TEST – Dragon Quest Builders

Créer, construire, déconstruire, innover. Prendre des idées, entrevues çà et là, les intégrer dans sa formule, les améliorer. Si vous ne comptez plus les heures passées dans votre enfance à manipuler des briques colorées d’un célèbre fabriquant de jouets danois, vous connaissez très certainement cette joie d’expérimenter de nouvelles constructions et la satisfaction une fois votre œuvre terminée. Ce sont ces sentiments-ci, en plus d’autres ingrédients, qui ont contribué au succès colossal et inattendu de Minecraft. Mais pour certains joueurs, l’aspect “création” ne suffit pas et ils n’ont jamais cédé aux sirènes du jeu des Suédois de chez Mojang. La création doit répondre à un besoin. Et quel meilleur besoin que de reconstruire un monde totalement dévasté ? Voilà le synopsis de Dragon Quest Builders. Joueurs, à vos outils : la tâche qui vous incombe est colossalement délicieuse.

Le monde d’Alefgard a besoin de vous !

Amnésique, après un sommeil de plusieurs années, vous vous réveillez dans un monde en ruines. Des villes autrefois si prospères il ne reste que quelques murs porteurs, vestiges d’une guerre qui opposa les habitants de la région à l’armée de monstres envoyées par l’infâme créature qui désirait semer la destruction. Cela ne vous rappelle rien ? Je ne suis pas en train de vous narrer la trame de The Legend of Zelda: Breath of the Wild mais le synopsis de Dragon Quest Builders présente quelques similitudes avec le chef-d’œuvre absolu de Nintendo. Il existe néanmoins une légère différence… Un détail subtil, mais qui va peser lourd dans la balance : vous n’êtes pas un héros. Vous n’êtes pas celui qui terrassera Lordragon de la pointe de votre épée. La voix qui résonne dans votre tête, à la différence de la Princesse Zelda, ne vous encourage pas sur ce chemin. En revanche, vous possédez un don : celui de construire, celui de créer. À peine avez-vous ramassé une branche d’arbre que vous découvrez instantanément comment confectionner une batte ; à peine avez-vous ramassé des herbes que vous comprenez comment en extraire un baume de soin pour panser vos plaies. À peine avez-vous récolté d’autres matériaux que vous savez comment édifier des murs, des portes, des outils, des ateliers et nombre d’objets.

C’est ainsi que vous allez sauver le monde : en le reconstruisant. Très vite, après être sorti de la grotte dans laquelle vous étiez plongé dans un sommeil profond, vous allez tomber sur les ruines d’un village. Votre activité de rénovation au sein des ruines fera venir un, puis deux, puis trois pèlerins qui auront été attirés sur la place centrale. Puis d’une place, sortiront des maisons, et adossés à celles-ci, des ateliers où les pèlerins commenceront à s’affairer. Ainsi naîtra un village qui accueillera de plus en plus d’habitants. Ce sont ces habitants qui vous donneront la plupart de vos quêtes. Au début de l’aventure, celles-ci sont principalement à visée didactique : on vous enseigne immédiatement le goût de la récolte des matériaux, et de leurs combinaisons dans le but de créer de nouvelles pièces d’équipement, de nouveaux outils ou encore de nouveaux objets de construction. Ces tutoriels sont très plaisants : jamais redondants, ils apprennent les bases tout en venant réveiller la fibre créatrice sous-jacente à chaque joueur. En effet, on comprend très vite que les possibilités qui s’offriront à nous sont gigantesques et nécessiteront des heures et des heures de pratique avant d’en avoir fait le tour.

Des possibilités vertigineuses

Prenons un exemple concret. Grâce à des branches que vous ramassez, vous allez pouvoir tailler un bâton qui vous sera utile pour casser des blocs de terre afin de collecter cette dernière. Avec cette terre et des herbes que vous aurez réunies, vous allez pouvoir dresser les murs d’une pièce avec une porte d’entrée. Vous venez de créer une salle vide, que vous remplirez avec un lit tressé à partir des herbes, ainsi qu’une torche confectionnée grâce à des branches et d’une substance récoltée après avoir occis quelques gluants qui gambadent autour de votre village : cette salle vide vient de se transformer en chambre à coucher ! Et ce n’est pas fini : en ajoutant quelques éléments qu’il est possible de créer plus tard dans l’aventure, vous pourrez la convertir en chambre individuelle ou au contraire en grande auberge qui accueillera des voyageurs s’établissant dans votre village.

Dans Dragon Quest Builders, chaque chose que vous ramassez aura son importance tôt ou tard. Par exemple, lorsque vous serez capable de miner des blocs de cuivre, vous pourrez dans un premier temps les convertir en lingots qui rentrent dans la composition d’une tenue ou encore d’un bouclier. Mais, plus tard et au gré de la découverte de nouveaux outils de création, vous apprendrez à forger ces lingots en une longue épée de cuivre qui vous était inaccessible dans un premier temps. Bien souvent, vous allez donc amasser des ressources qui vous seront utiles dans l’immédiat et, alors que vous pensiez en avoir extrait toute la moelle, toute la substance, tout ce qu’il était possible d’en tirer, vous découvrirez de nouveaux moyens pour les associer à de nouveaux et même d’anciens matériaux afin de créer quelque chose d’inédit. Vous allez donc devoir parcourir les contrées d’Alefgard pour trouver de nouvelles plaines où abattre des arbres, de nouvelles grottes où excaver du minerai et des ruines pas encore découvertes où ouvrir des coffres contenant des matériaux utiles à votre progression.

Le titre pousse constamment le joueur à l’exploration à travers plusieurs mécaniques. La première, c’est via des recettes ou plans devinés lorsque de nouveaux matériaux sont récoltés ou de nouveaux outils de création sont fabriqués. Il vous manquera très souvent tel ou tel ingrédient nécessaire à la réalisation de ces schémas et il faudra s’équiper pour partir en expédition afin de les dégoter. La deuxième mécanique est via la réalisation artistique et le level design du monde. Les personnages nés de l’imagination d’Akira Toriyama (le papa de Dragon Ball) sont mignons tout plein et leur dessin rond tranche avec celui, cubique, du monde qu’ils parcourent. Cet aspect enfantin donne réellement envie d’explorer, et comme il ne sera pas rare d’apercevoir une grotte ou encore une construction sortant de l’ordinaire après avoir escaladé une colline, votre excursion va se poursuivre encore et encore. Enfin, il existe une troisième mécanique qui pousse à l’exploration : chaque action que vous effectuez dans Alegard a des conséquences durables. Ainsi, si vous abattez tous les arbres à proximité de votre village, vous devrez aller exercer vos talents de bûcheron de plus en plus loin si vous ne replantez pas des graines obtenues à leur chute. De même, les sentiers que vous aurez pu dégager lors de l’ascension d’une montagne sont permanents, vous facilitant la tâche lorsque vous devrez retourner dans un coin en particulier. Quelques éléments repoussent néanmoins, comme par exemple les herbes, les fleurs et…les monstres.

Un jeu de construction, et d’action

Tout à l’heure, je vous disais que “votre excursion va se poursuivre encore et encore”, mais il y a deux petites choses auxquelles vous devez faire attention. Votre personnage a son estomac qui se creuse à mesure qu’il creuse la pierre : il faudra veiller à l’alimenter grâce aux fruits trouvés dans la nature et aux plats mijotés dans la cuisine. Si sa jauge de faim tombe à zéro, chaque action de votre part entamera sa jauge de vie. Une jauge de vie, dans un jeu de construction ? Dragon Quest Builders est aussi un jeu d’aventure, d’action, où vous devrez pourfendre les monstres qui se dresseront sur votre chemin. Les inoffensifs gluants du tout début de l’aventure laissent vite place à des squelettes et autres esprits qui vous poursuivront sans relâche. Pour ce faire, vous devrez utiliser les outils et/ou les armes que vous aurez fabriqués (tous les outils ont d’ailleurs une durée de vie et s’usent), qui sont plus ou moins efficaces. Votre personnage ainsi que votre équipement disposent de statistiques qu’il conviendra d’augmenter en mangeant des graines de vie, en confectionnant des armures plus solides et en forgeant des armes plus efficaces. Les combats ne posent en général pas de problème, car l’IA ennemie est assez bête : érigez une fortification de votre ville avec un mur de pierre et des chausses-trappes, placez-vous de l’autre côté du mur et les monstres s’empaleront dedans aussi longtemps que nécessaire.

En revanche, il peut être assez difficile dans les premières heures de jauger l’allonge de votre arme, et il ne sera pas rare de rentrer dans votre ennemi, ce qui vous causera des dégâts. De même, attention lors des combats de boss de ne pas attirer d’autres monstres : la situation peut vite devenir compliquée, de surcroit si la nuit tombe. Car la nuit, des monstres supplémentaires apparaissent et vous pourchassent. Si vous êtes loin de votre village entre chien et loup, il est alors préférable de se construire un abri pour la nuit afin de récupérer vos forces. Car la mort est plutôt punitive dans Dragon Quest Builders : lorsque vous passez à trépas, une bonne partie de votre équipement est laissée sur place alors que vous êtes téléportés dans votre village. À vous de repartir sur les chemins, pour récupérer le contenu de votre sac. À noter que les grosses chutes sont aussi fatales. Cela n’occulte pas le fait que Dragon Quest Builders est un titre très accessible. La difficulté est bien dosée, et tout est suffisamment bien expliqué pour ne jamais se perdre.

Des centaines d’heures de jeu en perspective

L’essentiel, lorsqu’on construit une maison, est de disposer de bonnes fondations. Une fois qu’elles sont posées, toute sorte de fantaisie peut être imaginée pour ériger un bâtiment durable et plaisant. Cela s’applique aussi au jeu vidéo et là-dessus, celles de Dragon Quest Builders sont très solides malgré quelques défauts de conception. On pourra par exemple pester sur une caméra pas toujours très pratique ainsi qu’un inventaire à rallonge où il devient vite difficile de se repérer, tout comme un manque de précision lorsqu’on veut disposer les éléments (un mode “précision” est disponible : il faut appuyer sur les gâchettes L et R en même temps). Néanmoins, ce ne sont que de très petites ombres d’un tableau presque idyllique, et gigantesque. En effet, si l’aventure vous emporte, vous en aurez pour des centaines d’heures avant d’en faire le tour. Outre la quête principale (très drôle soit dit en passant) et les très nombreuses combinaisons à découvrir, le jeu se dote d’un mode Terra Incognita où, à la manière d’un Minecraft, vous pourrez donner libre cours à votre imagination. Affranchi de l’aventure principale et de ses contraintes, le joueur peut empiler les blocs et les décorations comme bon lui semble afin de créer la construction de ses rêves. Cela aurait été vraiment parfait si le partage des créations s’effectuait de manière plus simple. Las, Square Enix n’a pas mis à la disposition des joueurs un outil de partage performant. Quand j’étais enfant, j’étais tout fier de prendre ma construction en Lego dans mes petites mains, et d’aller la montrer à mes parents. Cette situation n’est que difficilement transposable en ligne dans Dragon Quest Builders, la faute au système de partage, donc. C’est dommage !

Toutes ces heures vont s’enchaîner sans les voir passer, en particulier sur la dernière-née de chez Nintendo. L’aventure de Dragon Quest Builders est parfaitement taillée pour la Nintendo Switch, et encore d’avantage en mode portable. D’un point de vue purement technique, le jeu tourne en 720p et 60 fps ce qui, vu la direction artistique cubique du titre, n’est pas un défaut. En téléchargement, il ne pèse qu’un peu moins de 900 Mo. Par contre, la durée de charge de la batterie se situe dans la fourchette basse : comptez entre 2:30 et trois heures en fonction de la luminosité et de la connectivité, soit, encore et toujours, comme un certain Breath of the WildMais disposer d’un tel concentré de création au creux de la main est jouissif, et pouvoir laisser s’exprimer sa créativité partout, à n’importe quel moment, un véritable bonheur. Je me souviens encore une fois de quand j’étais enfant, et que nous partions en vacances avec mes parents. Je voyais des maisons au style que je ne connaissais pas, des constructions alambiquées, des couleurs nouvelles, et lorsque nous rentrions des vacances je prolongeais celles-ci en allumant mon ordinateur pour reproduire dans les Sims les édifices que j’avais vus. Pouvoir épancher sa soif de création à chaque fois qu’une nouvelle idée nous vient est un délice, et c’est pour cela que je recommande même l’achat du jeu sur le Nintendo eShop afin de le transporter en permanence avec soi. Le titre se prête aussi bien à de longues qu’à de courtes sessions car il y a toujours quelque chose de petit ou de grand à faire, et c’est pour ces raisons qu’à mon sens la version pour Nintendo Switch est la version ultime du jeu.

  • Avis Final - 90%
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Résumé

Une réussite totale : voilà comment on pourrait définir le titre de Square Enix. Long, amusant et disposant de qualités aussi nombreuses que de possibilités à tester, Dragon Quest Builders est un excellent jeu qui arrive sur Nintendo Switch dans une version parfaitement calibrée. Reposant sur des fondations de gameplay solides, laisser s’exprimer sa création pour édifier et aménager des bâtiments n’a jamais été aussi amusant. Les nombreuses heures que vous passerez à arpenter Alefard, combattre des monstres et récolter des ressources s’empileront sans peine et sans jamais voir le temps passer, d’autant plus dans un mode portable qui ne souffre d’aucune concession par rapport au mode dock. Bâtisseurs en herbe, la meilleure version de Dragon Quest Builders est sur Nintendo Switch. Qu’attendez-vous pour débuter l’aventure ?
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Metabee
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Joueur de 25 ans qui aime les jeux de plateforme, de sport, d'aventure, de réflexion, et la tartiflette. Kostas FC