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Neo Cab, survie au bout de la nuit – TEST

Il est 01h35. C’est après avoir entonné « Take Me Home, Country Roads » à tue-tête au Happy Days que je quitte mes amis. Merde. Il est trop tard, il n’y a plus de métro à cette heure-ci. Tant pis, je sors mon téléphone de ma poche et ouvre Uber. Onze francs pour rentrer chez moi ? Vendu. En attendant mon transport, je m’interroge sur l’action que je viens d’effectuer ; appeler un VTC comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle du monde. Et que ferai-je quand les chauffeurs seront remplacés par des IA ? Serais-je aussi prompt à appeler une machine pour me ramener chez moi ? Je crois que jouer à Neo Cab m’a définitivement bousillé le cerveau.

Une Prius s’arrête à côté de moi : « Giovanni ? ». J’hoche de la tête et monte dans le véhicule qui s’élance sans bruit dans la nuit.

« Désolé, mais… vous en faites une tête ! » m’interpelle Juan, mon chauffeur. « Dure soirée ?

Pas vraiment, non, pour être honnête. C’est juste que la situation actuelle m’a fait penser à un jeu que je viens de tester, et ça m’a filé un coup de blues.

— Un jeu à tester ? Un truc où vous deviez rouler en ville, genre GTA ?

— Pas vraiment. C’est ce que l’on appelle un visual novel. Une sorte de livre interactif, si vous voulez. Au début, je pensais qu’on aurait à conduire le taxi du jeu, mais finalement pas. On se contente de choisir nos clients et les répliques qu’on va échanger. Ce qui n’est pas plus mal, au final.

— Vraiment ? Votre description me fait penser à un truc chiant comme la mort.

— J’avais aussi cette peur, au début. Puis finalement le tout est assez court et bien écrit pour qu’on ne s’ennuie pas. Et la musique qui accompagne nos transports rajoute au tout une espèce de… bref, je crois que je vous ennuie.

— Non, non, continuez !

— La musique est une musique d’ambiance assez peu remarquable en soi. Mais elle accompagne ce qu’on vit avec beaucoup de finesse. C’est comme vous là, vous avez du jazz à la radio. Je suis sûr qu’en journée, écouter du jazz vous fait copieusement chier. Mais là, la nuit, c’est parfait, pas vrai ?

— Puis ça plaît aux clients qui sortent de boîte. Ça leur offre un peu de repos avant de retrouver leur lit. Ça les calme.

— C’est exactement l’effet que m’a donné le jeu que j’ai testé, justement. Une sensation de calme. J’avais juste envie d’y jouer la nuit, avec un verre de vin à côté… »

Juan m’interrompt : « Faut pas conduire bourré, hein ?

— Non, bien sûr. Mais malgré tout, c’est ce que j’ai ressenti manette en main. Une espèce de torpeur. Un côté un peu lancinant. Comme si je conduisais en mode automatique, en me laissant plus porter par mon instinct que par mon cerveau.

— Je vois. Remarquez, si vous aviez une Tesla, dans le jeu, vous auriez pu conduire en mode automatique, hein.

— C’est rigolo que vous me parliez de ça : Neo Cab, le titre que j’ai testé, se passait dans le futur et avait pour thème de fond l’automatisation du travail, des relations humaines et, en l’occurrence, celle du métier de chauffeur. Vous n’avez jamais eu peur de vous faire voler votre métier par un robot, vous ?

— Oh, vous savez, moi j’ai 57 ans. Le temps que les robots soient assez au point pour me remplacer je serais probablement en train d’être bouffé par des vers de terre. »

J’esquisse un sourire : « Certes, certes, mais pour un jeune comme moi c’est une perspective assez effrayante.

Je peux tout à fait le comprendre.

— Comme si, in fine, les études qu’on a faites, les efforts qu’on a faits ne serviront à rien. Comme si l’homme n’avait pour but que d’être remplacé par des machines qui feront son travail mieux que lui, et pour moins cher. Mais en même temps comme si, dans l’état actuel des choses, tout ce qu’on fait c’est courir après l’argent. Salaire après salaire, juste payer ses factures, finir le mois à zéro, et recommencer. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas vraiment de satisfaction à en tirer.

— Ça n’a pas l’air très joyeux, votre truc.

— Ça ne l’est pas vraiment… Mais en même temps ça l’est un peu. C’est une espèce de célébration de la beauté des rapports humains, vous voyez ? Comme si la solidarité entre nous – entre précaires, c’est dit clairement dans le jeu, c’était un peu le seul truc qui nous retenait à notre nature humaine. Je sais pas. Ça m’a laissé une impression un peu douce-amère. J’ai apprécié.

— Mais du coup, c’est juste ça l’histoire de votre Neo Cab, là ? Vous vous baladez et vous baladez des gens ?

— Non, en fait c’est plus compliqué que ça : vous arrivez dans une ville futuriste de Californie pour y rejoindre votre meilleure amie, puis elle disparaît dans des circonstances étranges, et après vous devez rouler, rouler pour essayer de trouver des indices, rouler, aussi, pour gagner assez d’argent pour survivre.

— Rassurez-moi : ça finit quand même bien, j’espère ? »

J’hésite : « Je ne peux pas vous répondre. Même pas pour ne pas vous spoiler, mais tout simplement parce qu’il y a trois fins différentes dans le jeu, et un certain nombre d’embranchements dans chaque dialogue, qui rendent chaque partie unique. Heureusement, parce que sans ça, ça serait tout de même assez court.

— Du coup, si je résume bien, votre jeu c’est une espèce de livre dont vous êtes le héros sans grande interactivité et très court ?

— C’est exactement ça, mais c’est aussi plus que ça. Je pense qu’il faut y jouer pour s’en rendre compte… C’est joli, très bien écrit et émouvant. Ça m’a pas mal remué, pour être honnête.

— Je vois. Du coup ? Vous allez le recommander ou pas ?

— Je ne sais pas encore. C’est aussi pour ça que j’avais un coup de blues. C’est définitivement pas pour tout le monde. Mais pour les gens qui aiment, c’est exceptionnel.

— Pensez-y encore un peu avant d’écrire votre test du coup. Et en attendant… on est arrivés chez vous. Reposez-vous bien, Giovanni.

— Merci, et bon courage à vous pour la fin de soirée.

— Merci beaucoup, et n’oubliez pas les cinq étoiles !

— Oh non, je ne risque pas de les oublier, après avoir joué à Neo Cab… »

La voiture de Juan repart au loin et se fait rapidement dévorer par la nuit noire. Je me murmure à moi-même : « Par contre, je crois que vous venez de me donner une idée de test… »


La bande-annonce de Neo Cab

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Fascinant, mais pas pour tout le monde
  • Fascinant, mais pas pour tout le monde - 80%
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Résumé

Neo Cab est un visual novel, avec tous les défauts que ça comporte : peu d’interactivité, une certaine répétitivité… Mais la finesse de son écriture et l’intelligence de son propos, qui a l’habileté de ne jamais vraiment prendre parti, en font un indispensable du genre pour tous les amateurs et un titre que vous n’oublierez pas de si tôt tant il risque de vous bouleverser. Pour tous les autres, malheureusement, à presque 20€ les trois heures de jeu, je vous conseille d’attendre les soldes pour tenter l’expérience.

Les +

  • Très, très bien écrit
  • Prenant
  • Une ambiance inimitable
  • Une expérience à vivre
  • Bonne replay value grâce aux multiples fins et choix de dialogues
  • Vraiment émouvant
  • Très jolie direction artistique
  • Des personnages attachants
  • Un propos intéressant
  • Entièrement, et très bien, localisé en français

Les -

  • Trop court, on en aurait aimé encore
  • On ne conduit pas le taxi
  • Quelques chutes de framerate
  • Les visages manquent parfois un peu d’expressivité
Envoi
User Review
73% (2 votes)

A propos de l'auteur :

giomosby

Fan de consoles Nintendo et de jeux japonais depuis que je suis en âge de tenir une manette. Si je ne suis pas dispo, c'est probablement que je visite un parc Disney.

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2 commentaires pour “Neo Cab, survie au bout de la nuit – TEST

  1. merci pour ce test, bonne idée de rédaction,
    c’est exactement ce que j’ai ressenti en jouant à la démo, je ne savait pas à quoi je jouait, le système pour gérer les détecter les émotions est intéressent, mais on est pas vraiment libre de nos choix, peut être parce que c’est une démo..

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