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Deadly Premonition Origins, le génie incompris – TEST

De mémoire d’homme, je pense n’avoir jamais vu un jeu qui polarisait autant que Deadly Premonition. Coup de génie pour certains, immonde déchet pour d’autres : je ne connais personne qui m’a dit « ok, c’est sympa, mais sans plus ». Sorti en 2010 sur Xbox 360 et PlayStation 3 à un prix mini qui le réduisait presque au rang de « jeu de bac à soldes », le titre de Swery est depuis devenu assez culte pour avoir droit à une suite en bonne et due forme, parue il y a quelques jours, et qui a bénéficié d’un gros soutien marketing de la part de Nintendo. Avant le test de celle-ci, sur lequel notre cher Quentin est en train de charbonner, retour sur un jeu exceptionnel – au sens le plus littéral du terme.

Swery Lynch

Deadly Premonition, c’est avant tout l’œuvre d’un véritable auteur, Hidetaka Suehiro, que l’on connaît surtout sous le pseudonyme de Swery ou Swery65. Un homme qui a toujours su réaliser des titres atypiques, qui ont parfois divisé la critique (Spy Fiction et, donc, l’objet de ce test), mais qui a souvent su conquérir le cœur de celle-ci (D4, The Missing, Extermination) avec des jeux à la technique souvent faiblarde, mais qui compensaient cela par des idées de game design et de scénario fantastiques et, surtout, une immense personnalité. L’idée de ce titre d’enquête horrifique lui est apparemment venue à l’époque des RPG 8-bit, quand il a réalisé qu’il aimerait bien créer un RPG qui se passerait dans un monde réaliste et non de fantasy.

Mais c’est aussi et surtout Twin Peaks qui a poussé ce grand amoureux de cinéma occidental – il n’y a qu’à voir les nombreux dialogues dans lesquels le détective York fait référence à des films des années 80 – à se lancer dans la création de ce jeu. Les clins d’œil à la série de David Lynch sont trop nombreux pour tous les relever, ne serait-ce que par le personnage d’Emily Wyatt au physique très inspiré de celui de Naomi Watts, une des habituées de la filmographie du réalisateur. La petite ville rurale, l’ambiance bizarre à mi-chemin entre l’absurde et l’horreur, les personnages étranges… On a parfois l’impression d’avoir en face de nous une adaptation qui, sans en reprendre le scénario, a su parfaitement capturer le ton de la série. Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, tout ceci marche très bien dans un jeu vidéo : malgré la technique bancale – on y reviendra, l’univers et les personnages du titre sont tangibles et l’on s’attache aussi vite à cette galerie de gens que l’on est investis dans le scénario.

Un monde trop ouvert ?

Deadly Premonition nous conte l’histoire du détective Francis York MorganMais appelez-le York. Tout le monde l’appelle York., détective du FBI très intelligent, mais légèrement asocial qui va débarquer dans la petite ville de Greenvale pour enquêter sur un meurtre qui pourrait bien se révéler lié à d’autres événements étranges. Inutile de vous en révéler plus, tant les divers retournements de situation sont partie intégrante du plaisir de jeu, mais le scénario est extrêmement prenant et justifie à lui seul de ne pas lâcher la manette. On a d’autant plus envie de connaître la suite de l’histoire que les habitants de Greenvale possèdent tous un emploi du temps calé sur l’horloge du jeu : en passant devant les habitations des gens, le matin ou le soir, on peut les voir vaquer à leurs hobbys et leur vie civile, ce qui leur donne une réelle personnalité. Une idée assez révolutionnaire pour un open-world de son époque.

Car, oui, Deadly Premonition est un open-world. Une folie quand on connaît le budget minimal du projet, mais à laquelle Swery tenait beaucoup, pour plus nous immerger dans celui-ci. La carte est même assez grande, tout compte fait, et un peu d’adaptation est demandée pour vous familiariser avec celle-ci : en effet, le plan présent dans le jeu est plutôt illisible et il va vous falloir du temps avant d’arriver à vous repérer. Nul doute que vous allez vous perdre plusieurs fois au volant, d’autant plus énervant que l’on conduit une véritable savonnette à la physique complètement irréaliste. Néanmoins, les phases de conduite nous permettent, là encore, de nous attacher d’autant plus aux personnages (grâce aux dialogues entre York, ses accompagnants et Zach, la petite voix dans sa tête, avec laquelle il converse sans que cela ne semble déranger les autres) et d’apprécier le grand niveau de détails proposés dans le jeu : vous pouvez, par exemple, et sans que cela ne serve à rien d’autre qu’à renforcer l’immersion, allumer les essuie-glaces ou la sirène de la voiture. Des petits trucs inutiles comme ça, le titre en est plein, et l’on sent que Swery et son équipe y ont mis tout ce qu’ils pouvaient, sans réfléchir à savoir s’ils le devaient. Quelque chose qui serait préjudiciable partout ailleurs constitue ici un supplément d’âme.

“Les jeux dont vous ne vous rappelez pas quand vous n’y jouez pas sont déjà morts”

Le personnage de York est, par exemple, obligé de se raser pour rester propre, de se nourrir et de dormir. « Quelle horreur ! », me direz-vous. Oui, un peu. Mais comme le dit Swery lui-même : « Ces choses paraissent inutiles à première vue, mais elles agissent comme des rappels pour le joueur qui vont se loger dans une partie bien particulière de l’esprit. Et la prochaine fois qu’il va se raser, se coucher ou manger quelque chose, il y a ce souvenir lié à Deadly Premonition qui peut rejaillir ». Tous ces petits éléments de gameplay rajoutés ça et là, malgré les moyens du studio, ne sont cependant pas sans conséquence sur le reste du jeu : à trop vouloir en mettre, on en finit peut-être par en oublier l’essentiel, et l’on ne peut nier que le titre souffre d’une technique complètement à la ramasse. Modélisations toutes droites sorties de la PlayStation 2, clipping à tout va, framerate instable (mais presque toujours au dessus de 30 fps), textures très simplistes… La technique fait beaucoup plus souvent rire que rêver. Mais même cela vient ajouter au charme du jeu, comme si rien ne pouvait altérer l’ambiance si particulière qu’il veut poser, telle une série B très attachante ou un film de Bollywood qui abuserait des effets de style un peu cheapos.

Même les scènes d’enquêtes trop dirigistes, ni les fusillades purement fonctionnelles, ne peuvent entraver le charme fou de Deadly Premonition. Les problèmes, finalement, ne font qu’ajouter à beaucoup de scènes un aspect comique, déjà bien appuyé – intentionnellement, j’entends – dans le jeu. Des années après y avoir joué pour la première fois, je me suis encore surpris à rire aux larmes devant certains passages, parfois pas aidé par la musique (très chouette au demeurant) qui semble être placée au petit bonheur la chance, comme lorsqu’on entend le très fameux Life is Beautiful, que vous ne pourrez vous empêchez de siffloter, alors que nos personnages devisent aux côtés d’un cadavre.  Ce n’est qu’en y jouant que vous pourrez comprendre pourquoi tant de monde était enthousiaste lors de l’annonce de Deadly Premonition 2. Parce que York ne parlait pas à Zach, finalement : il parlait aux joueurs, nous faisant rentrer dans son univers et prendre part à son aventure. Une aventure telle qu’on en a vu que peu depuis sa sortie.


Inoubliable, à tous points de vue
  • Inoubliable, à tous points de vue - 50%
    50%
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Inoubliable, à tous points de vue

50%. La note peut paraître étrange tant j’ai été positif sur le jeu lors du test. La vérité, c’est que Deadly Premonition est un 100% du cœur, mais qu’il ne parlera sans doute pas à tout le monde. Je conseille néanmoins à chacun d’entre vous de s’y essayer, surtout quand il est, comme maintenant, proposé à -50% sur l’eShop. Peut-être serez-vous perdu par cet univers qui vous demandera trop de concessions sur le plan technique. Mais peut-être, aussi, que vous serez totalement conquis par la proposition de Swery. Et si tel est le cas, alors vous aurez en face de vous un jeu que vous n’oublierez jamais. Et ça, c’est quelque chose de rare.

Les +

  • Personnage principal formidable
  • B.O. étonnamment bonne
  • Très immersif
  • Ambiance bien à part
  • Scénario très prenant
  • Vous ne l’oublierez jamais
  • Plein d’idées très intelligentes
  • Hilarant

Les -

  • Techniquement à la ramasse
  • Mixage son ignoble
  • Carte illisible
  • Voiture savonnette
  • Musique placées n’importe comment
  • Localisation assez foirée
Sending
Note des lecteurs :
67.64% (25 votes)
giomosby

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Présentation : Fan de consoles Nintendo et de jeux japonais depuis que je suis en âge de tenir une manette. Si je ne suis pas dispo, c'est probablement que je visite un parc Disney.

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