Ubisoft, message personnel – TRIBUNE

Par le 25 Jan 2026 à 12:00 - Temps de lecture : 4 minutes 30 sec
Ubisoft

On parle souvent du Blue Monday pour évoquer ce lundi où tout le monde est censé avoir le moral dans les chaussettes mais ces derniers temps, difficile de ne pas penser à un Blue January quand il s’agit d’Ubisoft. Après plusieurs vagues de licenciements successives et la fermeture du studio de Halifax en Nouvelle-Écosse, voilà que survient l’annulation du remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps ainsi que d’autres jeux non annoncés, en plus d’une nouvelle restructuration qui, probablement, débouchera sur de nouveaux départs, volontaires ou non.

Lire ces multiples mauvaises nouvelles n’est pas pour me plaire et je voulais simplement parler un peu plus des sentiments qu’elles peuvent provoquer dans le coeur d’un joueur. Je n’ai pas la prétention d’avoir un avis plus important ou plus pertinent que n’importe quel autre mais quitte à avoir la possibilité d’écrire sur Switch-Actu, pourquoi ne pas en profiter ?

Tristesse

Soyons clairs, la principale émotion ressentie me concernant est indéniablement de la tristesse. Ce n’est pas tant l’annulation de nombreux projets (Les Sables du Temps, la suite d’Immortals: Fenyx Rising, la mort précoce de Skulls & Bones ou XDefiant) qui en est la cause : chaque studio connaît ce type d’embûches et Ubisoft n’est pas une exception, à part peut-être que ces annulations sont presque systématiquement découvertes ou médiatisées. Ce qui me rend plus triste, c’est tout simplement de voir la déroute d’un studio légendaire qui a porté au monde du jeu vidéo des licences fondatrices et des jeux mémorables : Assassin’s Creed, Rayman, Child of Light, Far Cry, Les Lapins Crétins, Beyond Good Evil, Soldats Inconnus, pour ne citer qu’eux sont chacun des licences ou des titres qui sont objectivement de grande qualité et qui ont contribué, à leurs échelles respectives, à développer et embellir l’industrie du jeu vidéo. Que l’on soit nostalgique de la période pure Action-Aventure des débuts d’Assassin’s Creed ou amer suite à l’annulation des Sables du Temps prouve simplement l’impact de ces licences et la place qu’elles occupent dans le coeur des joueurs. Comment ne pas ressentir un pincement au coeur de voir la structure à l’origine de ces grands noms partir en vrille ?

Cependant, il serait insensible et cruel de ne raisonner qu’en termes d’institution ou de noms de marques car un fait essentiel que beaucoup de joueurs tendent à oublier est que derrière ces noms et ces jeux se trouvent des êtres humains. Ça peut paraître bateau d’exposer les choses ainsi mais s’il y a bien une chose qui m’a frappé ces dernières années, c’est la propension de certains joueurs à faire fi de ce simple fait.

J’y reviendrai un peu plus en détails plus loin dans ce texte mais avant, j’aimerais aussi exprimer ma sympathie et ma compassion envers ces personnes qui travaillent à Ubisoft. Ce studio restera toujours cher à mon coeur pour plusieurs raisons : j’ai déjà évoqué la qualité de leurs productions, peut-être aussi suis-je légèrement chauvin en étant fier de voir un studio français à l’origine de productions aussi belles (sans oublier cependant les talentueux artistes dispatchés à travers les différentes branches d’Ubisoft dans le monde).

Mais me concernant, j’ai surtout une immense affection pour les différentes personnes que j’y ai rencontrées pendant la courte période où j’y ai travaillé. Je n’étais qu’un petit stagiaire parmi d’autres et à l’époque, j’étais en perdition sur bien des aspects. Ubisoft m’a donné ma chance et j’y ai rencontré des gens talentueux qui sont devenus des amis précieux et que je ne perdrais pour rien au monde. Aussi, voir leur entreprise menacée de la sorte, de même que leur stabilité professionnelle et indirectement leurs vies entières, est un véritable crève-coeur. C’est bête, mais connaître et aimer quelqu’un qui travaille dans une boîte quelconque a forcément un impact sur la vision qu’on peut en avoir. Je crois qu’à travers ce petit texte, j’avais simplement envie d’exprimer mon affection, ma compassion et l’espoir que tout s’arrangera pour eux, d’une façon ou d’une autre.

Colère

Ce qui m’amène à autre chose. J’ai lu un jour dans Le Clan des Otori (l’incroyable série de Lian Hearn) le dialogue suivant :

« Qu’est-il advenu de ton coeur brisé ?

– La colère est un excellent remède. »

Je ne sais pas si ça se vérifie ici mais impossible de nier la bouffée de colère que je ressens face à cette situation. Je ne m’étalerai pas sur les décisions stratégiques et éditoriales d’Ubisoft : y avoir travaillé 6 mois ne me donne aucune légitimité pour les juger et sans doute qu’il y a des choses à redire, mais ce n’est pas là-dessus que je veux attirer l’attention.

Ma colère se dirige notamment vers certains joueurs. Je dis bien « certains » car je ne critique pas ceux qui eux-mêmes critiquent les décisions d’Ubisoft : ça n’a rien de scandaleux d’être frustré de la situation actuelle du studio et de se dire que certains choix n’ont pas été des plus pertinents.

Par contre, j’en veux beaucoup plus à ceux qui entretiennent à outrance le fameux Ubi-bashing qui est une réalité. Quand je vois les faibles chiffres de ventes de jeux excellents comme Prince of Persia: The Lost Crown ou de Sparks of Hope, j’ai parfois la vague impression que certains joueurs refusent d’acheter un jeu par principe, juste parce qu’il a été produit par Ubisoft. Même la sortie de Clair Obscur Expédition 33 a été saisie comme une occasion de leur cracher dessus en amplifiant largement le simple fait que Guillaume Broche, créateur de Sandfall Interactive et du jeu, s’ennuyait dans son travail.

Il y a également ceux qui, à la moindre mauvaise nouvelle concernant Ubisoft, se réjouissent purement et simplement. Ils appellent à la fermeture du studio, et donc indirectement au licenciement de leur 17 000 employés (21 000 auparavant). Personnellement, je ne vois aucune noblesse dans ce comportement mais juste de la pure bêtise associée à une méchanceté crasse digne du caniveau puant que devient progressivement Twitter (ou X si vous préférez). Ces mêmes joueurs se complaisent dans la crise d’Ubisoft, martelant le slogan aussi stupide que simpliste « go woke go broke ». La situation d’Ubisoft n’est rien d’autre qu’une façon de mettre en avant leurs idées politiques (car apparemment, tout est prétexte à revendiquer son bord politique désormais) et ils s’en donnent à coeur joie. Méprisable.

Espoir

Ceci étant dit. Personnellement, j’ai envie de croire qu’un renouveau est possible pour Ubisoft. Premièrement, ce ne sera pas le premier studio à avoir traversé une crise ou frôlé la fermeture. Nintendo, pendant la sombre période la Wii U, était sur toutes les pierres tombales, Square Enix a failli ne jamais exister puisque Square était au bord de la faillite dans les années 80 avant de sortir la légende qu’est devenue Final Fantasy, SEGA a traversé une période douloureuse en sortant du hardware pour devenir un éditeur tiers… Les exemples sont nombreux.

Pourquoi Ubisoft ne suivrait-il pas le même schéma ? Avec des décisions différentes, une autre vision ou de nouvelles idées, rien ne dit que le studio français ne renaîtra pas de ses cendres. Si Sandfall Interactive, Asobo, Arkane, Quantic Dream ou de plus petites structures comme The Pixel Hunt et Sunny Lab, prouvent bien une chose, c’est que le jeu vidéo français est plein de bonnes idées, de talent et de surprises. J’ai envie de croire à un sursaut créatif de la part d’Ubisoft : ceux qui ont produit des expériences spectaculaires, touchantes, ingénieuses, bouleversantes au cours des trente dernières années ont des ressources que je ne veux pas sous-estimer. Et franchement, le créateur des Lapins Crétins qui disparaîtrait ? Inconcevable.

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