Vous n’avez pas pu passer à côté si vous suivez un tant soit peu l’actualité politique : le président Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures visant à réduire l’impact des contenus numériques sur la jeunesse. En tête de gondole, on retrouve un projet d’interdiction des réseaux sociaux aux personnes mineures de moins de 15 ans. Mais, dans le lot, le chef de l’État a également annoncé vouloir une étude scientifique sur les liens entre le jeu vidéo et la violence des jeunes, relançant un débat sensible et vieux comme notre média préféré. Au risque de décevoir notre cher président, et comme l’ont très justement rappelé plusieurs syndicats français de profesionnel·les du jeu vidéo, les études existent déjà. Et elles concluent en grande majorité à une absence de lien.
Une absence de corrélation
Comme le dit l’adage on n’est jamais mieux servi·e que par soi-même. Aussi, nous avons entrepris de dénicher quelques études scientifiques de la dernière décennie sur les liens entre violence et jeu vidéo. Les méthodologies varient et chaque article ne rend pas forcément compte exactement du même phénomène. Certains consistent en des tests cliniques réalisés sur des échantillons représentatifs de quelques milliers de jeunes. D’autres ont préféré réaliser des études à plus grande échelle en comparant les statistiques de la criminalité avec les sorties de jeux vidéo très populaires incluant des représentations violentes. Enfin, quelques unes des études identifiées sont des méta-analyses, c’est-à-dire des revues de la littérature scientifique sur le sujet soit en quelque sorte une version plus robuste de ce que propose ce modeste article.
La plupart des articles scientifiques académiques sur le sujet concluent à une absence de corrélation : il n’existe aucun lien tangible entre violence des jeunes et exposition à des jeux vidéo violents. Et notons que nombre d’études sur le sujet sont étasuniennes, ce qui est d’autant plus probant étant donné la facilité d’accès aux armes à feu au pays de l’oncle Sam en raison du second amendement de sa Constitution. L’étude la plus alarmante que nous avons trouvée a spécifiquement choisi de placer des enfants et pré-adolescents dans un environnement contenant de véritables armes à feu (déchargées, pas de panique) pour tester leur comportement et leurs réactions. Autant dire qu’il faut pousser le bouchon assez loin pour commencer à s’inquiéter.
Loin des caricatures médiatiques associant violence et jeu vidéo
Parmi les différents articles académiques que nous avons consulté, certains autres méritent d’être cités car leurs conclusions et leur méthodologie sont plus subtils et intéressants que les avis tranchés et caricaturaux sur ce fameux lien entre violence et jeux vidéo. Une étude américaine a notamment cherché à comparer les jeux vidéo avec d’autres facteurs susceptibles de causer des comportements violents, comme le genre des individus, leurs problèmes de santé mentale ou encore leur environnement social. L’étude pointe vers ces facteurs personnels et sociaux plutôt que vers le jeu vidéo pour expliquer les comportements violents.
Une autre étude, australienne celle-ci, a étudié le cas spécifique des jeux vidéo présentant un aspect compétitif en plus de la violence, autrement dit des jeux PvP (player versus player, joueur contre joueur). Après avoir fait jouer 64 personnes à quatre versions différentes d’un même jeu vidéo en incluant ou non du contenu violent et du PvP, elle conclut à une absence de lien entre jeu vidéo et violence. En revanche, le PvP provoque bien chez les sujets une augmentation de l’agressivité, en particulier en cas de défaite comme on pouvait s’y attendre. L’étude souligne malgré tout que cette agressivité bien réelle ressentie par les personnes ne se traduit pas dans les faits par des actes violents par la suite.
Conclusions : ne laissez pas les enfants de 8 ans jouer avec des armes à feu (merci Sherlock) et évitez le compétitif si vous vous énervez facilement à la moindre défaite, et votre entourage devrait survivre à vos parties de jeu vidéo, et vice versa. Et pour les parents inquiets malgré tout, sachez que la fonctionnalité de chat vocal GameChat de la Switch 2 exige de toute façon un contrôle parental pour les moins de 16 ans.

