyage entre Microsoft et Nintendo ? Oh que oui : si vous ne possédez pas de Xbox et que votre Switch 2 se languit, voilà une aventure qui va vous mettre des étoiles dans les yeux.
Quand Blackwater rencontre Tim Burton
South of Midnight est un jeu particulier à plus d’un titre. Déjà, pour son setting rarement représenté dans les jeux vidéo : l’intrigue prend place dans la ville fictive de Prospero, située dans le sud des États-Unis. Il ne sera cependant pas question d’esclavagisme ou de la guerre de Sécession mais d’une histoire moderne et féérique. Nous incarnons la jeune Hazel Flood dont la vie bascule le jour où sa mère, Lacey, disparaît dans une effroyable tempête. Bien déterminée à la retrouver, Hazel se lance à corps perdu dans sa recherche qui prend un tournant ésotérique.
La magie s’invite bien rapidement dans ses projets, notamment quand Hazel se révèle être une Tisseuse, une magicienne capable de voir les Fils et les Séquelles, des manifestations physiques de blessures et de traumatismes trop longtemps enfouis. Armée de tout un arsenal inspiré des outils du tricot et de la broderie, notre héroïne se retrouve bien pourvue pour guérir les gens qu’elle rencontrera et affronter les redoutables créatures qui lui barreront la route. Sans spoiler, South of Midnight délivre un récit sombre, multipliant des sous-intrigues toutes plus terribles les unes que les autres, sans hésiter à explorer des sujets profonds, notamment celui de la maltraitance infantile. Son trigger warning affiché au tout début n’est pas là uniquement pour faire joli, tenez-le vous pour dit.



Le Bayou du Diable
Toujours dans le but de trouver la mère d’Hazel, South of Midnight partage son gameplay entre une bonne dose d’exploration et de nombreux affrontements. En utilisant les pouvoirs de Tisseuse, nous nous aventurons dans des zones richement décorées, bourrées de vie et de détails qui rend l’exploration du jeu dense et grisante. De nombreuses actions seront utilisées pour progresser entre sauter, planer, escalader, utiliser un grappin, pousser ou tirer des éléments. Contrôler Hazel est une expérience très dynamique, d’autant plus que nous ne sommes pas en présence d’un monde ouvert mais de zones fermées, bien que très vastes. Vous ne vous perdrez jamais dans les paysages de South of Midnight mais leur beauté et leur richesse en contenu sont amplement suffisantes pour ressortir repu de sa session de jeu.
Petit encart technique. L’expérience de South of Midnight sur Switch 2 est positive dans l’ensemble. Si le Mode TV rend justice à la beauté des décors du jeu, j’avoue avoir été moins convaincu par le Mode Portable que j’ai trouvé un brin flou par moment. Les environnements étant riches en détails, je ne suis pas sûr que l’écran de la Switch 2 soit adapté pour une bonne lisibilité en toute circonstances. En tous cas, j’ai largement préféré ma partie sur un écran TV. Côté framerate, j’ai noté quelques chutes dans les coins les plus fournis mais rien qui ne me donne envie de foncer sur une autre plateforme. Non, South of Midnight est tout à fait honnête sur Switch 2 et ne donne pas le sentiment d’une version au rabais. À mes yeux, un seul cas de figure justifie de privilégier la Xbox, le PC ou la PS5 : celui où vous ne jouez à votre Switch 2 qu’en Mode Portable. Si vous préférez le Mode TV et que la Switch 2 est votre plateforme principale, South of Midnight est tout à fait plaisant dessus.



Le level-design est intéressant dans la mesure où il propose de nombreuses zones et passages optionnels à visiter, le plus souvent pour mettre la main sur des collectibles et un équivalent de points de compétences. On pourrait regretter une certaine absence de subtilité pour ce qui est de l’escalade dans la mesure où seules certaines portions des murs et de rebords sont compatibles et indiquées par des grosses marques bleues parfois peu naturelles. Une autre frustration que j’ai ressentie est liée à la structure un brin répétitive du gameplay qui vous demandera régulièrement de nettoyer des Séquelles, ce qui impliquera d’explorer une zone, de trouver trois à quatre points d’intérêt pour ensuite s’achever par une course-poursuite avec une étrange entité faisant partie intégrante de l’intrigue. Si le système en lui-même est intéressant, il a tendance à un peu trop se répéter pour son propre bien.
Ceci dit, explorer les somptueux niveaux de South of Midnight est un véritable plaisir : le folklore du sud des États-Unis laisse sa marque absolument partout entre les marécages infestés de crocodiles, les montagnes vertigineuses et les innombrables créatures que vous rencontrerez. Au-delà de son appropriation de légendes populaires comme Two-Toe Tom et de Huggin’ Molly, South of Midnight crée sa propre identité avec un chara-design très réussi et surtout de splendides animations en stop-motion qui donnent une dimension magique à chaque cinématique.



Fight Club
Si on pourrait tout à fait se contenter de la beauté de ses environnements, South of Midnight n’est pas seulement une belle balade, il s’agit aussi d’une épopée. Hazel affrontera de nombreuses menaces sous la forme des Hanteurs, des créatures très agressives et issues de traumatismes refoulés. À la manière d’un Bayonetta ou d’un Okami, les affrontements sont toujours dans des lieux spécifiques et en arènes fermées : peu de risque donc de tomber sur un ennemi embusqué pendant les phases d’exploration qui sont déjà riches en dangers mortels.
Face aux Hanteurs, les outils d’Hazel seront indispensables ! Les capacités qu’elle utilise en extérieur trouvent toute leur utilité en combat : il est possible d’engluer les ennemis dans du fil pour les immobiliser quelques instants, d’attirer à nous les plus petits et même d’en posséder certains pour retourner les situations à notre avantage. Plutôt que de privilégier la force brute, il est plus sage d’esquiver et de se repositionner régulièrement car les Hanteurs ont tôt fait de nous massacrer si on devient trop imprudent. De ce point de vue, South of Midnight propose des affrontements à la difficulté relevée, surtout en mode Difficile, mais pas de quoi bloquer non plus : j’ai eu quelques game over dans ma partie en mode Normal, le plus souvent lors de combats, mais je n’ai jamais eu un vrai sentiment de frustration.



Conclusion - Un conte original et perturbant
South of Midnight est une expérience résolument à part dans le paysage vidéoludique. Entre son univers riche et bien exploité, son chara-design spécial et son gameplay mêlant challenge et apaisement, le jeu nous propose une épopée retorse à bien des points de vue. Ajoutez à cela une technique plutôt positive qui pourrait sans doute bénéficier d’un patch et vous vous retrouvez avec un nouveau jeu très plaisant sur votre Switch 2 !
- Une DA somptueuse
- Le folklore du sud des États-Unis
- Des affrontements intéressants
- Une exploration riche et dense
- Une bonne durée de vie
- Une structure un poil répétitive à force
- Quelques chutes de framerate
- Un level-design parfois un peu basique

