Dire que nous traversons une époque troublée est un bel euphémisme pour « c’est la merde à peu près partout ». Dans ces moments, quel bonheur que de pouvoir plonger dans un jeu pour oublier ses soucis, même temporairement. Mais que se passe-t-il quand le jeu en question nous plonge lui-même dans une simulation à la Code Lyoko (manifestez-vous, petits oisillons des années 90 !) et nous confronte brutalement aux enjeux de notre époque ? Pas grand-chose en fait car en dépit de ses intelligences artificielles, son métaverse et son contexte climatique, Viewfinder est avant tout un formidable jeu de réflexion dont je vous présente un humble test dès maintenant.
On ira, on saura…
Comme expliqué plus haut, Viewfinder est un jeu de réflexion dans lequel vous évoluez dans une simulation où la perspective est… flexible, au bas mot. Ce n’est pas évident d’expliquer à l’écrit ce que vous pouvez faire dans ce jeu mais je vais faire de mon mieux.
En plus d’un hub central composé de plusieurs zones reliées par un tramway futuriste, ce curieux métaverse vous permet de visiter plusieurs dizaines de niveaux vous proposant de résoudre des énigmes. Ces dernières reposent toutes sur la possibilité de truander allègrement la réalité et la perspective de bien des façons. La plus commune, qui donne d’ailleurs son titre au jeu, consiste à utiliser des photos, éparpillées un peu partout dans les niveaux, et à les positionner devant vous. La magie opère : ce qui n’était qu’une petite illustration en 2D devient alors partie intégrante de l’environnement 3D autour de vous. À noter que Viewfinder est entièrement en vue subjective ce qui contribue ingénieusement à cet effet « Waouw » quand on place notre première photo et qu’on les voit devenir réalité. Un gouffre vous empêche de traverser ? Placez donc la photo d’un pont pour vous créer un passage en quelques secondes, tout l’enjeu consistant à trouver un angle compatible.



Oeil composé
Si l’utilisation de photos est la signature de Viewfinder, les puzzles ont le mérite de se renouveler régulièrement avec de nouvelles méthodes de résolution. Dans certains cas, vous devrez alimenter un téléporteur en énergie en trouvant des batteries pour progresser, dans d’autres, vous pourrez prendre vos propres photos tandis que d’autres niveaux dissimuleront leurs passages secrets à travers différentes dimensions. D’ailleurs, l’usage des photos trouve même le moyen de nous impressionner encore davantage en osant utiliser différents styles graphiques en un seul niveau. En bref, Viewfinder sait y faire pour renouveler sa réflexion et éviter de lasser avec son concept qui, bien qu’impressionnant les premières fois, aurait fini par s’essouffler sans cet effort de game design.
Quelque chose de particulièrement plaisant avec cette production de Sad Owl Studios est le bon équilibre de sa difficulté. Sans être prise de tête (dans le meilleur sens du terme) comme le peut l’être un Outer Wilds ou un Lorelei and the Laser Eyes, Viewfinder réserve quelques niveaux bien corsés qui demanderont une bonne capacité d’abstraction de votre part. Plusieurs défis secondaires sont proposés et repoussent les limites de chaque élément de gameplay imaginé, pour le plus grand plaisir des plus retors d’entre vous. Et si le dernier niveau, bien stressant, venait à être trop complexe à votre goût, sachez qu’il vous sera possible d’activer momentanément un mode « facile » pour découvrir la conclusion, sans que cela ne vous prive de quoi que ce soit. Viewfinder est donc un très bel exemple de gestion du challenge et d’accessibilité.



Le vent se lève
Si Viewfinder propose donc une réflexion délicieuse de par son ingéniosité, j’ai surtout été happé par son atmosphère mélancolique à plus d’un titre. Si les premiers niveaux donnent le vague sentiment d’avancer dans le vide, sans réel fil rouge, ce n’est que pour mieux nous dévoiler l’objet de notre mission que je ne spoilerai pas ici. Ou peut-être seulement en évoquant que Viewfinder nous propose une vision bien inquiétante de l’avenir qu’on espère pouvoir éviter et qui motive donc d’autant plus nos recherches au sein de la simulation.
Impossible de ne pas évoquer CAIT, le chat virtuel habitant de la simulation qui devient un compagnon précieux. Non pas qu’il soit d’une grande aide mais disons qu’il représente une présence plus réconfortante que celle de Jessie, une alliée invisible qui communique avec nous depuis la réalité et qui discutera régulièrement avec nous. Viewfinder évoque aussi d’autres personnages que l’on ne rencontrera jamais mais dont on notera le passage dans notre exploration de la simulation et en écoutant de nombreux messages audio laissés ça et là. S’ils sont totalement optionnels pour avancer dans le jeu, ils sont néanmoins cruciaux pour comprendre les enjeux de notre mission alors n’hésitez pas à les écouter !



Conclusion - Superbement déroutant
Si vous êtes à la recherche d’un casse-tête relaxant offrant un défi raisonnable mais présent, Viewfinder est fait pour vous ! Son concept accroche directement, l’effet « waouw » instantané et enchaîner les niveaux est un vrai plaisir. Et plus qu’une réflexion ingénieuse et une capacité à tordre l’esprit, Viewfinder se distingue également par une atmosphère douce et mélancolique qui saura nous serrer le coeur à la toute fin. #JusticeForCAIT
- Un excellent concept
- Une direction artistique efficace qui surprend
- Un bon renouvellement des puzzles
- Une difficulté bien ajustée
- Une histoire discrète mais touchante à travers CAIT
- Peut-être un peu court pour son prix

