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Nintendo of America : D’autres contractuels témoignent

Déjà épinglée après de nombreux témoignages faisant suite à une plainte déposée le 15 avril dernier au NLRB, la filiale américaine de Nintendo a fait l’objet de deux enquêtes menées en parallèle par des poids lourds de la presse spécialisée : Kotaku et IGN. Les résultats de chacune d’elles se corroborent mutuellement et dressent un tableau accablant pour Nintendo of America. L’entreprise accueille certaines des pratiques les plus problématiques dans le monde du travail. Ces dernières se sont multipliées durant la décennie passée, au point de dégoûter certain·es employé·es qui avaient rejoint la compagnie durant l’âge d’or de la DS et de la Wii.

La multiplication des contrats courts

Ce que l’on qualifie de CDD en France est déjà une situation précaire, d’autant plus avec les dernières réformes qui allongent le temps de travail minimum pour toucher l’allocation chômage. Mais aux États-Unis, cela peut tourner au cauchemar. L’absence de sécurité sociale gérée par l’État implique souvent de recourir à une mutuelle qui peut être prise en charge par un employeur. En l’occurrence, de tels bénéfices sont bien plus avantageux et sécurisants pour des employé·es en CDI à temps plein que pour les autres. Mais ils sont aussi un coût pour une entreprise qui, si elle cherche à maximiser son bénéfice, peut multiplier l’emploi de contractuel·les et autres intérimaires pour faire des économies. Les personnes interrogées par Kotaku témoignent de cette stratégie. L’entreprise leur octroie des contrats courts et successifs de 11 mois avec une durée de pause obligatoire de 2 mois entre chaque. Bien entendu, il n’y aucune garantie de retrouver un contrat, et la “pause” peut s’éterniser, donnant un accès au chômage, mais aucune couverture médicale.

Ces méthodes ont déjà pu être employées par des géants américains de la tech comme Microsoft, qui avait alors perdu un procès à 97 millions de dollars contre des milliers d’ “intérimaires permanent·es”. L’enquête d’IGN corrobore ces pratiques chez Nintendo of America et met en lumière les départements les plus touchés, principalement les relations clients et le test/débug. Jenn, une ancienne contractuelle qui a travaillé 10 ans chez Nintendo of America, raconte le changement d’ambiance qui s’est opéré durant l’ère 3DS/Wii U :

Quand je suis arrivée [en 2009 ndlr], les temps partiels et contrats courts avaient une chance de se faire embaucher pour de bon. Tu pouvais être à la réception téléphonique de NoA et devenir red-badger [surnom donné aux employé·es en CDI ndlr]. Donc j’ai commencé à viser cet objectif, je visais haut et j’essayais de traiter le plus de demandes possibles. Juste avant que je revienne [elle a eu un arrêt de travail prolongé en 2015 ndlr], un manager m’a appelée en me disant “Écoute, on voudrait vraiment que tu reviennes, mais tu dois savoir que les choses ont beaucoup changées ici. On va devenir un nouveau genre de centre d’appels”. Ça m’a vraiment inquiétée, parce que l’atmosphère était très familiale quand je suis arrivée. Certains managers de l’époque sont aujourd’hui des amis proches.

Deux catégories de salarié·es

Les nombreux témoignages recueillis par Kotaku et IGN tendent vers un triste constat, à savoir un système à deux vitesses selon que vous soyez véritablement salarié·e ou simple intérimaire. On y décrit une ambiance assez malsaine au siège de Redmond, où ne serait-ce que rester un peu trop longtemps dans le hall chatoyant du bâtiment principal ou dans le café Mario aménagé à l’intérieur est mal vu. Les contractuel·les sont en effet tenu·es à l’écart dans un autre immeuble. Il y a également des exclusions de plusieurs activités au sein de l’entreprise comme les fêtes de fin d’année ou les groupes de discussion. Il s’agit là de pratiques courantes d’après IGN, mais qui démoralisent fortement les salarié·es et installent un climat dans lequel les temps partiels et CDD sont considéré·es comme des employé·es de seconde zone chez Nintendo of America.

On pourrait se dire que ce n’est finalement pas grande chose, mais il y a aussi le salaire qui entre en jeu. Nombre de testeur·euses témoignent ne toucher que $16 de l’heure, ce qui est moins que le salaire minimum de la ville voisine de Seattle dans l’un des marchés immobiliers les plus chers du pays. Certains témoignages font véritablement froid dans le dos, comme celui de Jelena Džamonja pour Kotaku. Elle raconte ce qui lui est ainsi arrivé début 2020. Alors qu’elle marche vers son travail par une journée particulièrement neigeuse, elle glisse sur du verglas et se cogne la tête. Elle pense d’abord ne pas s’être blessée gravement, mais réalise rapidement qu’elle a du mal à lire une fois à son bureau. Elle commence à s’inquiéter en se demandant si elle n’a pas une commotion cérébrale. Heureusement, il y a une clinique dans son immeuble.

Mais une fois sur place, elle déchante très vite. On lui assure qu’il est impossible de vérifier son état car elle n’est pas employée à temps plein de Nintendo of America et ne peut donc pas bénéficier de la mutuelle santé qu’offre l’entreprise. Elle demande donc à un collègue de la conduire aux urgences les plus proches, faute de soins sur place. Impossible à nouveau. Le collègue en question est, lui, un employé à temps plein. Le contrat de Jelena a en fait été signé avec Parker Staffing, une agence d’intérim. Par conséquent, on lui fait bien comprendre qu’il serait contraire à la politique de l’entreprise que son collègue la conduise hors de son lieu de travail. L’agence d’intérim n’a pas souhaité répondre aux questions de Kotaku.

Pas de perspective pour les contractuel·les

Le résultat d’un tel traitement est souvent un dégoût suivi d’un départ dépité des contrats courts. Cela ne profite en réalité à personne, puisque même les CDI à temps plein subissent les conséquences d’une telle politique. Avec des contrats de 11 mois, impossible d’avoir un suivi d’un projet au long cours par une même personne dans une équipe de temps partiels. Cela mène à des réorganisations constantes des managers, qui doivent réassigner les tâches et perdent donc du temps. Qui plus est, avec un renouvellement si régulier des effectifs (les précédant·es étant souvent trop dégoûté·es pour revenir), il faut à chaque fois repartir de zéro pour former les nouvelles têtes.

Les intérimaires ne sont par ailleurs pas en reste en terme de charge de travail, mais ne sont pas récompens·ées à la hauteur de celui-ci. Dans l’enquête de Kotaku, la perspective de progresser au sein de l’entreprise est décrite comme “une carotte suspendue à un bâton pour continuer à vous faire supporter un traitement indigne” par un employé anonyme. Même son de cloche dans l’enquête d’IGN où Jenn termine son témoignage par ce triste constat :

Vers la fin, je gérais une équipe de treize personnes pendant le lancement d’un produit, agissant comme cheffe des relations clients, publiant des articles d’aide pour le Wi-Fi pour la Wii, la Wii U et la Switch. Je modérais et produisais la documentation pour le forum. Dans le même temps, j’étais toujours chargée de prendre des appels et de gérer le chat avec les client·es. Je me demandais alors “Mais pourquoi je suis toujours contractuelle ?”.

Vous l’aurez compris, les témoignages ayant surgi sur les réseaux sociaux ainsi que la plainte déposée le 15 avril ne semblent pas être des cas isolés. Nintendo of America, comme de nombreuses entreprises de par le monde, a des pratiques coercitives qui entrent dans un contexte plus global d’ubérisation de nombre de salarié·es en situation de précarité. Encouragées par certaines politiques, ces pratiques sont néanmoins combattues à l’aide d’une tendance croissante à la syndicalisation dans le milieu du jeu vidéo. En France, cette dynamique a aussi pris de l’ampleur avec la création du STJV (Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo) en 2017.




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Source(s) :
Callisto

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Présentation : Joueur depuis mon plus jeune âge, j'ai grandi avec Nintendo et leur univers, donc je garde un affect, même si le JV en général me passionne tout autant. Je suis friand de J-RPG et de tout ce qui touche à Zelda et Metroid principalement, même si d'autre licences de Big N ont mes faveurs. Je reste malgré tout bon public et peux apprécier un large panel d'expériences.

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Longin

En France, on a des” freelance” qui sont surexploités et qui travaillent pour des studios, eux aussi ne sont pas plus protégés…

Longin

Prestataires, cdi intérimaires, freelance voilà l’ avenir des studios ! Flexibilité et rentabilité après il ne faut pas s’étonner des problèmes liés aux conditions de travail sans parler des Crunch et du arcelement.( quelque soit sa forme) En ce qui concerne les US si vous perdez votre travail, plus d’assurance santé donc vu comme ça oui c est pire ! Au Japon, on encore la mentalité du ” c est mieux avant ” avec une culture d entreprise très forte mais bon, on a encore ce fameux Karoshi ! (Et je ne parle pas de l intégration des étrangers et… Lire plus »