Dans le genre serpent de mer, Pragmata est bien classé. Annoncé en 2020 durant le premier showcase de la Playstation 5, c'est finalement six longues années après que le jeu débarque enfin. Une annonce pour 2022, puis un long silence radio avant de revenir sur le devant de la scène, avec une proposition qui a titillé notre curiosité. Présentée aux Game Awards, la version Switch 2 de Pragmata se situe dans la continuité de la volonté de Capcom de sortir ses jeux sur la nouvelle hybride de Nintendo. Est-ce que la tentative est aussi concluante que Resident Evil Requiem ? Est-ce que la nouvelle licence de Capcom va poursuivre l'état de grâce que connaît l'éditeur japonais depuis quelques années ? Il y a des chances.
Avant propos : afin de vous proposer ce test, nous avons bénéficié d’un accès au jeu en avance sur Nintendo Switch 2. Notez que nous avons terminé l’aventure en 10 heures.
IA t-il un terrien sur la lune ?
Pragmata commence par une simple mission de routine pour Hugh et son équipage. Dépêché sur la Lune pour réparer un problème de communication entre l'astre et la Terre, la routine va rapidement se transformer en cauchemar quand un séisme se déclenche et décime les compagnons de Hugh. Et comme un malheur en amène un autre, il se trouve que les robots de la station, d'ordinaire serviables et inoffensifs, veulent notre peau. Une peau qu'ils n'auront pas maintenant, car on est rapidement aidé par une jeune fille qui peut miraculeusement affaiblir les ennemis en les hackant, permettant à notre arme de les mettre hors service.
Cette jeune fille, qui s'appelle D-I-0336-7, est en fait une “Pragmata”, c’est-à-dire une androïde, fabriquée à partir de lunafibre, un matériau lunaire issu du lunum, qui permet de façonner beaucoup de choses. Après l'avoir renommée Diana (car D-I-0336-7 c'est pas évident à prononcer), Hugh n'a qu'un objectif, quitter la Lune ou il n'existe plus de signe de vie et rentrer sur notre belle planète bleue.
S'il faut saluer Pragmata sur un point, c'est Hugh. Ici, le jeu ne tombe pas dans le piège du quarantenaire bourru, qui s'agace à chaque parole de la gamine qui l'accompagne, et qui est abject avant de finalement s'adoucir au fil du récit. Non, Hugh est un homme bienveillant avec Diana du début à la fin. Toujours avenant avec elle, il répond à ses questions avec joie et lance régulièrement la conversation. Une dynamique agréable, qui par conséquent peine à évoluer, mais qui fait du bien dans un paysage vidéoludique du AAA ou les darons désagréables ont la côte (Kratos, Joël, on vous parle !). On finit presque par s'attacher à la philosophie de comptoir dans laquelle il nous emmène lorsqu'il raconte des pans de sa vie sur Terre. Diana de son côté est mignonne comme une enfant. Pleine de curiosités, de questionnements, de soif d'aventures, s'émerveille d'un rien… On oublie presque au fil du récit qu'elle est un robot.



Le duo porte un récit qui, de son côté, ne surprend jamais. Les retournements de situations, sans être complètement cousus de fil blanc, ne vous feront pas lever de votre chaise. Pragmata est bien calme, mais parvient quand même à tresser quelques réflexions autour de la place de l'Intelligence Artificielle dans nos vies, notre travail. Un jeu qui vous fera normalement aussi détester le capitalisme.
La lune comme terrain de jeu
Pragmata nous emmène sur la Lune, et ça pouvait être à double tranchant. S'il y a bien quelque chose qui me déplaît avec les aventures spatiales qui se déroulent dans des bases, c'est la répétitivité des environnements que l'on traverse. Aussi chouette soient-ils. Ici, on est régulièrement surpris. Vous avez forcément pu voir les scènes de jeu dans une vision retranscrite de New-York… l’œuvre utilise l'élément qu'est la lunafibre comme moyen d'explorer des zones qu'on n’imaginerait pas dans un jeu avec une base lunaire comme terrain de jeu, et ça fonctionne bien. Si bien qu'on est presque déçu de retourner dans des zones plus traditionnelles où la magie disparaît. Il reste tout de même une certaine mélancolie qui se dégage de tous les lieux que l'on traverse. Une vraie sensation de vie passée, dont on peut témoigner par les nombreuses notes que l'on pourra trouver sur le chemin et qui permettent de développer un récit qu'on ne retrouvera pas dans la trame principale.
Pragmata est une aventure plaisante à suivre. Sans jamais surprendre narrativement, elle parvient tout de même à nous donner envie de poursuivre la quête de Hugh et Diana, un duo particulièrement attachant. On regrettera juste un petit manque de séquences explosives, surtout dans un jeu qui montre à de rares moments qu'il est capable de le faire.



Shooter & mini-jeu, duo gagnant
Si le jeu ne se démarque pas par son récit, il compte bien le faire manette en main. Pragmata se présente comme un shooter à la vue à la troisième personne. Jusque là, rien d'étonnant. C'est plutôt dans la mécanique qui entoure le shoot que Pragmata souhaite faire différemment, avec le hacking.
Vos adversaires sont des robots extrêmement résistants. Pour les affaiblir, Diana devra les hacker. Mais comment ? Lorsque vous visez un ennemi, une fenêtre va s'ouvrir à la droite de votre écran. Cette fenêtre se présente comme un mini-jeu ou vous allez devoir faire bouger une case d'un point A à un point B, en passant par des endroits clés pour blesser votre adversaire. Une fois que c'est fait, votre adversaire robotique sera à la merci de vos tirs. Mais voilà, tout se fait en temps réel. Vous allez donc devoir rester concentré tout en faisant votre mini-jeu pour esquiver les assauts. Sur le papier, un système étrange, mais qui manette en main fonctionne diablement bien.
Pragmata redynamise ici un genre à travers cette mécanique, et parvient à une certaine osmose entre action, réflexion et stratégie. D'autres systèmes s’implantent dans ce mini-jeu. Vous allez pouvoir ajouter, grâce à des objets, de nouvelles cases à travers lesquelles passer et qui affectent les ennemis : certaines peuvent les rendre confus, d'autres les faire surchauffer, d'autres les paralyser quelques secondes… à vous de voir comment vous souhaitez aborder les combats, et comment vous pouvez réussir à prendre le dessus.



Si Hugh est apprêté d'une large combinaison, il n'en est pas moins agile au sol. Avec un dash qui permet d'esquiver les offensives, il pourra facilement se mouvoir lors des séquences parfois intenses d'action. À l'inverse des phases de plateformes ou Hugh devient par moment abject à contrôler, et le système de “paravoile” du jeu est trop imprécis et lent pour bien maîtriser les phases de plateforme.
Un mélange des genres
Si l'on devait résumer Pragmata, on pourrait dire qu'il s'agit d'un jeu d'action linéaire, impliquant des mécaniques de rogue, et avec un très léger soupçon de métroidvania. Chaque niveau sur la Lune est plutôt linéaire, dans lesquels on avance de manière relativement stricte droit devant nous jusqu'à arriver au boss final de la zone. Entre ces zones se trouve Le Refuge, un hub central où nous reviendrons très régulièrement et qui permettra d'améliorer nos armes, nos compétences. La progression dans Pragmata est très malléable. Vous pouvez améliorer chacune de vos armes, vos éléments de hacking, votre armure, mais aussi Diana pour perfectionner ses compétences de hacking.
La progression se fait par l’intermédiaire d'objets à retrouver dans les différents niveaux du jeu. Vous trouverez des cubes qui pourront augmenter le niveau de votre armure, de Diana ou de votre arme principale, des fragments de lunum pour améliorer vos armes secondaires et du lunum pur pour passer d'autres types de compétences. Il est donc nécessaire de bien explorer les lieux pour trouver de quoi devenir plus fort. Retourner dans d'anciens niveaux pourra s'avérer salvateur, car malgré la linéarité de ces derniers, le level design s'avère suffisamment efficace pour découvrir des zones cachées qui recèlent toujours d'objets utiles. Vous débloquerez aussi des compétences qui vous permettront de découvrir de nouveaux objets, comme peut le faire un métroidvania, mais dans une moindre mesure tout de même, le récit ne vous faisant jamais retourner en arrière.
Pragmata n'est pas un jeu difficile, mais il va demander une certaine exigence pour progresser. Se familiariser avec ses mécaniques et ses nombreuses armes sera nécessaire pour espérer venir à bout des groupes d'ennemis et des boss.



Le hub, poumon central
Mais si malgré tout, la mort vient à vous, vous retournerez au hub central Le Refuge, comme dans un rogue. Comme expliqué précédemment, le hub est le lieu de progression de l'aventure, mais pas seulement. Vous y trouverez de nombreuses choses, comme les emplacements des Mémoires Terrestres, des objets de la vie de tous les jours sur terre que vous pouvez entreposer pour faire plaisir et découvrir les subtilités terriennes à Diana. Le hub créera des petits moments de vie avec la jeune androïde, qui interagit avec de nombreux objets et qui vous demandera même parfois de jouer avec elle. On peut aussi y retrouver Cabin, le seul robot sympathique du coin, qui vous proposera de jouer au Bingo, on pourra y obtenir des nouveaux modules, des cosmétiques ou des informations sur les ennemis. Cabin propose aussi des séances d'entraînement qui vous permettront aussi de débloquer des éléments d'améliorations.
Le hub pourrait s'avérer comme un endroit frustrant à revenir à chaque mort, mais les niveaux du jeu sont très généreux en point de téléportation qui vous feront revenir à chaque fois assez proche du lieu ou vous avez passé l'arme à gauche, et d'y revenir plus fort car vous avez pu vous améliorer avant de retourner à l'aventure.
Un bestiaire convaincant
Et quand vous êtes à l'aventure, vous allez rencontrer bon nombre de robots qui n'ont pas vraiment envie que vous continuiez à progresser. Les robots sont divers, avec leur propre manière d'être vaincus et ont tous une raison logique à leur existence, expliqué dans une encyclopédie au Refuge.
Certains sont plutôt simples à abattre, mais d'autres seront de vraies plaies que vous allez devoir maîtriser en utilisant votre matière grise pour éviter d'être débordé. C'est à ce moment qu'on remercie la diversité d'armes, entre des armes offensives et d'autres plus tactiques, qui pourront vous libérer de l'espace sur le champ de bataille.



Une technique qui a les pieds sur terre, et la tête parfois dans la lune
Juger Pragmata sur sa technique est un peu compliqué, car le jeu nous en fait parfois voir de toutes les couleurs. D'un point de vue fluidité, le jeu oscille comme Resident Evil Requiem entre 60 et 40 fps. Une oscillation qui, comme le précédent jeu, ne m’a jamais dérangé, mais qui pourra peut-être gêner les plus sensibles. On ne comprend pas pourquoi sur Switch 2, Capcom ne propose pas un mode qui permet de caper le framerate à 30 images par seconde pour garantir une stabilité, comme à l'instar de Hitman : World of Assassination, qui a fini par l'intégrer (pour le meilleur) dans ses options.
Mais là où le bât peut blesser, ce sont pour les textures. Pragmata sur Switch 2 compte un nombre assez impressionnant de textures souvent très moches, très baveuses, à côté de jolies textures. Quelque chose qui pourra faire sortir de l'immersion tant cela peut parfois sembler grossier. Les ombres pêchent aussi beaucoup dans le jeu, notamment dans une zone très boisée ou les ombres projetées des arbres sont très mal réalisées.
Dans l'ensemble, rien ne gênera votre progression, le jeu se permettant parfois même de très jolies séquences et de très jolis panoramas. Mais on réalise que l'optimisation du jeu sur la plateforme est passée par de plus nombreux sacrifices que son grand frère sorti en février dernier. On note un mode portable forcément un peu flou, mais qui s'avère être une manière de jouer efficace pour retourner explorer d'anciennes zones tout en faisant autre chose à côté.



Conclusion - Pas loin de la lune de miel
Pragmata est un très bon jeu. Un très bon jeu qui redynamise le genre du shooter TPS en y implémentant une mécanique qui fonctionne diablement bien, et qui amène une dose de réflexion et de stratégie, sans pour autant négliger les réflexes que demande ce type d'expérience. On est poussé dans le récit par deux protagonistes attachants et dont la dynamique fonctionne bien. On regrette forcément les petits écarts techniques et quelques mécaniques encore un peu branlantes, mais cette nouvelle licence de Capcom réussit à convaincre autant que son absence de communication nous a inquiété ces six dernières années.
- Un duo efficace entre Hugh et Diana
- Hugh n'est pas un quarantenaire bourru désagréable au début
- Le hacking, une très chouette mécanique qui marche bien
- Un univers vraiment très intéressant à découvrir
- Les robots sont stylés
- Une variété de décors insoupçonnés…
- Le Refuge
- Le système de progression
- Une narration et un récit très classique
- Hugh dans les airs est une plaie à contrôler
- La plateforme, pas bien maîtrisée
- Beaucoup de textures pas jolies du tout

