TEST – Old Man’s Journey

Dans de très nombreuses œuvres, des jeunes premiers sont amenés à partir à l’aventure. Ce voyage initiatique, au cours duquel ils font face à de nombreuses épreuves venant sonder leur volonté, les conduit à s’affirmer, grandir, et à devenir des adultes ou des personnes plus matures tout du moins. Si cette vieille recette peut paraître éculée à certains, pourquoi ne pas lui donner un air de jeunesse ? Et quel meilleur pied-de-nez que d’apporter un vent (maritime) de fraîcheur en incarnant non pas un enfant ou un jeune adulte, mais un vieux monsieur ? Prenez votre bâton de marche, enfilez votre sac à dos : nous partons pour un voyage poignant sur les traces des souvenirs d’un vieil homme qui n’a peut être pas toujours fait les bons choix…

Un courrier bien mystérieux

Il serait irrespectueux de ma part de continuer d’appeler le héros de cette odyssée le “vieil homme”, alors baptisons-le. Pourquoi pas…Marcel ? Maintenant que cela est fait, nous pouvons commencer à narrer son histoire. Marcel habite une maison en bord de mer. Il mène une vie plutôt simple, Marcel. Une vie seule, aussi. Légèrement excentrée du centre de son petit village, sa maison, tout en hauteur, donne sur la mer. Il aime la mer, Marcel, et d’ailleurs, cette dernière sera très présente dans tout au long de l’aventure. Mais voilà que quelque chose vient perturber sa paisible retraite. Un beau matin, le facteur du village arrive chez lui, descend de son vélo, et lui remet une lettre. Marcel l’ouvre et, sans réfléchir, enfile ses chaussures de randonnée, prend son bâton de marche, ainsi que quelques affaires. À peine le temps de fermer la porte de sa maison et de ranger les clés que le voici sur les chemins.

Ce premier chemin passe par le centre de son village et très vite, Marcel se voit confronté à un problème. Il veut accéder au sommet de celui-ci, mais la route semble…inexistante. Ou plutôt, sur plusieurs plans. De l’autre côté de votre écran, vous allez devoir prendre les choses en main. Vous comprenez que vous allez devoir créer la route, mais comment faire ? Vous essayez de pousser le stick analogique pour faire avancer Marcel, mais celui-ci n’en a que faire. Vous êtes ici pour l’aider dans son aventure, pas pour le contrôler. Du moins pas directement. Alors, enivré par la superbe musique et attiré par les magnifiques dessins, vous osez rentrer dans son monde et toucher littéralement du doigt les différentes butes sur lesquelles le village repose. Animés par votre volonté d’aider Marcel, ces colosses se plient légèrement à certains endroits, s’abaissent ou s’élèvent et, par un jeu des perspective, se lient entre eux pour former un chemin. De là, vous pouvez indiquer une destination à Marcel, en tapotant l’endroit où vous voulez qu’il se rende. Arrivé au sommet du village, Marcel s’assoit. Il doit être fatigué de son ascension, il n’est plus tout jeune. Et puis, il garde en mémoire des moments qu’il a passés dans ce village qu’il quitte. Sur son banc, il se frotte la barbe, machinalement, et un souvenir jaillit. Un souvenir d’une époque révolue, qui marque la fin de la toute première étape de son aventure.

Des possibilités vertigineuses

Dans Old Man’s Journey, les niveaux se découperont toujours de la même manière : une succession de tableaux qu’il faudra traverser, en jouant avec les perspectives des collines à remodeler, entrecoupée de souvenirs d’un passé lointain. Les mécaniques de gameplay sont simples, et c’est là l’un des deux seuls reproches à faire au titre du studio Broken Rules. On aurait aimé qu’elles soient un peu plus poussées, comme dans ces niveaux un peu plus loin dans le jeu où vous rencontrerez des obstacles qu’il faudra déplacer ou briser. Le deuxième reproche est sur la durée de vie du titre, qui est d’environ deux heures, voire trois, en fonction de votre temps passé à résoudre les énigmes et à contempler les décors. Car Old Man’s Journey n’est pas à proprement parler un jeu vidéo mais plutôt une œuvre ludique à la Gorogoa par exemple. Comment ne pas craquer devant les décors entièrement réalisés à la main ? Ces décors pleins de vie, où vous pourrez faire chanter des grenouilles, taper à des portes, faire sonner des cloches et plein de petites choses encore, dans des environnements variés aux couleurs chatoyantes… Comment ne pas fondre devant la bande son, tantôt guillerette, tantôt porteuse d’espoir, tantôt mélancolique ? Comment ne pas être ému par la narration et les souvenirs de Marcel, qui viennent altérer la musique comme si celle-ci était jouée par un gramophone, symbole d’une époque appartenant au passé ? Ces souvenirs sont d’autant plus poignants que, connaissant le présent et le passé proche de notre héros grisonnant, on vient à se questionner sur les événements qui l’ont conduit à être l’homme qu’il est, et surtout sur le but de son odyssée. Tout comme Ulysse, Marcel devra fendre la mer et braver les éléments pour atteindre sa destination. La symbolique est discrète mais présente dans ce jeu, et on se plaira à tirer des conclusions sur les tableaux traversés. N’y voyez pas ici une symbolique cryptique comme dans RiME par exemple ; néanmoins, les développeurs ont voulu faire passer un message qui rendra le jeu d’autant plus touchant une fois que vous l’aurez compris. Le poème de Charles Baudelaire, L’homme et la mer, pourra apporter de l’eau au moulin de ceux qui cherchent des réponses.

Un jeu magnifié sur Switch

Old Man’s Journey n’en est pas à son coup d’essai : ce point and click est sorti au préalable sur iOS/Android ainsi que sur PC. Il bénéficie de quelques ajouts sur la version Nintendo Switch, avec en point d’orgue l’utilisation des vibrations HD lorsque vous utiliserez les Joy-Cons pour parcourir son monde enchanteur. Car Old Man’s Journey a été conçu initialement pour être joué au tactile, et c’est la version que je recommande. Les contrôles sont précis ainsi, et plus intuitifs qu’en utilisant le contrôle au stick pour déplacer un curseur qui vient parasiter les décors, bien que très discret. Mais lorsqu’on a devant les yeux des dessins de cette qualité, magnifiés par l’écran haute définition de la Nintendo Switch, rien ne doit gâcher ce tableau. Il est bon de noter que si d’aventure vous préféreriez jouer sur un écran TV (en 1080p) ou en mode table-top (720p), un mode pointeur est disponible pour vous affranchir d’utiliser le stick. Enfin, dernier ajout exclusif à la console du géant japonais, un mode deux joueurs pour chercher ensemble les réponses aux énigmes environnementales et partager, le temps d’une longue soirée, le bonheur de parcourir ce titre.

A propos de l'auteur :

Metabee

Joueur de 25 ans qui aime les jeux de plateforme, de sport, d'aventure, de réflexion, et la tartiflette. Kostas FC

a écrit 89 articles sur Switch-Actu.

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