Les fans de Yakuza réclamaient un remake du troisième épisode depuis des années : sans doute l’un des épisodes canoniques les moins aimés, en partie à cause d’un rythme en dents-de-scie et d’un système de combat qui avait été rendu frustrant par le remaster paru en 2018 (au point d’être renommé « Blockuza 3 » par certain(e)s), le titre proposait néanmoins une ambiance peu commune, plus relaxante, personnelle et estivale, qui préfigurait en bien des points l’excellent Yakuza 6: The Song of Life. Alors, quand Ryū Ga Gotoku Studio a annoncé que le titre bénéficierait enfin d’un remake, les fans furent aux anges. Mais de nombreuses polémiques ont suivi et le public a commencé à s’inquiéter sur la qualité de cette version. Maintenant que nous avons pu prendre en main Yakuza Kiwami 3 & Dark Ties, est-ce que ces craintes étaient justifiées ?
La retraite, c’est pas pour maintenant
Après toutes ses aventures au sein du clan Tojo, Kazuma Kiryu est fatigué et sent poindre en lui l’envie de vivre une vie de civil. L’heure de raccrocher les gants et de prendre une retraite anticipée est venue. Quoi de mieux pour cela que de partir à Okinawa et de prendre les rênes du Morning Glory, l’orphelinat dans lequel il a été lui-même élevé ? Mais les problèmes semblent suivre le Dragon de Dojima, et notre héros va une nouvelle fois, et toujours bien malgré lui, se retrouver mêler dans un complot politique impliquant les yakuzas. Toujours guidé par son compas moral à toute épreuve et son envie de protéger les enfants de l’orphelinat, Kazuma va devoir se battre pour ceux qui lui sont chers et, par extension, toute l’île d’Okinawa. Décidément, sa seule issue, c’est la bagarre.



Yakuza Kiwami 3 ne perdra pas les joueuses et joueurs qui ont déjà pu goûter aux autres titres de la série. On a une petite ville dans laquelle on peut se balader librement, croisant de temps à autre de violents criminels à corriger dans des combats de style beat ’em all, tout en accomplissant des histoires annexes (ici peu intéressantes pour la plupart), et s’arrêtant ça et là pour manger dans un restaurant ou s’adonner à des loisirs tels que le golf ou le karaoke, avant de faire avancer le tunnel de l’histoire, toujours marquée par de très longues cinématiques entrecoupées de combats d’envergure.
On est en terrain connu, et en même temps pas vraiment : par volonté de rythmer l’aventure mais aussi sans doute par manque de temps, beaucoup de contenu a été coupé du jeu d’origine, et l’on perd ainsi des histoires annexes très intéressantes (comme Murder at Café Alps, sans doute l’une des meilleures tous épisodes confondus), ainsi que le mini-jeu du club d’hôtesses, pas très passionnant mais qui donnait lieu à une très touchante rencontre avec une femme trans, un personnage très bien écrit, a fortiori pour un jeu de 2009.
Barlou, mais papou avant tout
Yakuza Kiwami 3 n’est pas pour autant exempt de nouveautés : évidemment, l’aspect graphique a été retravaillé sous le Dragon Engine, pour un résultat pas toujours 100% satisfaisant mais néanmoins plus agréable aux yeux que l’original, et deux nouveaux gros mini-jeux viennent s’ajouter à l’aventure. Le premier d’entre eux est le gang de motardes, qui verra Kazuma devenir président d’un groupe de bikeuses en lutte pour protéger Okinawa de gangs continentaux, et dans lequel vous devrez recruter des membres dans la rue avant de prendre part à des combats de foule qui ne sont pas sans rappeler ceux que l’on peut trouver dans un musō, toutes proportions gardées bien sûr.
Bien que répétitif, ce mini-jeu m’a complètement embarquée et je me suis retrouvée à abandonner l’histoire principale le temps de le finir, de même que l’autre gros mini-jeu de gestion de l’orphelinat, dans lequel notre héros devra prendre part à de nombreuses activités (couture, cuisine…) pour aider les enfants et augmenter son « rang de papounet« . Les fans du mini-jeu d’hôtesses de Yakuza 0/Kiwami 2 ainsi que de Dondoko Island (Infinite Wealth) seront en terrain conquis et comprendront le plaisir de se faire embarquer dans ce qui est un jeu dans le jeu.



Une autres des nouveautés de ce remake réside dans le nouveau style de combat qui permet d’utiliser des armes traditionnelles locales pour tataner les ennemis. Il vous faudra un peu de temps pour vous familiariser avec celui-ci, plutôt complexe pour un Yakuza avec de nombreux combos à mémoriser, mais une fois cette étape franchie, on se retrouve avec un style de combat versatile et porté sur la parade, très adapté pour s’occuper de grands groupes d’ennemis, tandis que l’on préférera passer au style classique du Dragon de Dojima, porté sur l’esquive, pour les combats en un contre un. Une nouveauté bienvenue et qui permet d’apporter un peu de variété au jeu d’origine.
On ne pourra pas en dire autant du recasting des personnages de Rikiya et d’Hamazaki : le nouvel acteur incarnant Rikiya fait certes un bon travail mais on perd l’originalité du design original, tandis que le choix de faire incarner Hamazaki par un acteur coupable (de son propre aveu) d’agression sexuelle est inexcusable et d’autant plus incompréhensible que l’acteur Pierre Taki avait été, lui, enlevé de Judgment après avoir été arrêté pour avoir simplement consommé de la cocaïne.
Pourquoi changer ce qui n’était pas cassé ?
Si l’histoire de Yakuza Kiwami 3 reste toujours intéressante à suivre et contient de grands moments, on pourra tout de même s’interroger sur cette fin qui vient réécrire de manière assez farfelue celle du jeu original. Je ne vais pas spoiler de quoi il s’agit, mais de l’aveu même du producteur original, cette réécriture vient amorcer une toute nouvelle timeline qui viendra s’inscrire dans l’histoire future de la série, notamment l’attendu Like a Dragon 9 qui devrait marquer le retour de l’excellent Ichiban Kasuga et du système de combat au tour-par-tour.
On peut aisément comprendre les motivations derrière le changement : la série s’est en effet tirée une balle dans le pied dans son septième épisode en suivant le véritable déclin de l’importance des yakuzas, à la suite d’ordonnances mises en place dans les années 2010 ayant pour but de mettre les membres de gang complètement au ban de la société japonaise. Un choix qui contraint donc la série à recréer une nouvelle mythologie et une nouvelle menace pour les héros : on peut donc dans se contexte comprendre la réécriture de la fin de Yakuza Kiwami 3, qui aurait néanmoins pu et dû être effectuée de manière plus intelligente et plus respectueuse du sérieux certes relatif du reste de l’histoire principale.



Enfin, il convient de mentionner Dark Ties, une nouvelle histoire incluse dans ce package et qui nous avait été vendue comme un vrai nouveau jeu. Vous faisant incarner Mine Yoshitaka, un des antagonistes du jeu principal, celle-ci s’avère être une vraie déception au niveau de son contenu, qui pourra être complété en trois grosses heures en ligne droite. Et ce n’est pas le mode additionnel inspiré des roguelite qui vous fera rester plus longtemps : très vain et peu intéressant, ce dernier ne retrouve pas le sel des gros mini-jeux de l’aventure principale et propose des récompenses dérisoires n’invitant vraiment pas à l’engagement sur le long terme.
Porté par une écriture loin des standards de la série, Dark Ties ne vaut vraiment le coup que pour le style de combat très aérien de Mine, qui rappelle un peu l’excellent travail accompli sur celui de Yagami dans les deux Judgment. Dommage que la durée trop courte de cette nouvelle histoire fasse que l’on aura pas le temps de s’amuser avec ce style autant qu’on l’aurait voulu. Comme Yakuza Kiwami 3, tout cela se finit avec l’impression frustrante que l’on aurait pu avoir droit à un grand jeu, dont on aurait été privés par la décision de SEGA de transformer Yakuza en série annuelle.
Conclusion - Un acte manqué
Si je suis très contente de pouvoir retrouver un nouvel épisode de la série sur Nintendo Switch 2, d’autant plus que le portage s’en tire avec les honneurs, Yakuza Kiwami 3 s’avère être une véritable petite déception : malgré d’enthousiasmants ajouts, notamment deux gros mini-jeux très réussis, on ne peut s’empêcher d’avoir l’impression de jouer à un produit développé à la va-vite pour satisfaire les demandes des fans et de l’éditeur.
Une aventure plaisante mais non exempte de défauts (et de bugs, chose assez rare dans la série) et qui peinera à séduire les fans de longue date de la série, qui pesteront sur les changements de l’histoire et la durée famélique de Dark Ties. Les nouveaux venus pourront néanmoins y trouver leur compte, et traverseront sans nul doute cette aventure avec un plaisir certains. Pas la catastrophe annoncée avant sa sortie, certes, mais on ne peut qu’espérer que la série saura retrouver le chemin de l’excellence avec son prochain épisode canonique.
- Un portage Switch 2 visuellement satisfaisant et qui tourne bien
- Le gang de motardes et l’orphelinat, deux nouveaux gros mini-jeux très réussis
- Des musiques de grande qualité
- Pouvoir personnaliser Kazuma et son téléphone est amusant
- De chouettes combats, grâce aux deux styles différents et complémentaires
- Très prenant malgré les défauts
- Une histoire proposant de nombreux moments marquants
- Le casting d’Hamazaki, une honte
- Beaucoup de coupes
- Une réécriture de la fin qui vire au grotesque
- Pas mal de petits bugs
- L’impression d’un jeu fait à la va-vite
- Dark Ties est beaucoup trop court

