Reanimal, un peu décevant – TEST

Par le 5 Mar 2026 à 15:00 - Temps de lecture : 6 minutes 30 sec
REANIMAL

Si Tarsier Studios s'est fait les griffes sur la licence Little Big Planet, c'est en 2017 que le studio suédois s'est fait un nom, avec Little Nightmares. Un cinematic plateformer horrifique, ou nous incarnions un petit personnage dans un monde vicié par des créatures difformes et terrifiantes. Un premier succès qui en verra un autre avec sa suite en 2021. Depuis, les choses ont changé, le studio a été racheté par Embracer puis THQ Nordic et la licence Little Nightmares est elle restée chez Bandai Namco, qui n'a pas perdu de temps à créer un troisième épisode, sans son parent, et sans son succès. 

Tarsier annonce de son côté Reanimal, dont l'esthétique ne pourra qu'attirer ceux qui ont aimé leurs précédents jeux. Est-ce que Reanimal est le jeu qui pourra cueillir les déçus de Little Nightmares 3 ? Sûrement, mais l'essai n'est pas aussi bien converti qu'on aurait pu l'espérer. 

Un ambiance qui fait froid dans le dos

Reanimal commence en nous plongeant directement dans son ambiance. Au milieu de l'eau, notre personnage est bercé dans une barque. Il démarre le moteur dont le bruit vient se mêler avec le clapotis de la mer. Guidé par de faibles diodes rouges brillant dans la noirceur sur des bouées de bifurcation, on avance lentement, prudemment. On connaît le studio et on sait que le danger n'est jamais loin. Alors qu'on progresse, on repêche une petite fille dans l'eau, affublée d'un étrange masque de lapin. D'abord agressive, elle se calme en réalisant qu'elle nous connaît. C'est notre sœur. On continue à avancer dans la noirceur, à la faible lueur de la lampe de cette dernière. On évite d'immense mines marines, et au loin, on aperçoit notre salut. Une plage. Plus nous avançons, plus le brouillard se dissipe. Derrière cette plage, un immense bâtiment nous fait face. Qu'est-ce qu'il cache ? À nous d'aller le découvrir. 

Superbe. Il n'y a pas d'autres mots pour le dire, les Suédois excellent dès qu'il s'agit de nous plonger dans l'ambiance. Quelques minutes, et nous sommes déjà prêts à voir ce que le jeu à a nous offrir. Des moments comme celui-ci, Reanimal en offre à la pelle, on est sans cesse cueilli par notre arrivée dans un nouvel environnement, partagé entre émerveillement, curiosité morbide et  volonté de faire demi-tour car on sait qu'on ne va pas recevoir un accueil 5 étoiles. Si à l'inverse de Little Nightmares, on incarne désormais des enfants, dans un monde à une échelle normale, le jeu ne cesse de tenter de nous écraser par le gigantisme des structures que l'on traverse. 

Que ça soit une grande usine, une simple grange de ferme ou un phare, on se sent constamment écrasé par le poids de notre environnement et cela participe grandement à l'ambiance générale et à l'inquiétude générale qui parcourt le monde du titre. On visite d'ailleurs une grande variété de lieux en quelques heures, multipliant les ambiances. Entre une laverie, un cinéma ou un marchand de glace, Reanimal donne aux habitudes du quotidien une aura profondément malsaine, inquiétante. 

Une ambiance accentuée par un excellent jeu de mise en scène et de gestion de la caméra, qui parvient (à quelques exceptions près) à toujours trouver l'angle parfait pour nous en mettre plein la vue, sans gâcher la lisibilité. À l'inverse de Little Nightmares, Reanimal joue bien plus sur une caméra mouvante, suivant nos déplacements, reculant parfois pour laisser le décor se construire… un véritable récital artistique. 

Reanimal se veut aussi bien plus cru que ses grands frères spirituels. Là où ses derniers restaient sages, le petit nouveau ne lésine pas sur l'horreur graphique. Avec des cadavres à la pelle, des représentations très violentes de suicides… un moyen de se démarquer certes, mais le jeu semble parfois en faire trop pour mettre le joueur mal à l'aise. Malgré ça, Reanimal est un jeu qui profite d’une maîtrise impeccable et remarquable dans son esthétique et sa mise en scène. 

Un multijoueur anecdotique

Mais comment se joue Reanimal ? Dans l'ensemble, si vous avez déjà touché à Little Nightmares, vous n'allez pas être dépaysé. On avance, on s'agenouille pour se cacher, on porte des objets, rien de neuf sous le soleil (ou plutôt la grisaille ici…). À l'inverse, quelques nouveautés viennent s'ajouter ici, déjà, vous aurez un objet clé avec vous : un pied de biche. Obtenu au début de l'aventure, il permettra à notre personnage d'ouvrir des portes, mais aussi de donner des coups ! Et oui, on ne sera pas totalement vulnérable, nous allons pouvoir nous défendre contre certains ennemis. Si cette mécanique n'est pas vraiment agréable manette en main, elle a le bon goût de ne pas devenir envahissante, les moments d'actions seront disséminés de manière très sporadiques, et on rencontrera bien plus d'ennemis qui nous laisseront pas d'autres choix que la fuite ou la cachette. 

D'autres mécaniques, il y en a. D'abord, le bateau, qui ne sera pas uniquement un gimmick de début de jeu. Ce véhicule, qui reviendra à de multiples reprises, n'est pas le plus fun à conduire, mais à le mérite de varier le gameplay entre les moments plus classiques et profite d'une mécanique d'action ou notre personnage pourra harponner les ennemis qui souhaiteraient nous faire couler. Il y a aussi d'autres petites surprises de gameplay qu'on ne vous révélera pas, mais qui sont aussi étonnantes que stressantes ! 

Reanimal est aussi un jeu qui peut être fait en coopération. Avant de revenir sur les problématiques rencontrées pour jouer à deux sur Switch 2, parlons de l'aspect coopératif. Reanimal ne semble pas être pensé pour être un jeu coopératif, à aucun moment. Déjà car on peut faire le jeu solo de A à Z, mais aussi parce qu'aucune énigme n'est pensée pour être résout pleinement à deux. On doit ouvrir les portes à deux, passer les portes ensembles, se suivre constamment… et c'est tout.

Nos personnages ne seront jamais séparés, n'auront pas de mécanique particulière. On réfléchit juste à deux cerveaux pour des énigmes qui ne sont franchement pas difficiles. Le problème aussi quand on joue à deux : c'est qu'on a pas peur. À l'exception de quelques sursauts sur des jumpscares et des montées de stress pendant des courses poursuites, on est rarement angoissé quand l'aventure est partagée. 

Ce n'est pas un mal pour autant, car avec Lato, nous avons passé un excellent moment à deux, n'étant pas des habitués des jeux multi et coop. Mais pour pleinement profiter de l’ambiance, on vous conseille peut-être de le faire seul. Dans le noir. Tard la nuit. 

Mais c’est quoi ce bazar ?

Mais parlons de ce qui nous a cependant fortement agacé : la gestion de la coopération. Reanimal propose deux options : le mode coop et le mode GameShare. Le mode coop est censé vous permettre de jouer à deux, un des joueurs étant hôte et l'autre devant rejoindre la partie. Ça ne marche pas. Tout simplement. En tout cas, après une vingtaine d'essais sur plusieurs joueurs,Lato et moi n'avons pas réussi à rejoindre nos parties. Pourtant, nous avions chacun un jeu. Après quelques recherches, nous avons remarqué que le problème se posait aussi sur les autres plateformes pour certains joueurs.

Nous avons réussi à jouer en utilisant la fonction GameShare, qui permet à la personne invitée de streamer la partie est de jouer. Ça marche, plutôt bien même, mais ce n'est ni normal, ni les conditions idéales pour jouer. Lato devait jouer à la version streamée, en version portable qui profitait d'une résolution bien moins agréable. D'un autre côté, Nintendo a l'excellente mauvaise idée de ne pas mettre le jeu en plein écran quand on utilise l'option GameShare, comme vous pouvez le constater sur la photo ci-dessous, le jeu ne prend pas l'intégralité de votre écran, mais un plus petit rectangle en dessous. Si on ne va pas se plaindre car nous avons reçu des clés pour tester le jeu, les utilisateurs qui payent 40 € leur jeu méritent sûrement un peu plus de respect.

Le pompon sur la Garonne : la version Switch 2 ne bénéficie pas du pass ami, obligeant les joueurs à passer par GameShare, et ça c'est tout bonnement honteux. 

Une histoire qui ne raconte rien ?

Parlons narration maintenant. Dans Reanimal, nous incarnons un jeune garçon et sa sœur, à la recherche de leurs amis dans un monde étrange, marqué par une guerre en cours. Si Tarsier est connu pour leurs narrations volontairement cryptiques, Reanimal semble se démarquer ici par un récit fouilli, dont on peine encore à saisir le sens. 

La souffrance animale ? La place des animaux dans les rituels religieux ? L'horreur de la guerre ? La place des enfants dans tout ça ? Difficile ici de lier les morceaux entre eux. Le jeu pourrait faire parfois un bon commentaire de l'horreur de la guerre, mais ici, il semble surtout vouloir faire dans le spectacle et le choquant, diminuant l'impact de certaines scènes pourtant marquantes en les faisant se répéter à de maintes reprises. Pareil pour le début du jeu, qui évoque sans vraiment de détour la déportation, mais qui cinq minutes après ce passage, nous fait poursuivre par le camion d'un marchand de glace, on se gratte la tête en se demandant si c'est réellement approprié ce genre de changement de ton. 

Reanimal montre que parfois, pas assez, c'est vraiment pas assez. Si lesLittle Nightmares pouvaient laisser coi tant leurs narrations étaient cryptiques, elles avaient au moins le mérite d'être cohérentes dans leurs cheminements. Ici, on comprend rien au début (logique), et les révélations finales ne viennent pas particulièrement éclairer notre lanterne. On laissera les fans du jeu dénicher toutes les traces de lores. 

Et terminons car il le faut bien, sur un point technique. Reanimal est plutôt joli sur Switch 2, à l'inverse d'un framerate qui se veut plutôt instable, autant en mode qualité que performance. Rien de bien méchant et qui ne nuira pas à notre aventure, mais quand on a des Cyberpunk 2077, des Star Wars Outlaws ou encore des Resident Evil requiem qui tournent sans accroc, on est en droit d'attendre la même chose pour un titre techniquement bien moins ambitieux.

Conclusion - Beau, mais des gros problèmes de multi et de narration

65%

Reanimal est étrange. On l'aime autant qu'il agace. Il agace par une narration approximative et prétentieuse, qui semble s'éparpiller pour au final ne rien raconter. Et on l'aime car chaque plan est léché, impressionnant, et montre une maîtrise artistique qui s'est perfectionnée de jeu en jeu pour Tarsier. Au final, on en gardera un souvenir sympathique, mais pas aussi marqué que ces prédécesseurs. Reste un jeu dont la partie coop est honteusement bridée sur la console de Nintendo, et on espère voir les choses corrigées dans les semaines à venir.

Les +
  • C'est très joli 
  • Une maîtrise de l'ambiance
  • Des plans de caméras impressionnants 
  • Des décors qui nous donnent l'impression d'être tout petit
Les -
  • Une histoire qui semble ne pas savoir quoi raconter 
  • Le multijoueur qui n'a pas grand intérêt 
  • C'est une plaie pour jouer en multijoueur
Publié dans Tests, Tests de jeux
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